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Interface entre systèmes de production et systèmes de commercialisation-transformation des produits de l’agriculture familiale au Nordeste du Brésil

Marguerite BEY

03 / 1996

Cette communication propose une réflexion sur les relations entre l’étude des systèmes de production et celle des activités situées en aval de la production.

La démarche de recherche-développement, qui fait la spécificité du Centre International pour la Recherche Agronomique et le Développement (CIRAD), propose une analyse systémique. L’étude des filières de produits, dans le cadre de l’agriculture familiale du Nordeste semi-aride brésilien, est menée à partir de la notion de système d’intermédiation.

Deux définitions s’imposent :

- Système de production : " combinaison des moyens de production et des productions dans l’exploitation agricole ".

- Système d’intermédiation : " ensemble d’éléments et de fonctions qui prennent en charge le transfert du produit dans l’espace, dans le temps et permettent une évolution de sa forme et de sa valeur ".

Au Brésil, l’agriculture est de plus en plus intégrée au marché, mais le désengagement de l’Etat et l’ouverture de l’économie aux marchés internationaux rendent certaines zones plus fragiles. Cette problématique générale doit se retrouver dans la conceptualisation de l’objet d’étude. L’approche systémique a la vertu de révéler la complexité et la diversité des phénomènes sur la chaîne productive. On observe ainsi une tendance à la " segmentation du système de production " et on assiste à la mise en place de " systèmes de production spécifiques " qui font référence à un système d’activités débordant de l’agriculture (pluriactivité, activités post-récolte, valorisation des produits).

Les limitations le plus souvent rencontrées dans la recherche résident dans l’isolement de l’unité de production, en particulier du marché, et des orientations productivistes. Dans le Nordeste, face à des risques climatiques élevés, les producteurs tendent à considérer les coûts des innovations trop élevés. L’observation de leurs pratiques et de leurs stratégies relève une grande diversité, et même des stratégies doubles qui, à la fois, favorisent la reproduction et détruisent le système (par exemple, la production de viande et de lait). Cela montre l’absence d’information sur les marchés dans l’agriculture familiale et la nécessité d’intégrer cet aspect dans la recherche (prix, circuits de commercialisation, évolution des marchés, mais aussi transformation).

La méthodologie consiste en trois étapes : diagnostic rapide, avec restitution des informations aux acteurs locaux, suivi et proposition d’actions et d’expérimentations, qui sont discutées avec les associations de producteurs, les commerçants, les techniciens, etc.

Les opérations concernent trois thèmes et quatre terrains : la culture de la pastèque irriguée dans l’Etat de Pernambouc, le lait et ses principaux dérivés dans les Etats de Sergipe et de Bahia et les viandes et peaux de bovins dans l’Etat de Bahia. C’est le second qui est développé ici.

Le diagnostic rapide montre plusieurs formes de commercialisation qui combinent des logiques traditionnelles, marchandes et industrielles, avec une prédominance du secteur informel et une concurrence entre les unités. Le déficit fourrager explique les variations dans les volumes commercialisés.

Les propositions retenues concernent un suivi des exploitations pour comprendre leurs pratiques, une étude spécifique sur les unités artisanales et un suivi de l’évolution des prix au long de la filière.

Les résultats sont riches d’enseignements :

- Les producteurs ont une vision incomplète ou déformée du marché. La démarche a facilité l’accès aux informations sur les marchés locaux, " dont le caractère assymétrique est une des principales caractéristiques des marchés imparfaits ".

- La négociation avec d’autres acteurs de la filière peut permettre de dégager de la valeur ajoutée au produit (cas du lait, des peaux).

- La connaissance des périodes de récolte des régions voisines et de l’approvisionnement vivrier des villes peut permettre d’adapter le calendrier de production (cas de la pastèque irriguée).

- Les volumes de production commercialisable apportent un pouvoir de négociation. Il convient donc d’organiser une commercialisation groupée (cas des tanneries).

- Il en est de même pour la qualité des produits.

Mots-clés

développement rural, agriculture familiale, élevage, intervention de l’Etat, système de production, libéralisme, écosystème, approche systémique, prix, circuit de distribution, filière de production, recherche et développement


, Brésil, Nordeste, Vallée du Sao Francisco, Petrolina, Pernambouc, Sergipe, Pintadas, Massacora

Commentaire

L’étude des impacts réciproques entre le système de production et le système d’intermédiation permet de valoriser le rôle d’acteur du producteur, de formaliser des propositions cohérentes et d’identifier de nouveaux espaces de négociation entre producteurs, intermédiaires et consommateurs. Dans le contexte néolibéral, ces relations s’avèrent fondamentales, comme le remarquent les auteurs eux-mêmes.

Une des qualités de la démarche systémique est de ne pas isoler l’unité de production, ni dans ses stratégies globales de reproduction, ni dans le contexte régional, ni dans les circuits de commercialisation, par rapport aux différentes échelles du marché.

Notes

Colloque "Agriculture paysanne et question alimentaire", Chantilly, 20-23 février 1996.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

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