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Anciens et nouveaux acteurs dans le milieu rural mexicain à la recherche de modernité

Marguerite BEY

03 / 1996

Entre décadence et émergence de nouveaux acteurs, il est urgent de s’interroger, dans cette période d’instabilité, sur ce que sera le Mexique dans les années à venir et sur quel type de modernité le pays est en train de construire. Quelles sont les origines des phénomènes sociaux qui nous interpellent aujourd’hui ?

Depuis sa fondation au siècle dernier, l’Etat mexicain s’est fondé sur l’inégalité. La modernisation de l’Etat n’a pas cherché à reconnaître la diversité culturelle ni le droit à la différence. Cette image de pays moderne renvoyée à l’extérieur ne satisfaisait aucunement de grands pans de la société, aussi bien en ville que dans les campagnes, puisque les droits politiques et à la terre n’étaient pas respectés. Au nom de cette même modernisation, la bureaucratie gouvernementale s’est consacrée, dans les années quatre-vingt, à démanteler les institutions de base, dont le rôle de médiation était fondamental.

Dans la forêt tropicale du Chiapas, le mouvement zapatiste a pris forme peu à peu, mêlant des idées révolutionnaires inspirées des expériences africaines et latino-américaines à la réalité des communautés indigènes. Le fait que ce projet d’avant-garde se soit finalement subordonné à la pratique communautaire de " l’obéissance a priori " suggère un apprentissage réciproque. Le bras armé s’est constitué avant tout en auto-défense contre les abus des grands propriétaires de l’Etat.

Recevant le soutien de l’Eglise, les réclamations de justice sociale dans le milieu rural s’étendent à de nouveaux fronts d’organisations dans le pays. L’entrée de la gauche dans le panorama politique national a permis de conquérir de nouveaux espaces de pouvoir. La démocratie s’entend de plus en plus comme le respect de la diversité régionale et culturelle, et non dans son sens juridique. La demande de démocratie recouvre à la fois le droit à la diversité et l’élaboration d’un modèle d’économie agricole adapté à la majorité des producteurs ruraux du pays.

" Un pays qui oublie son passé est un pays sans avenir ", annonce le sous-commandant Marcos. C’est la réappropriation de leur histoire que les peuples indigènes du Chiapas recherchent avant tout. Démocratie, justice et liberté ont une signification plus profonde que de rechercher les mécanismes pour transformer le groupe armé en une force légale, comme le font les délégations officielles dans les pourparlers appelés " diálogo " par le gouvernement. Ce dernier a aussi cherché à isoler le mouvement, alors que les zapatistes s’appuient sur divers secteurs de la société civile. La Convention Nationale de l’été 1994, puis la Consultation Nationale d’août 1995 montrent la légitimité et la capacité de mobilisation du mouvement.

Selon les informations locales, les conditions de vie et de travail continuent d’être difficiles. Toutefois, les organisations paysannes ont pu récupérer une grande quantité de terres et l’administration municipale, sans que les pouvoirs traditionnels disparaissent.

Le contexte macro-économique d’ouverture au marché international et de libéralisation n’est pas étranger aux mouvements actuels. Si le mouvement zapatiste du Chiapas, mouvement réunissant les paysans les plus pauvres du pays, s’est soulevé le jour de la signature du Traité de Libre Commerce avec les Etats-Unis et le Canada, le " Barzón " réunit, pour sa part, les producteurs agricoles les plus modernes (pour s’étendre aux petits producteurs)autour des problèmes de production et de la question de l’endettement. L’élévation des taux d’intérêts conduisent à la ruine des producteurs déjà fortement affectés par les mesures de libéralisation du marché.

Les revendications du " Barzon " s’étendent finalement à la définition d’un nouveau modèle politico-économique. Conscients de constituer, dans leur diversité, la base productive du pays, les membres du mouvement réclament le soutien de divers secteurs de la société (partis politiques, orgnisations paysannes, syndicats, etc.)contre les institutions bancaires. Le " Barzon " attire la sympathie car il montre un visage humain en dénonçant une politique agricole qui va à l’encontre des intérêts nationaux. Le plan proposé pour protéger l’économie vise un " développement rural régional incluant, qui accorde la priorité au marché intérieur et garantisse la souveraineté et la sécurité alimentaire du pays ". Pour cette raison, des mobilisations émanant d’organisations diverses se produisent dans tout le pays, revendiquant leur participation dans la formulation des politiques.

Mots-clés

agriculture familiale, organisation paysanne, intervention de l’Etat, désengagement de l’Etat, politique foncière, politique agricole, développement rural, mouvement social, libéralisme, crédit rural, ALENA


, Mexique, Chiapas, Jalisco, Zacatecas

Commentaire

Le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI)a perdu son caractère révolutionnaire pour revendiquer toujours plus son entrée dans le premier monde (membre de l’OCDE, il signe le TLC en 1994)et adopte une politique de plus en plus excluante.

Face à cette exclusion, et dans un moment où l’atomisation et la spécialisation sont la règle, ce qui frappe avant tout aujourd’hui est la capacité de secteurs variés de la société de s’unir et de résister ensemble pour une plus grande participation dans la démocratie nationale.

Notes

Colloque "Agriculture paysanne et question alimentaire", Chantilly, 20-23 février 1996.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

CANABAL C., Beatriz; FLORES F., Joaquin

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