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La production d’autosubsistance axe de la stratégie paysanne d’intégration dans l’économie globale

Le cas de la région chinanteca au Mexique

Marguerite BEY

03 / 1996

Aujourd’hui, la question paysanne n’est plus abordée sous l’angle de la production et de la distribution des richesses, mais sous celui de la pauvreté et des conditions d’exclusion. Il s’avère donc nécessaire de déterminer l’ensemble des options auxquelles recourent les populations pour affronter la détérioration de leurs conditions de vie et de travail et, en particulier, de s’interroger sur l’importance de la production agricole dans les conditions d’existence des petits producteurs.

Cette communication présente les résultats d ’enquêtes menées dans diverses communautés de la région Chinanteca (du nom de l’ethnie locale)afin de comparer les conditions de production et les processus socio-économiques qu’elles suscitent. Les communautés sont situées dans trois zones différentes : les vallées alluviales disposant des meilleures terres ; la haute montagne, d’une orographie escarpée, avec des sols assez pauvres ; et la montagne intermédiaire, couverte de forêt tropicale.

La répartition des terres lors de la réforme agraire a produit une occupation du territoire marquée par deux mouvements : d’abord, les centres les plus anciens sont déplacés ou disparaissent sous la pression des groupes de pouvoir ou à cause de désastres naturels, puis apparaissent de nouveaux centres urbains qui occupent de nouveaux espaces. Sous la pression démographique, le système de cultures sur brûlis après déboisement se développe dans les zones montagneuses. Les nouveaux sites habités se trouvent dans la montagne intermédiaire, les communautés les plus anciennes se sont retirées sur la haute montagne et les vallées alluviales regroupent les communautés qui participent du pouvoir du " municipe ", cumulant meilleures terres et réseaux de commercialisation.

Les problèmes d’accès à la terre semblent ne pas se poser. L’origine de la pauvreté des paysans ne réside donc pas dans une faible disponibilité de terrains agricoles. La disponibilité est d’ailleurs à peu près la même dans les trois zones (environ 4,4 hectares pour une famille de plus de 6 personnes en moyenne).

Les principales cultures sont le maïs pour la consommation familiale et le piment, le café et la vanille pour la commercialisation. Les rendements ne sont pas très élevés, les tâches sont effectuées manuellement et chacune de ces productions pose des problèmes. Le maïs, avec des rendements entre 800 et 1.200 kg à l’hectare selon la qualité des sols, permet de satisfaire les besoins alimentaires de la famille. Le café, introduit par une institution publique dans les années 60, a pu s’adapter au couvert naturel des arbres natifs, mais il a des rendements plus élevés en association avec des arbres fruitiers. Les paysans préfèrent cependant la première option car il font un usage varié des arbres. Quant à la vanille, l’absence d’un paquet technologique adéquat a réduit la viabilité de cette production.

Les cultures humides de maïs et piment ne sont réalisées que dans la zone de vallées, où l’on trouve aussi les productions commerciales de café et vanille. Un début de jachère apparaît, qui montre la richesse relative des sols alluviaux. Dans la haute montagne, le café prédomine car il contribue à la conservation des sols. Enfin, dans la montagne moyenne les productions de subsistance (maïs, haricot, manioc)sont les plus importantes. C’est dans cette zone que se trouve la plus grande diversification des productions au sein de chaque parcelle. Malgré ces différences, les producteurs de chacune des trois zones tendent à préserver une combinaison entre cultures de subsistance et cultures commerciales.

La production est suffisante pour garantir l’autosuffisance alimentaire des familles paysannes, dégageant même des excédents commercialisables. Cependant, les productions destinées au marché sont devenues indispensables à l’économie familiale et une concurrence se développe entre les deux types de cultures, en particulier café et maïs, pour la distribution de la main-d’oeuvre. Si une personne suffit à l’entretien des parcelles au cours de l’année, les récoltes se superposent et soulèvent la question du salariat. Seuls les producteurs de vallée peuvent payer des salariés. Un équilibre est donc recherché dans l’affectation des membres de la famille à diverses activités. La diversification (des activités et des productions)est considérée comme la solution pour compenser les conditions défavorables dans lesquelles les paysans sont intégrés aux circuits de commercialisation. C’est donc le marché qui " impose les limites à la capacité du groupe domestique de définir leur reproduction sociale de manière autonome ".

Mots-clés

agriculture familiale, système de production, politique agricole, pauvreté, réforme agraire, gestion du foncier, écosystème, paysan, libéralisme, prix des produits agricoles et alimentaires, revenu agricole, ressources renouvelables, développement rural, consommation


, Mexique, Oaxaca, Chinanteca, San Felipe Usila

Commentaire

Ce texte montre bien, à la lumière d’une étude de cas bien définis, que c’est l’inter-relation entre les activités d’auto-approvisionnement, la production commerciale et le travail salarié qui fondent la capacité de résistance, mais aussi de transformation des paysanneries.

Le processus historique d’appropriation de l’espace n’est pas suffisamment explicité pour nous permettre de comprendre la répartition actuelle des ressources (résultat d’un rapport de pouvoir)et la genèse des systèmes de production actuels. Comment l’appropriation de l’espace local se relie-t-elle à l’appartenance ethnique et à la culture de ses occupants ?

Notes

Colloque "Agriculture paysanne et question alimentaire". Chantilly, 20-23 février 1996.

Titre original : La producción de autoconsumo eje de la estrategia campesina de integración en la economía global. El caso de la región chinanteca en México.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

DE TERESA, Ana Paula

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