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La difficile construction d’alternatives sociales face à la crise de l’agriculture paysanne

La dimension écologique

Marguerite BEY

03 / 1996

La crise mexicaine a rendu les conditions de production et de reproduction du secteur paysan de plus en plus difficiles. D’une manière générale, les politiques néolibérales et la destruction de l’environnement affectent tous les producteurs, qu’ils soient entrepreneurs ou paysans, diversifiés ou orientés vers l’autosubsistance. Il faut tout de même considérer quelques différences importantes.

Dans les unités paysannes, ces conséquences se manifestent dans des problèmes croissants pour le développement des activités productives ; la réduction des sources d’emploi, aussi bien dans leurs propres parcelles qu’au niveau communautaire et régional ; la baisse des revenus, aussi bien en espèces qu’en nature, et ses conséquences sur la consommation et les conditions de vie. Finalement, la plus grave conséquence est l’augmentation de l’insécurité alimentaire, avec la transformation des systèmes agricoles traditionnels (dont la stagnation ou la baisse de production de grains)et l’accentuation de la dégradation de l’environnement.

Ces conditions ont obligé à redéfinir les stratégies de reproduction à partir des niveaux familial et communautaire, donnant lieu à différents types de réponses sociales qui se développent dans les domaines technico-productif, socio-économique et politique. Il s’agit de stratégies qui concernent des thèmes aussi variés que l’organisation du travail, la restructuration de la production et sa réorientation vers différents types de marchés, les processus d’organisation au niveau communautaire et régional, etc.

Il devient toujours plus évident que la crise de l’agriculture paysanne s’accentue à cause de la rapide dégradation des ressources naturelles, qui affecte particulièrement les populations les plus pauvres. Trois phénomènes sont la cause de cette détérioration, en même temps qu’ils constituent le cadre de la crise des agricultures paysannes :

1)la spécialisation productive dans les régions d’agriculture moderne ;

2)l’augmentation de l’élevage, principalement dans les zones tropicales humides ;

3)la pression croissante sur des terres de faible productivité dans les régions d’agriculture paysanne, surtout les plus pauvres du pays.

La production paysanne est basée sur la diversité et sur la satisfaction des besoins alimentaires de la famille. La faible productivité du travail familial n’empêche pas que 75

du maïs, 90

du blé et 65 du haricot sont fournis par des producteurs petits et moyens. Ces productions se maintiennent souvent au prix d’une détérioration des sols, des forêts et de la biodiversité.

La pauvreté entraîne-t-elle la dégradation de l’environnement ? Cette relation est suggérée en particulier par la pression démographique souvent exercée sur les ressources naturelles. Evidemment, cette perspective ne recherche pas les raisons de ce déséquilibre dans les rapports de pouvoir qui réservent les secteurs les plus riches à une minorité. Par exemple, l’histoire du Mexique montre que les campagnes de déboisement ont été le résultat de politiques visant à dépouiller les communautés de leurs ressources et non de la pression démographique.

Un exemple de déprédation des ressources naturelles est donné avec la Selva Lacandona, dans l’Etat du Chiapas. Cette région a servi de réservoir pour la colonisation de terres. Le résultat de cette politique a été une réduction, très accélérée depuis la dernière décennie, du couvert forestier.

Comment les organisations peuvent-elles contribuer à un développement durable ? Des alternatives sont recherchées à l’échelle locale, régionale, mais aussi internationale (voir les efforts Sud-Sud qui comprennent des organisations paysannes et indigènes et des organismes non gouvernementaux d’Amérique centrale et du Mexique).

Le défi à relever consiste à augmenter l’efficience collective dans les cultures traditionnelles afin d’atteindre la sécurité alimentaire et de permettre un développement durable. De nombreuses expériences ont tenté de freiner la détérioration des sols par l’érosion et d’améliorer leur qualité en y incorporant des matières organiques, en établissant une rotation des cultures avec la pratique de la polyculture.

Au fur et à mesure que des organisations se mettent en place et qu’on recherche les possibilités pour impulser une initiative plus ample, il devient évident qu’il faut avancer dans la construction de formes de pouvoir démocratiques et vers des relations économiques plus justes. Il faut donc des organisations représentatives de vastes secteurs de la société et placer le débat sur le plan politique.

Mots-clés

agriculture familiale, organisation paysanne, intervention de l’Etat, politique foncière, politique agricole, système agraire, développement durable, écologie, communauté paysanne, libéralisme, environnement, agriculture irriguée, prix, ressources renouvelables


, Mexique, Chiapas, Selva Lacandona

Commentaire

La question du développement " durable " posée à la communauté internationale (la difficulté même de traduire " sustainable " le montre)a voulu alerter sur les risques d’un désastre écologique. Ces risques sont, pour des raisons historiques et politiques, bien plus élevés dans les zones d’agriculture paysanne, car ce sont les plus pauvres.

En accord avec l’auteur, répétons que seul un mouvement organisé à tous les échelons -local, régional, national, international- peut porter un projet réaliste.

Notes

Colloque "Agriculture paysanne et question alimentaire". Chantilly, 20-23 février 1996.

Titre original : La difícil construcción de alternativas sociales frente a la crisis de la agricultura campesina : la dimensión ecológica.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

CORTEZ R., Carlos

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