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L’aimer avant qu’il naisse

Un programme au service des enfants à naître

Agnès DE SOUZA

06 / 1996

C’est peut-être pour avoir consacré toute sa vie à tenter de soulager les souffrances endurées par les prématurés, que le Professeur Jean-Pierre Relier, successeur du Professeur Alexandre Minkowski à la tête du service de médecine néonatale de l’hôpital Port-Royal, a pris conscience de la nécessité d’informer les futurs parents des conditions que requiert une grossesse si l’on veut offrir à l’enfant à naître les meilleures chances de santé et d’équilibre. Et lui éviter ces maux de la prématurité qui s’appellent détresse respiratoire souvent suivie de mort ou de dégâts neurologiques, troubles digestifs, cérébraux, et profond traumatisme causé par la perte du milieu nourricier. De cette prise de conscience, est né "L’aimer avant qu’il naisse", un livre que le Pr. Relier adresse aux mères, désireux de partager avec elles son expérience personnelle et son savoir le plus récent sur le foetus.

Dans cet ouvrage, à la fois cri d’alarme, appel au secours des qualités de coeur et de bon sens, dénonciation d’une société devenue scandaleusement capricieuse et matérialiste avec trop souvent la complicité d’un corps médical qui y trouve son compte, le Pr. Relier explique l’importance déterminante et vitale pour l’enfant du lien entre sa mère et lui avant la naissance, et décrit ce qu’est une "grossesse idéale". Il veut :

- Nous enseigner que le lien mère-enfant est un lien "bio-affectif" :

Ce lien qui s’installe dès les premières semaines de la conception et rend chacun des deux sensible "aux variations de l’autre sans être fondu dans cet autre", est aussi bien biologique qu’affectif et la distinction entre ces deux dimensions est dans les faits impossible. L’angoisse, le stress, une vie trop agitée de la mère sont des facteurs de trouble pour l’enfant, les hormones du stress de la mère contaminant l’enfant à travers le placenta, quand à l’inverse, une vie calme, psychiquement équilibrée et raisonnablement fatigante constitue le milieu idéal pour un développement harmonieux. Et encore ces conditions ne suffisent-elles pas si l’amour n’en fait pas partie, qui peut-être fait sécréter des substances, des protéines plus actives transmettant à l’enfant un plus grand désir de vivre? Les prématurés nous montrent que l’amour est pour eux un principe aussi vital que l’oxygène ou les acides aminés. A titre d’exemples, l’expérience des "mères kangourous" qui s’est pratiquée à Bogota pour des prématurés sains et qui maintenus continuellement contre la mère connaissent un développement rapide, ou celle de la pratique du "peau à peau" dont bénéficient des prématurés malades à la maternité de Port-Royal, et qui réinstallant chez eux leurs repères sensoriels, leur apporte l’énergie nécessaire pour lutter contre la maladie. Aimer fait aussi partie de la prévention.

- Lutter contre une société matérialiste et égoïste:

Calme, douceur, disponibilité, sérénité, amour, patience, sont des vertus qui n’ont peut-être plus place dans nos sociétés, mais ce sont les droits que la nature réclame pour l’enfant à naître. L’auteur nous fait part de sa révolte face à ces dérives d’une société qui veut plier la nature à ses désirs et dont les comportements égoïstes et capricieux foisonnent. Ainsi celui de la femme qui préférant asseoir sa position sociale avant d’avoir son premier enfant, veut penser qu’il est équivalent d’attendre un enfant à 25 ou 35 ans alors qu’un utérus de 35 ans n’a plus la souplesse qu’il avait à 25 et risque d’entraver l’épanouissement du foetus ; ou de celle qui, n’ayant pas la patience d’attendre une grossesse naturelle, réclame -après parfois trois mois d’infécondité passagère!- une fécondation "in vitro". Mais le plus aberrant n’est-il pas encore l’empressement du médecin à apporter ce type de "services", sachant sur quelles immenses souffrances ils débouchent trop souvent? Combien bouleversante à cet égard est l’évocation de la détresse des tout-petits branchés à des appareils dans des cages de verre...

- Rappeler à la médecine la nature de sa mission :

Cet ouvrage qui parle essentiellement d’amour -n’y trouve-t-on pas le goût du lait maternel qualifié de "goût de l’amour"?- est aussi une implacable mise en garde contre les excès de la médecine technicienne aveuglée par ses propres performances, à l’affût de prouesses toujours renouvelées, et qui finit par considérer un bébé comme un objet fabricable en série, ne distinguant plus la fin des moyens, oublieuse de la nature de sa mission première qui est de soulager et soigner, non de satisfaire des aberrations de civilisation.

Or, cet oubli n’a rien d’inoffensif. L’extension (démesurée pour la stimulation ovarienne)des techniques de procréation assistée entraîne une importante recrudescence de la prématurité. Entre 1987 et 1989, le nombre d’enfants issus de ces procréations est passé de 5 à 19

. Et représente 30

de la population totale des prématurés.

Le recours à ces techniques pose le problème de la perversion de l’exercice médical ramené à une offre de service, et appelle la définition d’un critère supérieur de légitimité: la souffrance psychique (ici désir de grossesse non immédiatement satisfait)est-elle légitimement du ressort de la médecine technicienne? Pour l’auteur, l’intérêt de l’enfant devrait être le seul but recherché par la médecine. Et c’est pour lui l’occasion de réaffirmer que si la science est quantitative, la médecine, elle, n’est pas une science et a pour premier devoir de soulager le malade et d’améliorer sa qualité de vie. Il se scandalise de ces expérimentations qui consistèrent, à l’étranger, à tenter de maintenir des enfants en vie dans le ventre de leur mère morte dans un accident: s’ils avaient survécu, où aurait été la qualité du lien mère-enfant? De même, il reste sceptique devant la technique de réanimation du nouveau-né qu’est l’oxygénation extra-corporelle qui sauve un grand nombre d’enfants mais en laisse beaucoup handicapés à vie: sa légitimité est précisément fondée par ceux qui la pratiquent sur la quantité (des vies sauvées), non sur la qualité (de vie à venir de ces enfants).

Mots-clés

éthique, médecine préventive, ethnologie, science et société


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Commentaire

Laissons le Pr. Relier conclure lui-même :"Si le pouvoir de fabriquer des êtres viables enivre l’homme, agissons-nous ce faisant dans le sens d’une plus grande humanité?" Et qui nous montre que, malgré sa volonté de puissance technologique, la médecine moderne retrouve malgré elle des principes connus des sagesses populaires. Les cultures anciennes avaient conscience, nous rappelle-t-il, des besoins psychophysiologiques de la femme enceinte, comme l’illustre le très joli exemple de ces cliniques prénatales chinoises qui, il y a mille ans, permettaient aux mères d’attendre leur enfant dans la sérénité et la beauté. Une fois de plus l’ethnologie ou les carnets de voyageurs viennent à notre rencontre: ainsi les récits de l’explorateur Francis Mazière concernant les coutumes des indigènes du Gabon relatives à la grossesse vont dans le même sens que certaines constatations de clinique psychothérapeutique. A ces savoirs traditionnels font écho les plus récentes conclusions des recherches "scientifiques" en matière de sensorialité foetale qui montrent que si "l’aide médicale technique est dans certains cas inévitable, l’amour maternel est dans tous les cas indispensable".

Source

Livre

RELIER, Jean Pierre, L'aimer avant qu'il naisse : le lien mère-enfant avant la naissance, Albin Michel, 1993 (France)

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