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Une grande entreprise algérienne dans la tourmente

Des mutations difficiles en temps de crise

Elisabeth BOURGUINAT

08 / 1998

Sonelgaz, entreprise nationale de distribution de gaz et d’électricité en Algérie, est l’un des fleurons technologiques de ce pays depuis l’indépendance, et ses 24. 000 employés sont très fiers d’y travailler. Mais confrontée à la crise que traverse le pays, elle apparaît comme tétanisée et incapable d’affronter les mutations indispensables.

Les troubles qui ont éclaté en 1988 avaient pourtant entraîné, dans un premier temps, un grand espoir de refondation de la pensée et du pays. Djamal Sidi Boumedine, directeur de l’organisation et de l’informatique de Sonelgaz, raconte comment cette " cassure dans le système " a provoqué une réflexion intense, au sein de l’entreprise, sur sa modernisation et sur son ouverture à l’économie de marché, avec les défis que cela supposait en termes de contrôle de gestion, de statut des travailleurs et de service au client.

Mais l’évolution du pays s’est faite dans un sens bien différent, pour aboutir à la violence et à la très grande confusion actuelles. Face à la notion de modernité se développe le concept d’une " régression féconde ", selon l’expression d’un sociologue algérien, qui professe que l’on peut, sans risque, laisser émerger les forces dites obscurantistes. Dans ce contexte, la notion de modernité, malgré toute sa séduction, devient elle-même un concept très flou, qui entraîne, dans l’entreprise, une adhésion de principe, mais ne débouche sur aucune action concrète, même de la part de la direction. Au contraire, la tentative de changement qui a été amorcée avec la publication d’un texte analysant la structure de l’entreprise, semble avoir plutôt rigidifié le système, chacun se tenant sur ses gardes et se demandant pour quelle raison il faudrait changer quoi que ce soit, tout fonctionnant finalement très bien ainsi, et le gouvernement confirmant le statut de monopole de l’entreprise.

Un autre obstacle est apparu, lié à une conception très présente dans la culture arabe musulmane : la distinction entre khawas, c’est-à-dire, l’élite, ceux qui savent et qui ont le pouvoir, et awam, le vulgum, le commun. La culture arabe musulmane accorde une très grande importance à la connaissance, ce qui a pour conséquence d’entraîner un clivage difficilement surmontable entre " ceux qui savent ", et " ceux qui ne savent pas ", mais aussi une très grande méfiance des seconds à l’égard des premiers. Tout changement annoncé d’en haut est ressenti comme une menace, une nouvelle manipulation.

Dans cette situation bloquée, la seule possibilité de changement est peut-être qu’il se produise une véritable agression externe, qui obligera à revoir et à modifier le système tout entier. A l’heure actuelle, le développement de la violence et les problèmes graves que connaît le pays ont pour conséquence que les dirigeants de la Sonelgaz " démissionnent tous les soirs et adhèrent à nouveau tous les matins ", se blottissent les uns contre les autres et... retiennent leur souffle.

Mots-clés

entreprise publique, résistance au changement, idéologie


, Algérie

Commentaire

Je suis très frappée par le fait que le compte-rendu du séminaire brasse des considérations sociologiques, philosophiques, religieuses, culturelles, bien plus qu’économiques ou même managériales. J’ai été un peu gênée par le fait que toute cette réflexion " existentielle " fait un peu écran devant des défis économiques et techniques qui, d’après le chiffre donné par l’orateur, paraissent pourtant considérables : 100. 000 abonnés pour toute l’Algérie, cela paraît peu. Est-ce que cela tient à la personnalité de l’orateur, ou est-il vraiment impossible, étant donnée la pression des événements et des conflits idéologiques, de partir des problèmes concrets de l’entreprise ? La Sonelgaz semble malgré tout beaucoup plus protégée de la violence que d’autres secteurs, comme la presse, et ne paraît pas en tirer parti pour se développer et pratiquer les quelques améliorations qui devraient être possibles. Est-ce que, du fait de la crise, les Algériens cessent de prendre de nouveaux abonnements au gaz ou à l’électricité, est-ce que l’extension du réseau est interrompue ? Comment tourne le navire ? Le sentiment d’étrangeté que j’ai éprouvé vient sans doute moins de cette situation de crise, que les médias nous ont rendu malheureusement familière, que du caractère secondaire prêté aux problèmes concrets de la production et de la distribution de gaz et d’électricité. Mais peut-être est-ce objectivement ainsi que cela se passe, et que tout s’est plus ou moins arrêté en attendant la fin des violences ?

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

SIDI BOUMEDINE, Djamel, LEFEBVRE, Pascal, Ecole de Paris de Management, Transformation d'organisation : changements de regard, Association des Amis de l in. Les Annales de l'Ecole de Paris, 1995 (France), I

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