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Transports en communs : prendre en compte la proximité pour assurer la continuité du service public

Françoise MALBOSC

12 / 1997

Les transports en commun lyonnais (TCL) se sont récemment restructurés et ont modifié leur approche des villes qu’ils desservent : des actions socioculturelles entre conducteurs et populations, une stratégie « active » vis-à-vis des partenaires locaux… Pourquoi les TCL ont-ils besoin d’entrer en relation avec les agents du quartier ? Entretien avec Frank Salles, responsable du pôle exploitation de « l’unité de la Soie » qui dessert les principales communes de l’est lyonnais.

Décentraliser la gestion interne : une condition pour être efficace

L’organisation des TCL (1) a longtemps été centralisée au siège avec des dépôts situés en périphérie. Depuis 1990, ils font l’expérience d’une authentique décentralisation « fonctionnelle ». Dans un souci de meilleure gestion et d’amélioration du dialogue social à l’intérieur de l’entreprise (en réponse à des grèves au début des années 90), l’ensemble du fonctionnement et de l’organisation a été revu et décentralisé. Chacune des 9 unités territoriales qui quadrillent l’agglomération lyonnaise est dirigée par un directeur qui a en charge la gestion de quatre pôles sur son secteur : marketing, gestion, exploitation, maintenance.

Les initiatives décentralisées restent soumises à une vocation principale : assurer la continuité du service public en desservant tous les territoires toute la journée : « l’enjeu c’est de garantir la continuité du service public, passer partout de 5 heures à 1 heure du matin, assurer la sécurité des clients et des chauffeurs ». Mais il s’agit aussi répondre à un cahier des charges strict qui engage l’unité financièrement à une obligation de résultat. L’impératif économique contribue ainsi à renforcer les enjeux de continuité de service.

Cette décentralisation est aussi un préalable à un meilleur rapport de proximité avec les communes.

La proximité avec les villes est indispensable pour adapter le service

Frank Salles précise qu’ils sont amenés à développer des stratégies diversifiées de partenariat avec les villes desservies ou des actions locales.

Il sous-tend ces actions par une analyse sociologique originale : « il existe un décalage entre la population transportée et les conducteurs. Il y a une vingtaine d’années, des ouvriers transportaient des ouvriers. Aujourd’hui, des ouvriers transportent une population de jeunes, de chômeurs en difficulté, dont ils ne partagent pas toujours les repères ». La participation des conducteurs à des tournois de foot avec les jeunes procède en partie de cette nécessité de constituer des repères communs.

Les TCL essaient de se rapprocher des populations et de trouver des interlocuteurs de multiples manières : « Tous les contacts sont bons ». Il cite en exemple les actions de prévention dans les écoles, dès le primaire : « elles coûtent cher, mais il faut se donner les moyens de notre stratégie

Le partenariat local est recherché et facilité : participer à des formations territorialisées, nommer un interlocuteur unique pour chaque commune. L’objectif est d’améliorer la réactivité du service aux réalités locales du moment. Cela oblige à modifier de façon significative l’organisation même du service pour gagner en adaptation et permettre que le transport ne connaisse pas d’interruption (de lignes coupées…).

Frank Salles a ainsi été amené à participer à un groupe de travail à Décines, organisé par la Ville qui essaie de coordonner les intervenants de la politique de la ville sur le quartier du Prainet en vue de structurer les actions des différents services publics sur un site pilote : protection maternelle et infantile, équipe de maîtrise d’ uvre urbaine et sociale, la Poste, EDF-GDF, éducation nationale, commissariat, centre social… L’idée est de se saisir, entre cadres du service public, des informations recueillies sur le terrain par les agents de base. Frank Salles observe en effet que, pour les TCL « les chauffeurs sentent venir les choses, ils sont nos meilleurs capteurs. »

La structure décentralisée des TCL a également été mise à profit pour renforcer les relations avec les communes : « pour structurer les relations avec les communes, il fallait un responsable unique car l’organisation des TCL est difficile à comprendre. Nous avons créé des secteurs géographiques à l’intérieur de chaque unité pour renforcer la présence des agents de maîtrise sur le terrain, en les dégageant des tâches administratives. Désormais, les agents de maîtrise ont des contacts directs avec les partenaires locaux, élus, police, techniciens… ; avant, il fallait passer par le directeur d’unité ».

Dans le même esprit, Frank Salles est très intéressé par la coordination assurée par des interlocuteurs nommés par des ville tels que les coordinateurs sécurité de Vaulx-en-Velin : « Nous montons avec eux des opérations ad hoc. Ils centralisent les informations et permettent de comprendre les tendances, ils ont une fonction de veille concernant des problèmes de sécurité. Notre objectif est d’entrer dans les quartiers pour organiser des réunions sur le service public avec les jeunes ».

Mots-clés

transport urbain, service public, service de proximité, décentralisation, entreprise, prévention des conflits, collectivité locale


, France, Lyon, Rhône-Alpes

dossier

Gouverner les villes avec leurs habitants

Expériences de démocratie participative

Commentaire

Au total, les TCL se sont organisés de manière à pouvoir agir et se doter de moyens au travers des deux logiques, sectorielle et transversale, sur un territoire. Ils ont ainsi pu améliorer la réactivité du service rendu.

Notes

CONTACT : TCL-dépôt de la soie , monsieur F. Salles 88, chemin de la poudrette 69100 Villeurbanne tel. 04 78 71 82 79 fax : 04 78 71 81 08.

(1)TCL est une marque gérée par la Société lyonnaise des transports en commun (SLTC); celle-ci est liée par un contrat d’exploitation de droit privé au SYTRAL qui établit le cahier des charges. La SLTC est responsable de l’exploitation du réseau mais ne peut modifier les dessertes, les tarifs ou les modes de transports. Sa rémunération est fonction du kilométrage réalisé ; la SLTC est ensuite intéressée sur les recettes.

Source

Articles et dossiers ; Entretien

MALBOSC, Françoise, Les services publics entre adaptation et territorialisation in. Les cahiers du DSU, 1997/12 (France), n°17, Entretien avec Frank SALLES

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