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D’une action sociale catégorielle à une action collective

Débat entre insertion professionnelle et insertion sociale

Christine AULAGNER

05 / 1998

PARTIS D’UNE ACTION classique auprès d’une population cible, les repas partagés en commun à la Maison Daudet à Vizille (Isère)ont pris une autre dimension du fait de l’implication des bénéficiaires. C’est ce qu’expliquent Philippe Poyet, responsable de la circonscription d’action sociale, Liliane Helphen coordinatrice de la CLI et Jean-Jacques Denis, participant actif.

à L’ORIGINE, UNE ACTION INSTITUTIONNELLE

En 1994, Secours populaire, Secours catholique et service social proposent à la commission locale d’insertion de financer une action en direction des bénéficiaires du RMI : pour répondre à la précarité et à l’isolement, des repas seront proposés, pris en commun à la Maison Daudet mise à disposition par la ville de Vizille. Un transport s’organise sur tout le canton dont sont originaires les personnes, les bénévoles des deux associations caritatives assurent l’organisation, une conseillère en économie sociale et familiale (ESF)est là pour l’animation du groupe et le développement éventuel d’activités. Les personnes sont d’abord orientées par les services sociaux, les associations caritatives... Elles participent aux frais (10 F/personne).

Un comité de pilotage composé des représentant institutionnels et d’élus des différentes communes est mis en place et monte ensuite un "collège décisionnel" amené à suivre la gestion quotidienne.

D’ALLOCATAIRE A PARTICIPANT : FAIRE RECONNAITRE SES INTÉRêTS DEVANT LES DECIDEURS

"L’objectif n’était pas d’assister les personnes, signale P. Poyet , mais d’utiliser ce temps collectif comme support à d’autres actions que développerait le groupe ; dans cette perspective, les complémentarités entre professionnels et bénévoles ont été bénéfiques, chacun acceptant de sortir de ses références habituelles pour agir ensemble." C’est ce qui s’est passé. J.J. Denis fait part de son expérience : rapidement, chacun invite les personnes dans la précarité qu’il connaît à venir dans ce groupe. Loin d’être uniquement "consommatrices" d’une aide, les personnes (en particulier un "noyau dur" de cinq, six)défendent l’idée d’organiser les repas, de rester plus longtemps pour discuter ou faire des activités : bref de changer aussi les comportements entre aidant et aidé. Ellels sont soutenues dans cette démarche par la conseillère ESF. Petit à petit, le lieu s’ouvre plus et des activités se mettent en place (coiffure, cuisine, bibliothèque, artisanat)ainsi que des sorties culturelles organisées par les bénévoles et les participants. Le groupe organise aussi une journée portes ouvertes et obtient ainsi la reconnaissance du milieu local (présence d’élus, de professionnels, d’autres associations...).

Cette évolution a suscité un débat au sein de la CLI sur deux aspects :

¨ Le passage d’une action catégorielle à une action dont le public était élargi de fait a questionné la CLI sur sa légitimité à apporter son financement, mais l’argumentation sur le risque d’enfermement lié au ciblage des populations a permis de dépasser l’obstacle.

¨ Autour de l’insertion. L’objectif de la CLI est de permettre que les allocataires du RMI "sortent" du dispositif avec une activité professionnelle ou assimilée. Or, les personnes qui ont défendu - comme J.J. Denis - l’importance de l’insertion sociale, du temps nécessaire à celle-ci, ont emporté l’adhésion des membres de la CLI, en particulier de certains élus. P. Poyet note l’impact de ce groupe qui revendiquait d’abord l’insertion sociale de ses membres, son engagement dans un collectif avant d’envisager une sortie du RMI : "l’opposition du groupe devant l’institution puis la reconnaissance de ses arguments ont été décisifs".

Mots-clés

insertion sociale, insertion professionnelle, association, accompagnement social, exclusion sociale


, France, Isère, Vizille

Commentaire

LA STRUCTURATION ASSOCIATIVE, POINT D’ORGUE DANS LA DEMARCHE D’INSERTION SOCIALE ?

La motivation des personnes, leur capacité à prendre des responsabilités amènent le comité de pilotage, par l’intermédiaire du service social à leur proposer en 1995 une participation "officielle" au collège décisionnel. L’association "Sans différence" voit le jour en octobre 1997. Ses instances de décisions observent la parité entre l’origine des membres (bénévoles, représentants des communes, des institutions, participants...).

J.J. Denis insiste sur l’idée des participants qui ont voulu cette association : "on voulait prendre des responsabilités, être reconnus, changer d’étiquette. Avec cette association on veut s’en sortir, être les acteurs principaux".

La réalisation de cet objectif pour les participants dépendra des relations qui s’établiront dans l’association, de la réalité de la transformation des représentations et aussi de la capacité à atteindre une autonomie financière, hors du dispositif RMI.

Notes

Contact : Philippe POYET, Circonscription d’action sociale - 88, rue Émile Cros, 38220 VIZILLE - Tél : 33 (0)4 76 78 32 32 . Jean-Jacques DENIS, Secours catholique de Grenoble - Tél : 33 (0)4 76 87 23 13. fax : 33 (0)4 76 47 70 64

Entretien avec POYET, Philippe; HELPHEN, Liliane; DENIS, J. Jacques

Source

Entretien ; Articles et dossiers

Action sociale et politique de la ville Vers une refondation du "droit commun" in. Les cahiers du DSU, 1998/06 (France), n°19

CR DSU (Centre de Ressources sur le Développement Social Urbain) - 4 rue de Narvik, BP 8054, 69351 Lyon cedex 08, FRANCE. Tél. 33 (0)4 78 77 01 43 - Fax 33 (0)4 78 77 51 79 - France - www.crdsu.org - crdsu (@) free.fr

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