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Controverse autour d’une pratique traditionnelle de pêche

La méthode de akadja dans les lacs et lagunes au Togo

Koffi KINIKPOR

02 / 1999

Le Togo s’ouvre au Sud sur le Golfe de Guinée par une façade maritime de 45 km environ. En plus de l’Océan atlantique qui baigne ainsi le littoral, cette région côtière est parcourue d’Est en Ouest par un réseau lagunaire dont les plus grandes composantes sont le Lac Togo et la lagune Gbaga. Ce réseau lagunaire est alimenté en eau douce par trois rivières côtières (le Zio, le Haho et le Boko)associées à de petits bassins versants, ainsi que par le fleuve Mono qui dessert également le système lagunaire du Bénin voisin. Ce système lagunaire du Sud-Togo comporte des lagunes de petite dimension (64 km2), parallèles au cordon littoral sableux et communicant avec la mer à Aného par une passe étroite et peu profonde dont l’ouverture et la fermeture règlent le régime du système lagunaire. L’ouverture de la passe entraîne des masses d’eau ainsi que la migration d’espèces marines dans le réseau lagunaire et lacustre. Ainsi, en situation de fermeture de la passe, donc d’isolement du réseau lagunaire et lacustre, les captures de poissons connaissent une productivité ordinaire de 160 kg à l’hectare, avec les espèces de poissons suivantes : 50 % de tilapias (Sarotherodon melanotheron)et 14 % de poissons-chats (chrysichthys maurus), et un faible pourcentage de quelques autres espèces. Mais, après l’ouverture du cordon littoral sur la mer, la productivité des captures dans le lac monte à 400 kg à l’hectare, avec les principales espèces de poissons suivantes : 34,5 % de mulets (Liza falcipinnis), 21,2 % de carangues (caranx hippos), 10,9 % de crevettes (panacus notiolis), 9,1 % de tilapias (Sarotherodon melanotheron), 8,6 % de poissons-chats (chrysichthys maurus)et 4,7 % d’ethmalose (Ethmalosa fimbriata). Les tilapias et les poissons-chats n’arrivent plus alors qu’en troisième et quatrième positions. Par conséquent, en cas de fermeture de la mer, le réseau lagunaire connaît un arrêt des échanges des espèces halieutiques ainsi qu’une baisse de la salinité. La diversité des espèces diminue suite à la disparition des espèces marines au profit des espèces typiquement esturiennes (lagunaires). Or, l’ouverture du cordon littoral sur la mer ne se pratique qu’en période de crue, pour combattre l’inondation. Cette ouverture ne peut donc avoir lieu tous les ans, surtout dans le contexte de sécheresse prolongée de ces dernières années.

Dans une région comme celle-ci où la pêche est particulièrement intense, une reproduction continue des poissons est un facteur déterminant pour la survie des espèces. Comme le rappelle une étude de la F.A.O., dans cette zone lagunaire, " la baisse de production est sans doute une conséquence de l’isolement du lac, mais elle doit également beaucoup à l’exploitation intense des stocks halieutiques " (" Togo : Définition d’une politique et d’un plan d’action pour la pêche ", F.A.O., 1995). Donc, d’après cette étude, l’amélioration des conditions de vie des pêcheurs, en dehors de tout contrôle de l’effort de pêche, dépend d’un accroissement de productivité de la lagune. Cette-ci pourrait être obtenue en maîtrisant les échanges avec la mer, en restaurant les mangroves ou en encourageant une forme de pisciculture extensive, qui manque ici d’encadrement et de contrôle techniques efficaces et soutenus.

Le système traditionnel " akadja " est une forme de pisciculture extensive pratique ici dans le lac Togo et les lagunes environnantes. Longtemps pratiqué au Bénin voisin, ce système a été ensuite promu au Togo au début des années 1970, par les services de pêche de l’Etat. La pratique d’akadja consiste à installer des branchages dans les fonds boueux du lac pour contribuer un parc bien délimité, à une profondeur optimale de 1,60 m pour que le pêcheur puisse travailler debout et la tête hors de l’eau. La décomposition lente des branchages et l’ajout de quelques déchets agricoles libèrent des substances fertilisantes qui sont récupérées par des algues qui en proliférant servent de nourriture aux poissons qui affluent et se reproduisent dans ce mini-parc presque naturel.

La pratique d’akadja permet des rendements de pêche supérieurs à 1 tonne/ha, nettement plus avantageux que les 160 kg/ha obtenus en temps ordinaire ou les 400 kg/ha lors de l’ouverture de la passe marine. Malheureusement, en 1974, ce succès relatif du système akadja a provoqué de violents conflits entre les pêcheurs pro et anti - akadja. Les pêcheurs pratiquant l’akadja sont accusés d’attirer une bonne partie des poissons dans leurs " cages " privées au détriment des autres pêcheurs non - pratiquants et de la communauté locale. Suite à ces affrontements, les services d’état ont quasiment interdit la pratique d’akadja. Mais depuis ce temps, les pêcheurs qui en ont les moyens continuent de violer la colère des pêcheurs anti - akadja.Selon des techniciens des services de pêche, la pratique akadja offre quelques avantages réels en matière de fertilisation, de nourriture, de site d’alevinage et de prédateurs naturels. Cependant, lors d’une campagne d’information que nous avons menée dans la plupart des agglomérations de la rive Nord du Lac Togo (préfecture de Vo)en 1998, des habitants expliquent leur opposition à la pratique akadja par le fait que, de plus en plus, ce sont des " étrangers " ou des gens ayant de gros moyens qui viennent encombrer la surface du lac avec des " forêts d’akadja " et à leur profit exclusif. Des fruits de leur " pêche miraculeuse " sont emportés et vendus loin des villages riverains. Compte tenu de la pénurie de poissons et de la situation très tendue dans cette zone lagunaire et lacustre, il est urgent que des services spécialisés, publics et privés entreprennent des études et des concertations approfondies pour identifier les voies et moyens d’accroître la reproduction des espèces de poissons dans ce réseau lagunaire et lacustre du Sud - Togo. De telles études permettront également de mieux cerner les avantages et les inconvénients de la pratique d’akadja.

Mots-clés

pêche, pêcheur, poisson, pêche artisanale, conflit de voisinage, ressources halieutiques


, Togo

Notes

Visite de terrain dans les villages lacustres.

Source

Texte original

- Visites de terrain dans les villages lacustres par l'auteur de la fiche . - Rapport FAO " TOGO : Définition d'une politique et d'un plan d'action pour la pêche ", 1995.

GARED (Groupe d’Action et de Recherche en Environnement et Développement) - BP 30562, Lomé, TOGO. Fax (228) 21 0915. - Togo - gared (@) togo-imet.com

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