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Une industrie de valorisation des produits agricoles locaux

Pour valoriser les produits agricoles locaux et l’art culinaire traditionnel, un chercheur en technologie alimentaire crée une petite et moyenne entreprise à Dakar avec le soutien de l’Union Européenne

Sidiki Abdoul DAFF

01 / 1999

L’unité industrielle "African Integrative Developpement" plus connue sous le sigle CO-AID est implantée dans la zone industrielle de Dakar où elle s’occupe de la transformation des produits locaux dont des céréales. Elle fabrique des aliments pour enfants(des aliments de sevrage),pour femmes enceintes ou allaitantes, des aliments traditionnels pré-cuits, des croquettes à base de mil, mais et des boissons à base de fruits ou de plantes locaux. Elle a bénéficié d’un financement de l’Union Européenne par l’intermédiaire du Fonds Européen de Développement (FED).

L’histoire de cette industrie est liée à celle de son promoteur, qui est aussi président du groupement d’intérêt économique. Docteur en technologie alimentaire, chercheur à l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA), il y travaille pendant 18 ans. Avec ses collégues ils créent de nouveaux produits à partiir des produits agricoles du pays avec possibilité de les exploiter au niveau industriel. Mais ces innovations ne seront jamais exploitées à l’échelle industrielle car ni l’état ni le secteur privé n’acceptent d’investir dans cette filière. Pour valoriser ces recherches, il démissionne de la fonction publique et met en place l’unité industrielle qui se lance dans la fabrication d’aliments traditionnels pré-cuits prêts à l’emploi et d’aliments pour enfants. En effet, bien qu’étant un besoin exprimé par les femmes travailleuses (gain de temps dans la cuisson)et les méres de famille (santé de l’enfant et de la mére), il n’existait sur le marché aucune industrie traitant ce type de produits. Avec la paupérisation croissante dans les ville, les produits pour nourrisson importés sont devenus inaccessibles surtout depuis la dévaluation de la monnaie du pays. Pour amoindrir les coûts l’utilisation des produits agricoles du terroir ayant une fort valeur nutritive peut être une solution.

C’est dans cette aventure que la CO-AID va s’engager en lançant en 1992 une opération-test sur fonds propres du promoteur et un emprunt. Cette période sera mise à profit pour savoir la réaction du consommateur, ses suggestions et réajuster le produit pour coller au désir et aux besoins du public. Lentement, l’entreprise commence à être en phase avec les goûts des consommateurs ce qui entraine une augmentation des demandes. Ainsi le promoteur qui continuait à travailler à l’ITA est appelé à opter soit pour son statut de fonctionnaire soit pour l’entreprise qui était de plus en exigeante. Il décide de quitter l’institut où du reste il est trés déçu du sort réservé aux résultatsdes recherches. En plus avec son salaire de fonctionnaire, il parvenait difficilement à répondre aux sollicitations.de la famille élargie. En mettant en place une structure industrielle viable, certains membres de la famille pourraient subvenir à leur besoins en y travaillant comme employés directs ou distributeurs des produits. Pour augmenter sa capacité de production, l’entreprise s’adresse en 1996 au Programme de soutien aux petites et moyennes entreprises (pem)du FED appelé PEM-DAKAR. L’attribution du prêt a été faite sur la base de l’identification du projet, de la visite de l’entreprise et de la confiance car aucune garanti matérielle n’a été exigée contrairement aux banques de la place. Ce prêt de 30 millions de francs cfa (300 000 FF)remboursable en 5 ans, a permis de signer des contrats avec des organismes comme le Programme alimentaire mondiale (PAM), le Christian Children Founds (CCF)qui développent des programmes de nutrition communautaire pour améliorer la santé des enfants,des femmes allaitantes ou enceintes des quartiers précaires de Dakar. Elle livre à ces organisations plus de 700 tonnes d’aliments par an. Actuellement elle est une des pem les plus performantes dans la filiére de valorisation des produits locaux. D’ailleurs, une de ses inventions, le provital, un produit pour mére allaitante et enfant, a obtenu le prix de l’innovation de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. L’entreprise utilise à plein temps 22 personnes et à mi-temps plus de 250 employés par an. Elle a généré d’autres emplois à travers le circuit des commerçants ambulants qui introduisent les produits jusque dans les coins les plus reculés ce qui a participé de leur vulgarisation. Pour les problémes techniques, elle utilise les artisans locaux pour la fabrication, la modification ou la réparation de l’équipement industriel ce qui est une reconnaissance et une valorisation de leur savoir-faire. En même temps, elle fait d’importantes économies en évitant de recourir à une importation d’équipements ou de piéces de rechange trés coûteux..

Au départ du projet, les décaisement ont été lents et compliqués mais en discutant avec le FED, les procédures ont été simplifiées. Face à la forte demande, la CO-AID sollicite un second financement afin d’augmenter son fonds de roulement et sa capacité de production car elle venait de décrocher un nouveau contrat. Elle essuyera un refus catégorique malgré la présentation des documents du contrat. L’argument est qu’ayant bénéficié déjà d’un prêt elle ne pouvait prétendre à un autre alors que d’autres promoteurs qui envisagent de s’investir dans la filière n’ont pas encore été financés. Malgré tout l’entreprise prend des risques en augmentant sa production pour honorer son contrat et satisfaire sa clientéle. Cette opération la met dans l’incapacité de payer les mensualités dues à PEM-DAKAR pendant quelques mois. Aprés des discussions avec PEM-DAKAR, une solution est trouvée et les remboursements ont repris. Pour la commercialisation, la CO-AID utilisait les marchands ambulants qui s’approvisionnaient à crédit et remboursaient aprés la vente. Mais les pouvoirs publics en interdisant le commerce ambulant ont failli couler l’entreprise car des produits seront saisis par la police ou disparaîtront avec les marchands traqués par cette derniére. Désormais elle devra se contenter des contrats signés avec le PAM et le CCF ou des petits commerçants qui paient au comptant. Pour traiter avec les grandes surfaces commerciales, il faudrait qu’elle dispose d’un fonds de roulement important dans la mesure où pour récupérer ses recettes auprès de ces dernières,elle doit attendre de longs mois.

Mots-clés

coopération, industrie, innovation technologique, emploi


, Sénégal, Dakar

Commentaire

Dans l’ensemble cette opération a été un succés ce qui s’explique dans une large mesure par le fait que le financement découle d’un besoin identifié et clairement exprimés. En plus la confiance a été au centre du projet car il a été matérialisé sans exigence d’aucune garantie matérielle. Toute activité de soutien ou d’aide suppose qu’on écoute l’acteur en acceptant de dialoguer avec lui au même pied d’égalité. Cela le PEM-DAKAR l’a accepté.

Le financement doit répondre à des besoins réelles et soutenir les entreprises en ascendance et éviter l’égalitarisme ou morcellement. Il n’est pas nécessaire de multiplier les unités dans la filiére avec des entreprises qui vont se disputer un petit marché et se neutraliser les unes les autres.

Notes

M. SOUANE est président du GIE CO-AID.

Entretien avec SOUANE, Moussa

Source

Entretien

(France)

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