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Conseils de responsables paysans du Sahel aux partenaires financiers

Benoît LECOMTE, Brigitte REY

02 / 1998

A partir d’une série d’entretiens réalisés par le GRAD auprès de responsables paysans de plusieurs pays du Sahel, voici quelques extraits de leurs témoignages concernant leur vision du"partenariat".

1. Sara Diouf (Sénégal : Fissel, Association Jig-Jam):"Avant d’aller sur le terrain, le partenaire ne doit pas avoir une idée fixe de ce qu’il doit faire. Parce qu’avoir une idée fixe au début, c’est avoir, dans sa tête, un projet qui est déjà ficelé. Et cela l’orientera rapidement. Je préférerais que ce partenaire, une fois sur le terrain, essaie d’une manière participative, avec une approche prospective, de faire sortir les besoins des gens. Alors seulement il pourra se déterminer et dire ce qu’il va financer par rapport à ce qui est sorti. Il ne doit pas avoir une idée préconçue avant cela. Nous, en tant que personnes de la base, nous devons être capables d’identifier nos problèmes et de dire :"c’est de cette manière-là qu’on entend pouvoir vraiment les solutionner". C’est pourquoi, si j’avais à conseiller un partenaire, je lui demanderais d’accompagner les gens dans la réflexion. Et de ne rien retenir de ce qui pourrait la figer. Dans ce processus-là, on finit par inventorier beaucoup de choses intéressantes".

2. Mathieu Diouf (Sénégal : Gossas, Association ARAF):"Au partenaire d’une association paysanne, je dirais :

a)Il faut accepter d’écouter les gens, il faut aller les voir. Le contact humain, à mon avis, est quelque chose d’important pour la collaboration parce qu’on ne peut pas vouloir aider l’individu sans le connaître suffisamment. Et pour cela, il faut discuter avec lui, il faut plus ou moins"habiter"avec lui, être à ses côtés, l’écouter, l’entendre, lui permettre de voir plus loin.

b)Ne pas minimiser les faiblesses des gens. S’ils échouent, ce n’est pas forcément de leur faute, ils veulent être forts mais sont faibles. Pourquoi ? Il faut que le partenaire essaie de tout faire pour déterminer le pourquoi des faiblesses des gens. Il faut essayer de comprendre jusqu’où et pourquoi ils sont faibles.

c)Un autre aspect est aussi qu’ils voient que nous, associations paysannes, vivons au jour le jour; aujourd’hui c’est cela, demain c’est autre chose. Car nous dépendons de la nature, de la pluie. Comme les deux sont aléatoires, nous le sommes aussi. Il faut donc comprendre nos va-et-vient et nos contradictions; pourquoi les associations sont là aujourd’hui, qu’elles sont ici et qu’après après-demain, elles chutent. Ces trois points sont à vérifier par les partenaires avant de s’engager.

d)Enfin, il faut renforcer le suivi, la concertation".

3. Malick Sow (Sénégal : Louga, Association FAPAL):

a)Tout d’abord, comprendre le paysan, essayer de comprendre sa culture, sa façon de parler, son comportement, ses réactions par rapport à tel ou tel propos. Des réponses d’un partenaire peuvent frustrer parce que la manière dont elles sont données ne cadre pas avec notre culture. Je crois qu’il est indispensable que les partenaires s’imprègnent de nos réalités socio-culturelles. Ils peuvent alors nous tenir un langage de vérité sans pour autant nous heurter. Mais dès qu’un partenaire nous heurte à travers ses réponses, les relations n’iront pas loin parce qu’il y aura une méfiance, une barrière entre nous et ce type. Certains leaders sont très susceptibles, c’est dans notre sang. C’est pourquoi si ceux qui aident ne s’imprègnent pas de ces réalités socio-culturelles, à chaque fois, des cassures peuvent se créer.

b)Essayer également de ne pas se croire supérieur à son vis-à-vis. Ce que nous vivons avec un partenaire peut être formidable : on partage les repas, on discute, on se tape amicalement sur l’épaule même si on n’hésite pas à se dire les choses de façon crue, mais avec toute la diplomatie qu’il faut. Nous tenir un langage de vérité :"Vous nous avez demandé telle chose, vous ne pourrez pas l’avoir à cause de telle ou telle raison". Mais s’il apporte des réponses mitigées ou des promesses qui ne se réalisent pas, on dit que ce partenaire n’est pas sérieux. Il a alors l’étiquette de quelqu’un qui ne respecte pas ses paroles et ses engagements. On préfère qu’il nous tienne un langage de vérité en toute clarté".

c)Mettre l’accent sur le plan de l’institutionnel. A ce niveau, il reste beaucoup de choses à faire sur lesquelles, actuellement, ils ne sont pas prêts à s’engager. Avec raison, car les dépenses institutionnelles de logistique, de construction des locaux, etc. restent secondaires par rapport aux activités productives qu’ils soutiennent. Mais si ce domaine pouvait être accompagné aussi, ce serait une garantie supplémentaire pour la réussite des activités. Car toute action doit être suivie, gérée et bien coordonnée. Cela aussi demande des moyens et ce n’est pas avec nos cotisations que nous pouvons nous payer le luxe d’avoir des voitures ou de louer des bureaux.

C’est compréhensible qu’ils craignent de s’engager là-dedans parce que nos leaders paysans ont des personnalités complexes. Les voitures c’est le prestige, même si cela coûte cher. Nous comprenons donc la réticence de ces partenaires. Mais s’ils ont la garantie que la logistique sera bien gérée, bien utilisée, je crois qu’ils n’hésiteront pas à mettre le paquet".

Mots-clés

coopération UE ACP, politique internationale, organisation paysanne, projet de développement, négociation


, Sénégal, Fissel, Gossas, Louga

Commentaire

Trois responsables sénégalais d’associations paysannes expérimentées conseillent à leurs partenaires : d’écouter les gens avant de décider de ce qu’ils vont leur apporter; de s’imprégner de leurs réalités (sécheresse, etc.)avant de les condamner pour une erreur; d’abandonner leur esprit de supériorité; de trouver un langage de vérité; de renforcer le travail de suivi des actions et de concertation pour trouver ensemble des solutions.

Notes

Entretien réalisé en décembre 1997

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Entretien avec DIOUF, Sara; DIOUF, Mathieu; SOW, Malick

Source

Entretien

LECOMTE, Benoît

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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