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Une association d’opérateurs touristiques de Madagascar a décidé de refaire de sa ville une destination touristique

Thierry LASSALLE

01 / 1999

1 - Contexte et défis locaux

’’Faire d’Antsirabe une destination touristique". La vision des opérateurs touristiques de cette petite ville des hauts plateaux Malgaches s’appuie sur un constat :

Pourquoi les gens ne font-ils que passer dans cette ville et ne s’y arrêtent-ils pas ?

La réponse est évidemment à lourdes retombées économiques sur leur chiffre d’affaire.

’’Chez Danièle’’, l’hôtel-restaurant que Jean-Baptiste a lancé depuis une dizaine d’années n’échappe pas à la règle. Ancien technicien en génie mécanique, l’hôtelier s’est formé sur le tas et son personnel aussi. Les affaires ne vont pas très fort. Il n’est pas le seul et se rend bien compte que la compétition commerciale ne signifie rien s’il n’y a pas de clients du tout. En 1997, il franchit le pas et discute de ces problèmes avec les autres opérateurs touristiques. Il devient le président de l’association qu’ils créent : L’Association Hôtelière et Touristique d’Antsirabe (ASHOTA). Ce n’est qu’ensemble qu’ils pourront attirer les touristes. N’ayant ni plages, ni cocotiers, ils décident de se concentrer sur le tourisme local, celui des résidents à Antananarive, la capitale qu’ils veulent encourager à venir passer les week-ends à Antsirabe. Comme au temps où Antsirabe était la ville d’eau de l’aristocratie coloniale.

2 - Les acteurs

L’association compte une trentaine d’opérateurs : restaurateurs et hôteliers, tours opérateurs, artisans traditionnels et récemment un association de guides les a rejoint. Ils insistent sur le caractère légal de leur membres qui doivent être en règle et avoir payé leur patente. Formaliser le secteur est un gage de sécurité et de qualité à donner à la clientèle. Il faut pouvoir s’engager à leur donner des bons services.

3 - Les formes d’action

En développant une statégie de lobby tous azimuts tant localement auprès de la mairie que nationalement auprès de la Maison du Tourisme de Madagascar (MTM), l’association peut faire profiter ses membres d’appuis extérieurs. Faire du lobby prend énormément d’un temps qui est précieux pour des opérateurs privés. Malgré tout, ils ont pu bénéficier depuis un an d’un programme de formation professionnelle en cuisine, gérance d’hôtel..., organisé par la MTM au travers de modules d’une semaine organisés dans leur ville sur financement FED. Les quatre employés de Jean-Baptiste ont profité de cette formation tandis que lui a dû participer aux frais en nourrissant et en hébergeant les formateurs, charge qu’il a partagé avec d’autres bénéficiaires de la formation mais qu’il juge trop élevée tout de même. Les administratifs ont tendance à croire que manger et dormir dans l’établissement d’un membre de l’association ne coûte rien au membre.

L’ASHOTA a récemment obtenu de la mairie l’exploitation d’un site touristique proche de la ville pour un bail de 25 ans. Par une convention avec la MTM, l’association a conçu un projet de réhabilitation de ce site autour du lac d’Andraikiba pour y développer des activités nautiques et liées à l’environnement. L’ASHOTA a déjà constitué une SARL qui exploitera ce site. Ce projet de 750 millions de FMG (110 000 Euros)est l’aboutissement de 6 mois de tractations avec la mairie qui les avaient mis en concurrence avec de gros investisseurs de la capitale. Leur prochain projet est de s’investir dans l’organisation de fêtes saisonnières réputées.

4 - L’implication des bailleurs de fonds

Au niveau des bailleurs de fonds, l’ASHOTA n’a de contrats qu’avec la MTM. Ils regrettent qu’il n’y ait pas plus de transparence sur la gestion des fonds disponibles et qu’ils soient pas plus impliqués dans le choix des activités à financer. En tant qu’opérateurs touristiques formés sur le tas, ils aimeraient pouvoir visiter d’autres pays de la région pour voir ce qui se fait et relever le niveau de leur services mais leur demande a été rejetée. On leur a dit que le budget alloué à la MTM était passé de 11 à 4 millions de FMG (de 1,66M à 0,5M d’Euros)sans qu’ils sachent ni la raison de cette coupe sombre, ni ce qui est donc supprimé, ni qui a fait cet arbitrage. L’ASHOTA se bat pour que les infrastructures routières soient améliorées car c’est le moteur de leurs activités.

5 - Les résultats

Après les formations, le personnel est beaucoup plus professionnel. D’un autre côté, la campagne promotionelle et la publication d’un plan de ville commencent aussi à porter leurs fruits, les gens sentent qu’il y a quelque chose qui bouge là-bas, à Antsirabe.

Pour Jean-Baptiste, il faut une équipe motivée qui partage une vision commune en étant bien consciente que le constat négatif porté sur l’état du tourisme local ne peut être dépassé qu’au niveau de l’action collective, ce qui n’est pas evident pour des opérateurs privés plus habitués à se faire concurrence.

Mots-clés

coopération UE ACP, politique internationale, tourisme, initiative économique, formation professionnelle, développement urbain, secteur privé, FED


, Madagascar, Antsirabe

Commentaire

Ce n’est que récemment que les opérations privés, dans un secteur où la concurrence est de règle, ont commencé à avoir des actions collectives. Leurs activités locales-lobbying auprès de la mairie- est un signe de dynamisme. C’est au niveau local qu’ils s’investissent et gagnent une crédibilité. Ils ont toutefois un peu l’impression que les structures d’assistance comme MTM les considèrent comme corvéables à merci puisqu’ils y trouvent un intérêt économique. Ils sont au contraire beaucoup plus regardants sur le montant de leur participation car il y va de l’équilibre de leur entreprise.

Nous avons passé beaucoup de temps à parler du manque d’expérience des opérateurs touristiques du pays. Plus que de formation, c’est d’échanges d’expériences que les gérants d’établissements touristiques ont besoin. Les services sont souvent de piètre qualité parce que les gens ignorent que cela peut être fait autrement.

L’ASHOTA regroupe les opérateurs officiels du tourisme et leurs exigences auprès de la mairie peuvent avoir des retombées sociales difficiles à gèrer: fermer les gargottes populaires situés le long des routes passantes, refaire les grandes routes au détriment des quartiers populaires.

Notes

J.B.Rakotoson est le président d’ASHOTA (Association Hôtelière et Touristique d’Antsirabe), Auberge Danielle, BP72, Antsirabe, Madagascar Tel: 261-30-862-41

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Entretien avec RAKOTOSON, Jean Baptiste

Source

Entretien

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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