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Coopération franco-algérienne : la construction de 22 000 logements

Pierre MANDOUZE

02 / 1999

Dans le but de relancer la coopération franco algérienne, les autorités françaises (DAEI)et algériennes (Ministère de l’Habitat)ont signé, en 1982, un accord cadre pour la construction par des Entreprises françaises, de 60.000 logements répartis sur tout le territoire algérien. Cet accord avait plusieurs buts. D’abord contribuer à résoudre partiellement, mais rapidement, la crise du logement, sans aucun prélèvement sur les moyens locaux de productions (matériaux rares, matériels de construction, entreprises). Ensuite contribuer par la formation de personnel algérien, par des échanges techniques, par la démonstration du possible, à l’amélioration de la qualité et des capacités de l’outil algérien de production de logements.

Dans le cadre de cet accord politique, et sous l’oeil vigilant de la DAEI, une première tranche de 21.000 logements a été attribué à cinq entreprises, sur la base d’un contrat dont les modalités pratiques ont été négociées, entre les autorités algériennes et les entreprises, considérées par les algériens comme une seule entité.

Sur un plan purement formel, cette première phase peut être considérée comme un succès. Elle a permis la livraison de logements d’une qualité supérieure à la moyenne, dans un délai 2 à 3 trois fois plus court qu’à l’habitude, pour un prix inférieur, tant en devises qu’en monnaie locale, aux prix de revient des logements construits par les entreprises locales. Ce dernier point n’est vérifié que si l’on ajoute au coût des marchés négociés avec les entreprises locales, le coût des dotations budgétaires ou d’équipement dont elles ont bénéficié.

Le contre choc pétrolier et la fin de la volonté politique, ont fait qu’il n’a pas été donné de suite à cette première phase. Il apparaît alors que, mis à part la livraison de logements, aucun des grands objectifs visés n’a été atteint. Il n’y a pas eu de transfert de technologie, les formations données ont été perdues, l’outil de production de logements n’a été amélioré ni en quantité, ni en qualité. La dévaluation du dinar algérien a rendu prohibitif le coût du remboursement du crédit acheteur mis en place par la France. Bref c’est un échec et les deux partenaires ont été perdants. On peut essayer d’analyser les pertes et les causes de ces pertes.

Ce qui a été perdu : bien sûr, les 40.000 logements non construits. Mais aussi les efforts (politiques, psychologiques, administratifs, techniques, financiers, de formation, ..)faits par les deux partenaires pour apprendre à se connaître et pour mettre en place un outil capable de produire plus de 10.000 logements par an. Cela s’est traduit par la perte des investissements faits pour la première phase, et donc par la perte des gains de productivité et de coûts attendus sur les phases suivantes. Exemple : les premiers mois, la structure béton d’un logement nécessitait une équipe de 5 expatriés et de 25 locaux pendant 2 jours. A la fin, il suffisait de 2 expatriés et 10 locaux pendant 1 jour. Et nous n’étions pas encore à la fin du processus d’algérianisation. L’outil mis en place n’a pas été amorti (exemple : 300 réemploi de coffrage, pour un optimum de 700). Cela s’est aussi traduit par la perte des connaissances acquises par les deux partenaires. Pour les entreprises françaises l’Algérie est redevenue une terre inconnue, dont il faudra un jour redécouvrir les hommes, réapprendre le fonctionnement etc.. La réciproque est vraie pour les administrations algériennes. Pour les travailleurs, la formation donnée n’a jamais été utilisée sur d’autres projets. Or il lui avait été affectée 10% de l’outil de production pendant un an.

Mots-clés

coopération UE ACP, politique internationale, construction de logement, échec, entreprise


, Algérie, Berrouaghia

Commentaire

La cause principale de ces pertes est bien sûr le contre choc pétrolier. Mais avant celui-ci, des obstacles politiques n’avaient pas été traités. Coté algérien il existait une volonté affirmée de mettre un cordon sanitaire autour de l’intervention des entreprises françaises pour éviter toute contagion"capitalistique"ou néocolonialiste. Cela a empêché toute action par osmose entre deux systèmes de production. Cela a aussi empêché le recrutement par les entreprises françaises de futurs cadres, auxquels il n’était pas proposé de perspectives à long terme alors qu’immédiatement ils étaient considérés comme"social-traître". Coté français, les entreprises n’ont jamais su, ou pu, se faire reconnaître comme des opérateurs économiques indépendants du pouvoir politique. Elles ne se sont pas données des objectifs ou des obligations d’algérianisation et de diminution des coûts, ou ne les ont pas assez fait connaître.

Bref les efforts faits pour démontrer rapidement l’efficacité d’une coopération sont nécessaires. En l’absence d’ambition politique, ils ne sont pas suffisants pour franchir le cap d’enrichissements mutuels qui perdurent librement, par la seule volonté des partenaires finaux

Notes

Le texte et les commentaires de cette fiche correspondent à la vision personnelle de l’auteur. D’autres points de vue peuvent être recueillis auprès d’autres intervenants. Par exemple, coté algérien, Mohamed Benaicha, Duch de Médéa, ou Farouk Tebbal, ancien ministre de l’équipement ; coté français, Pierre Calame, ancien directeur de la DAEI, ou Bernard Colombet, chef de projet pour Bouygues

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Source

Récit d’expérience ; Texte original

DUMEZ (n’existe plus. L’entreprise a fusionné avec Vinci Construction Grands Projets)

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