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Les sources taries

Le manque de confiance dans l’Etat limite la coopération qui préfére financer des infrastructures sans toucher à une société qui se réveille mal des bouleversements régionaux

Thierry LASSALLE

01 / 1999

Le Lesotho traverse une période turbulente, les résultats des dernières élections de juin 1998 furent contestées par l’opposition qui n’obtint qu’ 1% des sièges avec un tiers des voix. Les grèves qui suivirent entrainèrent une mutinerie d’une partie de l’armée. Au titre d’accord d’assistance militaire, les armées de la SADC sous I’égide de l’Afrique du Sud envahirent le petit royaume montagneux. L’opposition pratiqua la politique de la terre brûlée et les principaux édifices de Maseru furent incendiés avant l’entrée des troupes étrangères qui rétablirent le gouvernement.

Le Royaume de Lesotho était une enclave dans l’océan de l’Apartheid. Certaines ambassades refusant le système Sud-Africain de l’époque y avaient établi leur siége. Le Lesotho recevait des aides importantes de tous les bailleurs de fonds. Les changements politiques en Afrique du Sud ont rendu le pays plus fréquentable et le Lesotho vit le départ des grosses ambassades et de leurs programmes d’assistance vers Pretoria.

L’Union Européenne est le premier bailleur de fonds. Elle a financé la construction d’une station hydroélectrique qui devrait permettre au Lesotho d’être autosuffisant en énergie et même d’en vendre à son puissant voisin.

Le Lesotho traverse une crise écomonique grave. Le libéralisation économique internationale intervient à un moment de trouble qui instaure un manque de confiance du secteur privé. Dans cet Etat très centralisé, concevoir un contexte macro-économique favorable à une économie de marché est une gageure - fiscalité, droit des entreprises, systèmes bancaires. Au lieu de cela, les bailleurs de fonds imposent souvent leurs priorités, de l’environnement aux problèmes de genre alors que le pays ne fonctionne pas.

Les avantages du Lesotho résident dans le coût plus faible de sa main d’oeuvre (30% moins cher)par rapport à l’Afrique de Sud. Mais le surcoût des services de base, le manque de formation technique et l’enclavement contrebalancent négativement cette situation.

La baisse d’activités des mines en Afrique du Sud a tari la principale source de revenus du pays dont la plupart des hommes bénéficiait en partant y travailler.

Le rétablissement de la confiance passe par le jeu politique. Des nouvelles élections devraient avoir lieu mais il faut qu’auparavant le système électoral ait été modifié pour permettre une meilleure représentation, voire un meilleur partage des pouvoirs.

Les divisions politiques sont très profondes et recoupent des divisions religieuses entre catholiques et protestants, et des divisions entre intellectuels et chefferies traditionnelles.

L’intervention de la Délégation de l’UE en micro-réalisations est très éclectique. En collaboration avec des écoles ou des églises, les petits travaux d’amélioration d’infrastructures sont positifs. Par contre, le soutien d’activités économiques apportés à de petits groupes ont un impact très limité. Ces initiatives sont rarement portées par un groupe dynamique et leur impact reste le micro-local. En rencontrant les acteurs sur le terrain, on se rend compte que tout le monde manie à merveille la langue de bois du développement dans les villlages.

Avec un nombre limité d’expatriés (autour d’une dizaine), la DEU a déboursé un budget 4 fois supérieur à celui des Nations Unis qui emploient 10 fois plus de personnel.

Il existe encore de bonnes ressources humaines locales et la corruption reste marginale.

En genéral le Lesotho utilise bien les aides europénnes mais sans chercher à profiter des différentes possibilités de financement. La petite industrie et le développement rural sont les deux secteurs sur lesquels de gros progrès pourraient être faits à condition de rétablir la confiance et de laisser les opérateurs privés - paysans ou entrepreneurs- prendre en main ces secteurs.

Mots-clés

politique internationale, coopération UE ACP, église, société civile, financement du développement


, Lesotho

dossier

Mettre la coopération européenne au service des acteurs et des processus de développement

Commentaire

Le diagnostic établi par la Délégation est pertinent mais il n’en demeure pas moins que devant l’Etat discrédité par le système électoral et politique et la toute puissance des églises, la société civile, qu’elle soit urbaine ou rurale, du secteur privé ou associatif - reste bien inconsistente. La délégation refuse de prendre les moyens de faire de l’ingénierie sociale que ce soit avec des expatriés ou avec des nationaux. Les projecteurs restent braqués sur les investissements et les projets en béton tout en reconnaissant le déficit social. La structuration sociale s’articule autour des partis politiques eux-mêmes reposant sur des clivages religieux et culturels. L’émergence de multiples centres d’action, reliés entre eux par des intérêts convergents ou divergents, qui sont autant de contre-pouvoirs des uns par rapport aux autres, n’est guère favorisée.

Trop cajolé, le royaume de Lesotho se remet mal de cette époque bénie d’enfant gâté où les bailleurs de fonds complétaient ce que les hommes ramenaient des mines d’Afrique du Sud.

Les deux sources s’assèchent et dans un pays où l’eau figure symboliquement comme la mère de la paix et de la prospérité dans les armoiries nationales, un tarissement de sources est une épreuve difficile à vivre.

Notes

Traduit de l’anglais (voir titre correspondant).

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Source

Entretien

Entretien avec Richard ZINK, chef de délégation UE. Délégation de l’Union Européenne au Lesotho : POBox MS518, Maseru 100 - eudellso@lesoff.co.za

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