español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Femmes et accords de pêche au Sénégal : un mouvement dans un mouvement

Aliou SALL

10 / 1999

L’action des femmes au sein du CNPS (Collectif National des Pêcheurs Artisans du Sénégal)et toutes leurs revendications internes qui les ont amenées aujourd’hui à un certain niveau de décision résultent d’une prise de conscience des enjeux que représentent les accords mais aussi d’une participation active dans les actions de lobbying et de protestation. En effet les accords de pêche ont évolué de façon à ne plus laisser les femmes passives devant une situation qui commençait à hypothéquer leur chance de survie en tant qu’actrices dont le rôle et les statuts dans la pêche sont étroitement liés à leur possibilité d’accès aux produits de la pêche. Si les accords autorisant l’accès des bateaux étrangers aux espèces comme la crevette ne semblaient pas préoccuper les femmes, ceux portant sur les espèces démersales et plus récemment (à partir de 1996)les accords autorisant l’exploitation des espèces pélagiques par les bateaux européens ont suscité chez elles une vive réaction.

A partir de cette année, on assiste à un réel renversement de situation même si du fait de certains facteurs socioculturels (entre autres certainement)faisant que la femme n’intervient pas dans la phase "capture" on a toujours pensé que les femmes ne pourraient être aussi concernées et conscientes des dangers qu’engendreraient les accords de pêche. Si lors des négociations des précédents accords de pêche avec l’Union Européenne, les pêcheurs ont joué le rôle de leaders malgré la participation des femmes en 1990, 92 et 94, celles-ci ont pris plus de responsabilités en 1996. En effet, c’est la première fois que le Sénégal signe un accord avec l’Union Européenne portant sur les espèces pélagiques et plus précisément sur les sardinelles appelées localement "yaboyes"

Pour les femmes du CNPS donc, la traduction d’un accord portant sur les pélagiques en une prise de conscience plus importante s’explique par le rôle des pélagiques dans la transformation et la commercialisation.

A cause de sa faible valeur commerciale, comparée aux espèces démersales de plus en plus destinées à l’exportation, le yaboye contribue à l’alimentation humaine des populations dont plus de 6O% sont du monde rural, avec un niveau de vie économique très bas et des revenus aléatoires. Parce que le yaboye est un élément important pour la sécurité alimentaire et parce que la fonction nourricière au sein d’un ménage revient généralement aux femmes, on peut apprécier maintenant mieux les fondements d’une attention particulière accordée par les femmes à ces espèces pélagiques communément appelées "poisson du pauvre" compte tenu de leur bas prix.

Les lourdes responsabilités sociales que les femmes occupent dans les communautés de pêcheurs (elles sont les principales tenantes des activités de mareyage et de transformation et consacrent une bonne partie de leurs revenus à la satisfaction des besoins du ménage et les menaces graves de privation de nourriture et de pertes de revenus que pourrait engendrer l’accès des bateaux de l’Union Européenne aux stocks pélagiques)les motivent dans leurs mouvements de contestations.

Si l’on jette un coup d’oeil sur la façon dont les accords liant le Sénégal avec l’Union Européenne ont évolué, on voit encore une fois à quel point les stocks pélagiques constituent un réel enjeu pour ces femmes.

Mots-clés

pêche, pêche artisanale, pêcheur artisan, femme, accord de pêche, alimentation, pénurie alimentaire, approvisionnement alimentaire


, Sénégal

Commentaire

Tant que les accords concernaient dans un premier temps la crevette puis les espèces démersales, et malgré leurs conséquences sur la vie des communautés dépendant de la pêche, les femmes impliquées généralement dans les activités post captures n’ont jamais ressenti l’impératif de prendre des initiatives qui ont quelques fois fait d’elles, des leaders d’opinion lors de la campagne contre la signature de l’accord de 1996 qu’elles jugent doublement grave pour deux motifs.

- Premièrement, parce qu’il concerne des stocks pouvant être considérés comme fondateurs d’une sous catégorie socioprofessionnelle et micro - mareyeuses et de transformatrices.

- Deuxièmement, pour une première fois la durée de l’accord est amenée à quatre ans contre deux traditionnellement d’usage.

Si l’accord de pêche signé en 1996 fut un facteur très favorable à l’expression d’une opinion publique sénégalaise sur la politique de pêche, il a aussi suscité une plus grande auto responsabilisation des femmes.

Auteur :Aliou SALL

Auteur Institutionnel :Credetip

Date :Décembre 1998

Mots clefs :Accords de pêche, Politique, Femmes,

Initiatives, Responsabilisation, Prise de conscience, gestion des ressources, campagnes lobbying, organisation de base, pêche société.

Notes

Aliou Sall est socio-anthropologue, spécialiste de la pêche. Il est aussi le secrétaire exécutif du Credetip.

Contact : CNPS=Collectif National des Pêcheurs Artisanaux du Sénégal, BP 3211 Dakar, Sénégal. Tel (221)832.11.74/821.94.62. Fax (221)832.11.75/821.94.63

Source

Texte original

//

CREDETIP (Centre de Recherche pour le Développement des Technologies Intermédiaires de Pêche) - B.P. 3916 Dakar SENEGAL - Tél. : (221)821.94.62 - Fax : (221)821.94.63 - Sénégal - credetip (@) sentoo.sn

contact plan du site mentions légales