español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les pêcheurs régulent l’accès à la ressource au Sénégal

L’expérience du village de Kayar en matière de limitation des caisses

Aliou SALL

10 / 1999

Dans le village de Kayar, à environ 70 km de Dakar, les pêcheurs ont réussi à réguler l’offre sur le marché pour mieux défendre leurs prix. L’opération consiste à limiter la quantité de poisson à débarquer à trois caisses au maximum. Un comité de pêche a été mis en place pour s’occuper du respect de cette nouvelle mesure. Ce comité a été créé en 1994, suite à la dévaluation du Fcfa. Il a obtenu son récépissé du Ministère de l’Intérieur en février 1996. La décision de limiter les débarquements de pageots à une quantité maximale équivalent à trois caisses de polystyrène -pouvant contenir jusqu’à dix kilos de poisson environ chacune- vient de deux raisons. Premièrement, la dévaluation du Cfa était durement ressentie par les pêcheurs à cause du renchérissement du coût des équipements et du carburant ; alors qu’on est dans un secteur ou tout est importé sauf la main d’oeuvre. Même le bois nécessaire pour la construction des pirogues est de plus en plus importé d’autres pays africains : Côte d’Ivoire, Gabon, etc....Deuxièmement et de façon paradoxale, le prix du poisson, destiné pourtant à l’exportation, subissait une baisse qui ne se justifiait pas pour les pêcheurs. Pendant ce temps, les mareyeurs profitent d’importantes marges bénéficiaires permises par la dévaluation étant entendu que le prix du poisson dépend de son prix au niveau des marchés internationaux. En effet, les usines continuaient à exporter vers des marchés comme Rungis et étaient payées en devises étrangères (franc français, dollar). Refusant cette situation qu’ils ne pouvaient plus vivre, les pêcheurs ont déclenché une grève pendant trois journées consécutives pour exiger que le prix de la caisse payée 1500Fcfa- voire 800 FCFA en période de surproduction - soit ramené à 8000Fcfa. Avec l’entêtement des mareyeurs qui refusent de se plier, les pêcheurs décident de louer des camions frigorifiques et d’aller commercialiser directement vers les usines. Cette initiative n’a pas réussi à cause essentiellement des étroites relations liant les mareyeurs et les usines. C’est alors que fut décidée la limitation de l’offre sur le marché, seule alternative avec la création du Comité de Pêche dont le fonctionnement est comme suit. Un bureau a été mis en place Il est composé d’un Président, d’un Vice Président, d’un Secrétaire avec deux Adjoints

Une Commission Vente fut mise en place ayant à sa tête un président.

La Commission Vente est - scindée en deux cellules : une cellule chargée de la Commercialisation et l’autre chargée de l’application des règles et des sanctions contre ceux qui trichent. Tout ce dispositif institutionnel fonctionne de la façon suivante : tant que les pêcheurs sont satisfaits par les prix offerts par les mareyeurs, il n’y a pas d’intervention de la part du Comité. Cependant, la Commission chargée de la vente descend sur la plage quand le prix commence à baisser en présence du Service Départemental des pêches de Kayar.

Le Comité se concerte avec les mareyeurs pour déterminer un prix plancher.

Si le nombre de caisses de pageots autorisés à être débarquées est de trois, le Comité peut décider de les ramener à deux dès qu’on s ’aperçoit de signe de surabondance de produits. Certains pêcheurs ont naturellement tendance à débarquer plus ce qui leur est autorisé. Pour parer aux abus et à d’éventuels comportements défiants, les règles suivantes ont été fixées par le Comité de pêche : paiement de 15000 FCFA pour tout pêcheur essayant de dissimuler des caisses dans leur pirogue au-delà du nombre autorisé. En cas de refus de paiement de l’amende, le Comité peut procéder à la mise à sec de la pirogue.

Mots-clés

pêche, pêche artisanale, pêcheur artisan, marché local, prix


, Sénégal, Kayar

Notes

Aliou Sall est socio-anthropologue, spécialiste de la pêche. Il est aussi le secrétaire exécutif du Credetip.

Source

Texte original

//

CREDETIP (Centre de Recherche pour le Développement des Technologies Intermédiaires de Pêche) - B.P. 3916 Dakar SENEGAL - Tél. : (221)821.94.62 - Fax : (221)821.94.63 - Sénégal - credetip (@) sentoo.sn

contact plan du site mentions légales