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Appuyer un groupement dans sa réflexion, avant de lui apporter de l’aide, est nécessaire mais difficilement compatible avec le rythme imposé par le décaissement de l’aide -Moundou, Tchad-

Séverine BENOIT, Geneviève PILLET

10 / 1998

Geneviève Pillet, membre fondateur de l’ASSAILD (Association d’Appui aux Initiatives Locales de Développement): "Un groupement qui a mis en place son fonctionnement, si l’aide arrive, alors sa méthode de fonctionnement n’est plus adéquate pour gérer l’aide ! Il devrait normalement évoluer, se former et réfléchir pour être en mesure de s’adapter à cette nouvelle situation. Parce qu’une aide extérieure, forcément, perturbe. Mais l’aide n’apporte pas souvent d’accompagnement pour que le partenaire s’adapte à une nouvelle situation. Alors c’est difficile pour l’ancienne structure de faire face à quelque chose de tout à fait nouveau, dépassant ses possibilités d’organisation et de gestion. Souvent on croit, et c’est l’erreur que l’on a commis à l’ASSAILD au début (1984), on croit que "puisqu’ils ont été jusqu’à un tel niveau", c’est qu’ils sont tout de suite capables de faire plus. Mais parfois, ce plus apporte des perturbations dans l’organisation elle-même, créant des situations qui vont tout modifier. Et cette structure n’est pas capable de faire face tout de suite et d’éviter trop de problèmes.

Aujourd’hui (1999)l’ASSAILD ne donne plus d’appui financier. On essaie d’aider les gens à réfléchir; on leur dit: "Si vous demandez tel financement, si vous voulez gérer telle chose qu’est ce qu’il vous faut? Comment allez-vous vous organiser? etc..." On les prépare et on peut aussi les accompagner aux différentes étapes. On les aide à faire un programme, à essayer de voir où ils veulent aller et comment ils veulent faire. Et à anticiper un peu les difficultés. Pour l’instant, dans les associations que nous suivons, aucune ne se débrouille complètement parce que cela fait à peine deux ans qu’on travaille dans ce sens avec elles. D’autant plus qu’on ne travaille que quelques mois dans l’année et qu’on les voit peut-être une fois par mois. Ce n’est pas de l’accompagnement trop serré. Si tu fais un accompagnement trop serré, où tu vas voir les gens par exemple toutes les semaines, c’est une façon de limiter leur autonomie. Il faut les aider à réfléchir et puis leur laisser le temps de réfléchir entre eux, de transmettre à la base ce qu’ils ont dit, de faire remonter les réflexions et cela prend beaucoup plus de temps qu’on ne croit.

Au départ, la philosophie de l’ASSAILD était de ne pas faire elle-même ses projets; on voulait appuyer les projets des gens. Et puis, on s’est rendu compte que presque tous les groupements présentaient plus ou moins les mêmes projets, qu’il y avait une sorte d’imitation. Il n’y avait pas une vraie demande ou une vraie démarche des gens. Pourtant, on allait discuter avec les groupements de la façon dont ils allaient gérer le matériel agricole en commun puisque la plupart du temps il s’agissait (dans leurs demandes)de matériel agricole. On sait que tel organisme finance telle chose, donc on va demander telle chose. C’est un peu cela qui s’est produit.

Je pense qu’il est possible que naisse une "réelle" demande des gens, mais cela demande une toute autre démarche de financement et plus de temps. Si je prends le cas de l’ASSAILD, on avait par exemple demandé, dans nos budgets, 10 millions pour des crédits, pour telle année. Si on ne place pas ces 10 millions de crédits, les financeurs vont dire que l’on a mal fait notre budget et que l’on ne connaît pas bien les besoins des gens. On se sent presque obligé de faire les choses plus vite qu’on ne voudrait. Alors que justement, si l’on veut une demande "réelle" des gens, il faut prendre le temps de discuter avec eux, d’analyser pourquoi ils sont ensemble, ce qu’ils font, pourquoi ils veulent faire ceci, comment, etc.

Du point de vue européen, il est logique que si tu n’as pas dépensé la totalité de ton budget, tu reportes l’argent sur l’année suivante. Mes collègues tchadiens du comité de l’ASSAILD ont très très mal accepté cela. Pour eux, si l’argent n’a pas été entièrement dépensé, c’est qu’ils ont été honnêtes ! Eux voulaient mettre l’argent non dépensé de côté. Or, à la fin de l’année, c’est la course pour voir ce que l’on a dépensé et calculer ce que l’on peut acheter pour qu’il ne reste pas d’argent ! On a voulu négocier tout cela. Parce que l’un des soucis de l’ASSAILD était de ne pas vivre d’un budget à l’autre mais d’avoir un peu de réserve, de constituer un fond de réserve. Mais cela a été refusé".

Mots-clés

organisation paysanne, financement du développement


, Tchad, Moundou

Commentaire

De l’influence des règles du contrôle financier et les dépenses d’aide publique sur le rythme, parfois destructeur d’initiatives paysannes, de décaissement d’une ONG d’appui.

Notes

Entretien à Bonneville, septembre 98

Entretien avec PILLET, Geneviève

Source

Entretien

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