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L’aide d’urgence peut être le point de départ d’une aide au développement -ASSAILD-, Moundou, Tchad-

Séverine BENOIT, Geneviève PILLET

10 / 1998

Geneviève Pillet, membre fondateur de l’ASSAILD (Association d’Appui aux Initiatives Locales de développement): "Vaut-il mieux satisfaire des besoins de court terme parfois vitaux, par des moyens que l’aide maîtrise ou faut-il tenter de financer des activités qui seront, peut-être, à long terme génératrices de revenus?", je ne sais pas si c’est une alternative ou s’il y a des solutions mixtes ! Parfois on est contraint d’intervenir parce qu’il y a une famine quelque part, mais même dans ce cas on peut déjà mettre parallèlement en place quelque chose d’autre. Ce n’est pas forcément possible de faire les deux à la fois, mais l’important est d’y réfléchir, pendant que l’on est en train d’agir. On a été confronté, dès 1984, à ce problème-là.

Dans la zone rizicole, il n’avait pas plu pendant le mois d’août et il n’y avait pas de récolte de riz dans des zones où les gens dépendent entièrement de la production du riz pour vivre. Humanitaire et développement sont séparés, souvent ce n’est pas les mêmes acteurs. Quand des gens interviennent dans le domaine de l’urgence et d’autres par l’aide au développement, souvent il y a des problèmes entre les deux méthodes d’intervention, puisqu’on est sur le même terrain. Et cette fois, les deux types d’ONG de la zone s’étaient mises ensemble et avaient organisé une intervention globale dans la zone. Mais on ne l’a pas maîtrisée ! L’aide d’urgence est difficile. Et justement, dans la préparation, dans la mise en place, dans l’organisation de cette aide d’urgence, il faut déjà voir plus loin. Il faut voir, dans la façon dont on donne le riz, ou à manger aux gens, comment aider la prochaine production, dans quelle perspective et avec quels moyens. Nous, on a un peu réussi, avec quelques groupements avec lesquels on travaillait déjà, à réfléchir, à mener une réflexion sur les semences: comment garder les semences d’une année à l’autre. Car dans les périodes de famine telle que celle-là, même les semences, il n’y en a pas. En général, ce que l’on appelle les banques de céréales ou les greniers communautaires sont vides au début de la saison des pluies car on a pris pour manger en période de soudure. Ce qu’il faudrait, et c’est la réflexion que l’on a fait avec les gens, c’est que même dans ces années difficiles il y ait des réserves de semences qui restent dans le grenier pendant la saison des pluies, au cas ou il n’y ait pas de récolte.

On leur avait donné de l’argent pour qu’ils trouvent eux-mêmes à acheter des semences. Ils se sont débrouillés pour aller sur certains marchés. L’habitude, dans le milieu, c’est que lorsque tu empruntes un sac de semences, à la récolte tu en rends deux. C’est 100%. Pour nous c’était pareil, on leur a dit: "Vous allez rembourser après, à la récolte". On sait que la première année, après une famine, les gens ont peu de semences donc ils ont peu de production. Mais ils ont quand même remboursé les deux sacs. On leur a dit: "Vous avez bien remboursé, maintenant ces deux sacs sont pour vous, pour la constitution d’un fond de semences". Parce que nous avions déjà réfléchi sur cette histoire de semence. C’était en 1984 et maintenant, en 1998, cela continue. Depuis cette famine, certains groupements et des associations ont constitué leur stock de sécurité de semences et cela fonctionne toujours. Pourtant on n’intervient plus là-dedans. Ainsi le fond de semences augmente. Donc, une aide d’urgence peut déboucher sur quelque chose d’autre. C’est possible, mais cela demande une réflexion de ceux qui interviennent avec les gens.

Cela ne s’est pas tellement étendu géographiquement. Cela pourrait s’étendre par des visites d’échanges, des discussions entre paysans. Pour que cela s’étende il faut que les gens en ressentent la nécessité. Le jour où ils ont vraiment vu qu’ils n’avaient plus de semences... c’était quelque chose d’incroyable pour eux, paysans. Par ailleurs, ils avaient des crédits à nous rendre mais ils ont dit qu’ils ne pourraient pas rembourser puisqu’ils ne pourraient pas cultiver. C’était aussi cela qui nous avait poussé à leur prêter des semences. Il y avait tout un contexte, une réflexion et une discussion avec eux."

Mots-clés

catastrophe naturelle, organisation paysanne, ONG, financement du développement, stratégie de développement


, Tchad, Moundou

Commentaire

Considérer qu’un agriculteur sans récoltes peut rembourser une ou deux saisons plus tard les semences que celui qui aide lui aura prêtées, telle est la différence, selon notre interlocutrice expérimentée, entre action d’urgence et action d’aide au développement.

Notes

Entretien à Bonneville, septembre 98

Entretien avec PILLET, Geneviève

Source

Entretien

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