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Du producteur de café au consommateur, vers un commerce équitable

La garantie Max Havelaar

Domitile de VAUGELAS

12 / 1996

En 1992, trois associations françaises (CICDA, Ingénieurs Sans Frontières, Peuples solidaires)ont repris les principes de l’association Max Havelaar-Hollande - née à la suite d’un appel lancé en 1988 par des petits producteurs de café au Mexique afin que leur travail soit rétribué à un juste prix - pour créer son équivalent français. Max Havelaar cherche, d’une part, à proposer aux consommateurs un café qui garantisse aux producteurs différents avantages dont un prix plancher d’achat, un préfinancement de leur récolte à hauteur de 60 % et des débouchés à long terme, et d’autre part, à toucher le plus grand nombre posible de consommateurs. En effet, le commerce équitable ne sera une alternative réelle que si ses produits sont disponibles dans les lieux courants de consommation.

Pour s’assurer que le surplus généré par ce système profite effectivement aux producteurs les plus défavorisés, Max Havelaar met en relation directe des coopératives du Sud et des professionnels du Nord. A travers l’International Coffee Register (organisme commun aux initiatives européennes), l’association poursuit la vocation d’identifier des coopératives connues pour leur fonctionnement démocratique et leurs actions en faveur du développement local pour leur faciliter le dialogue avec les autres acteurs de la filière. Pour une commercialisation équitable et dans un souci de réalisme économique, Max Havelaar s’appuie sur les industriels du circuit de commercialisation classique (importateurs, torréfacteurs, distributeurs)afin de bénéficier de leur compétence et de leur expérience. Mais à tous les échelons, les acteurs doivent agir sur la base de marges raisonnables et respecter des conditions d’achat "équitables". Max Havelaar n’intervient donc pas directement dans la commercialisation.

Association loi 1901, Max Havelaar-France a signé des contrats avec des professionnels auxquels elle octroie le label "Max Havelaar". En contrepartie, ils doivent respecter un cahier des charges strict, et notamment assurer un prix minimum garanti aux producteurs et accepter des contrôles permanents du respect de ces clauses. En France, la notion de commerce équitable étant peu connue, la réussite de la démarche passe par un effort important de sensibilisation des consommateurs potentiels et des industriels de la filière. Cette situation nécessite donc de multiplier les actions de promotion sur le terrain, qui sont l’occasion de proposer au public une forme d’engagement claire et efficace en faveur des populations du Sud.

Concrètement, les achats et l’acheminement des sacs de café vert en France se font par l’intermédiaire d’un importateur qui s’approvisionne auprès de coopératives de producteurs du Mexique, du Guatemala, de Haïti. Pour être homologuées par le réseau Max Havelaar, ces dernières doivent fonctionner "démocratiquement" et oeuvrer au développement de leur région. Le café vert est ensuite torréfié et mis en sachet par l’intermédiaire, entre autres, d’une société bretonne, dans l’atelier spécialisé d’un centre d’aide par le travail. Les paquets sont ensuite livrés aux distributeurs, auxquels importateurs et torréfacteurs s’engagent à ne pas faire de rabais. Ils sont vendus au détail sous les marques Chantico, Kalinda, Tzul Taca et Ocamonté, par correspondance et surtout dans 200 points de vente : boutiques de l’association Artisans du Monde, et différents supermarchés tels que Carrefour, Leclerc, Casino, Champion, Continent ...

L’agriculture d’exportation joue un rôle fondamental dans l’économie de nombreux PVD. Or, si certaines cultures sont le fait des grands propriétaires, d’autres concernent des millions de petits propriétaires indépendants. Mais vu leur petite taille et leur petite production (dues aux plants de café en mauvais état, au manque d’outils de travail et de main-d’oeuvre lors des sarclages, aux problèmes pour écouler la production et au prix), ils ne jouent aucun rôle de négociation dans les circuits de commercialisation nécessaire de leurs produits. La vente à des prix très faibles ne couvrant pas les coûts initiaux les conduit à s’endetter d’autant plus fortement qu’il faut également investir pour moderniser ou simplement entretenir l’appareil de production.

Certaines conditions sont demandées aux producteurs pour bénéficier de la garantie "Max Havelaar" :

  • la possession de plantations familiales de café d’environ 5 ha et l’organisation en coopératives.

  • le fonctionnement démocratique de la coopérative et son ouverture à tout nouveau membre.

  • l’amélioration de ses infrastructures, et l’achat de matériel.

  • une production répondant à des normes de haute qualité.

Le partenariat avec Max Havelaar leur permet de bénéficier au niveau local d’un meilleur prix de base et d’un prix plancher garanti quel que soit le prix du marché mondial; d’avoir accès à des prêts financiers et à des crédits; de construire des dépôts, des aires de séchage, d’acheter du matériel; ainsi que d’obtenir la confiance des importateurs et des torréfacteurs en montrant leur capacité d’exporter un café de qualité et de respecter les délais de livraison.

Le contrat bilatéral résultant de ce partenariat entre le producteur et le torréfacteur soumet ce dernier (également importateur)à des conditions :

  • l’achat direct du café aux coopératives de petits producteurs reconnues par Max Havelaar.

  • le paiement d’un minimum garanti avec un supplément, indépendamment du cours mondial du café, afin de préserver les petits producteurs en cas de baisse de ce cours.

  • le préfinancement des récoltes à hauteur de 60 % afin d’éviter l’endettement des producteurs.

  • la signature de contrats à long terme (un an minimum).

  • l’acceptation d’un contrôle permanent du respect de ces clauses par les associations Max Havelaar.

L’avantage de ce partenariat réside en ce qu’il est nécessaire, pour attirer le consommateur, de commercialiser un café de qualité. Or, cette relation sans intermédiaire entre producteur et torréfacteur permet une meilleure connaissance du produit importé, des attentes et des débouchés sur le marché européen, donc une meilleure adaptation à la demande.

Il est aujourd’hui difficile de commercialiser un produit "équitable". En effet, il faut arriver à prouver au distributeur que le commerce équitable n’est pas qu’une utopie mais une entreprise viable; ainsi qu’à sensibiliser le monde associatif aux logiques commerciales. C’est donc aussi convaincre la grande distribution du bien-fondé de la démarche et proposer d’instaurer la valeur humaine comme première valeur ajoutée, en mettant au premier plan le travail des paysans et la qualité d’un café "d’appellation d’origine". Simultanément, il est indispensable de sensibiliser le grand public en faisant connaître la démarche, dans un premier temps par une connaissance qualitative puis, dans un second temps par des ventes quantitatives avec baisse des prix.

Max Havelaar lance donc le défi de remettre en question l’organisation du commerce Nord/Sud grâce à la généralisation d’un comportement d’achat de type citoyen. Les liens créés entre producteurs et consommateurs permettront de développer la démarche d’un commerce "équitable", de valoriser voire de changer l’image d’un Sud "assisté" au profit d’un droit de regard réciproque et d’un développement de partenariat.

Mots-clés

commerce équitable, café, petit producteur, commercialisation, consommateur, coopération Nord Sud


, Amérique Latine, France

Notes

Contact : Max Havelaar- France, 67 rue Robespierre - CAP 122 - 93100 Montreuil. Tel 01 48 51 69 90. Fax 01 48 51 52 73

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