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Le cas d’une coopération réussie entre la France et le Brésil dans l’articulation entre habitat, activités économique et formation

Henryane de CHAPONAY

05 / 1997

Ce cas, qui commence à être connu internationalement puisqu’il a gagné à Istanbul, le prix Habitat II, est intéressant à plus d’un titre.

Fortaleza, capitale de l’Etat du Ceara, au Nord-Est du Brésil, compte aujourd’hui près de 2 millions d’habitants dont environ 28 % vivent en conditions d’extrême pauvreté. Il existe 300 favelas et plus, puisque depuis dix ans la croissance de celles-ci est d’environ une par mois, alors que la construction de logements par l’Etat est de 3.000 par an.

La situation de l’emploi y est dramatique, aggravée encore par l’analphabétisme et le faible niveau de formation. Cependant, les organisations populaires y sont nombreuses et jouent un rôle essentiel de défense, de structuration et de représentation des habitants.

Au cours des années 1980, l’Etat du Ceara et la municipalité de Fortaleza avaient engagé des programmes de construction de logements selon le système traditionnel d’entraide (mutirao)qui avaient permis en quelques années la construction de plus de 11.000 logements bâtis par les mutirantes regroupés en une centaine de sociétés communautaires d’habitants.

C’est en 1987 que le GRET proposa un projet pilote "Mutirao 50", pour réaliser une micro- urbanisation destinée à 50 familles du quartier Rondon, un des plus pauvres de la périphérie. Il y eut un accord signé entre la municipalité de Fortaleza, le conseil populaire de Rondon et le GRET et une première tranche de logements et d’équipements collectifs fut réalisée entre 1988 et 1990. C’est cette première réalisation qui inspira par la suite un programme plus ambitieux appelé programme "Comunidades" : réaliser dans six autres quartiers environ 1.000 logements (150 par quartier)avec une infrastructure de base, développer simultanément un programme de création d’emplois et d’activités ainsi qu’un système permanent de formation continue pour tous les acteurs et bénéficiaires du projet. Ce nouveau programme fit l’objet d’une convention signée par le gouvernement de l’Etat du Ceara dans le cadre de la coopération technique entre l’Europe et le Brésil, la France (dont le GRET)continuant à être le principal acteur de cette coopération.

Les objectifs du programme sont : travailler avec et pour les plus pauvres, expérimenter un dispositif de production et de gestion démocratique de l’urbain, intervenir sur les espaces clés de l’agglomération, prendre en compte l’histoire urbaine et surtout l’histoire des conflits récents.

Pour cela, le programme se fonde sur des hypothèses qui apparaissent particulièrement importantes pour déclencher des processus de sortie d’exclusion en milieu urbain, mais qui supposent forcément un gros effort d’articulation entre les différentes actions, de coordination générale et de formation permanente à différents niveaux.

Les hypothèses les suivantes :

  • En situation d’extrême précarité, la motivation de la famille, et plus particulièrement de la femme, pour obtenir un toit est très grande, et cette motivation peut constituer le point d’ancrage du programme.

  • La solution du problème urbain ne peut passer que par la prise en compte simultanée des problèmes de logement, d’emploi et de formation.

  • La résolution du problème de l’insolvabilité des familles passe par l’aide à la création d’emplois et d’activités économiques sur place, dans le cadre de micro entreprises et par la formation professionnelle. Un système d’appui à la création d’activités économiques, combinant accès à des crédits, formation professionnelle et gestionnaire et conseil technique, peut susciter de nombreuses opportunités de création de micro-entreprises.

  • L’investissement réalisé au départ, sous forme de travail mutuel par les habitants ou sous forme de subventions par les institutions, est récupéré, de manière régulière, par une structure collective : l’association des habitants. Celle-ci gère le fonds communautaire, constitué par les ressources financières générées par la location des bâtiments et construit en aide mutuelle par les mutirantes.

  • Un dispositif global d’économie sociale peut résulter de la constitution d’unités socio-économiques du type coopératives de production ou de services, regroupant les micro-entrepreneurs. Ces groupes de base peuvent se rassembler au sein d’unions d’économie sociale.

L’une des originalités du programme est qu’il est fondé sur une double structure : l’une liée à l’Etat et aux municipalités, l’autre au secteur associatif et par là-même aux organisations populaires. Chaque structure est autonome, mais leur articulation mutuelle est permanente, elle est assurée par le GRET qui joue un rôle permanent de conseil, de médiateur et aussi de coordinateur entre les divers acteurs. Le dispositif opérationnel est constitué par deux équipes techniques qui fournissent l’assistance technique au programme de crédit et participent avec les architectes et les ingénieurs du projet "Habitat", au programme de constructions à finalité productive.

Le programme "Comunidades" est constitué de plusieurs projets étroitement articulés :

  • le projet "Habitat" fondé sur le système de construction en aide mutuelle (mutirao), assumé par une association communautaire constituée dans chaque quartier et formée par les 150 familles sélectionnées sur la base de certains critères (degré de pauvreté, niveau de besoins, motivation);

  • le projet "Formation", destiné à élever le niveau de connaissance des habitants par l’alphabétisation et des notions de gestion pour ceux qui peuvent créer une micro-entreprise ; renforcer la capacité de gestion et d’animation pour les dirigeants d’associations ; former des cadres du secteur public pour qu’ils s’intègrent dans la démarche d’économie solidaire ;

  • le projet de "Crédit" qui a démarré tardivement, en août 1995, vu la difficulté de mettre en place des financements de substitution à ceux que devait initialement apporter l’Etat du Ceara. Destinés aux candidats à la création de micro-entreprises, ce sont des crédits individuel s accordés en priorité à des mutirantes présentés par l’association des habitants. Il s’agit de crédits à court terme (8 mois environ), remboursables par mensualités au taux de 2 % par mois, alors que le taux d’inflation se maintient à 1 ou 1,5 % par mois :

  • le projet "Cidades" qui est une unité d’information et de communication spécialisée sur les problèmes urbains. Cette unité a été montée en partenariat avec l’Université Fédérale et l’Ecole Technique. Elle implique les associations communautaires.

Mots-clés

habitat urbain, création d’activité, lutte contre la pauvreté, création d’emploi, autoconstruction, financement du logement, participation des habitants, organisation populaire


, Brésil, France, Ceará, Fortaleza

Commentaire

Cette expérience est en plein essor et constitue d’ailleurs un terrain d’étude pour énormément d’institutions françaises, entre autres liées à la problématique urbaine. Cependant, il faudrait pouvoir évaluer plus précisément le coût total de cette opération et la qualité relationnelle de l’ensemble des acteurs appelés à conjuguer leurs efforts pour estimer davantage dans quelle mesure des montages semblables sont possibles dans le cadre d’une stratégie nationale et d’une politique d’ensemble.

Source

Texte original

COLLOMBON, Jean Marie, PARODI, M., //

CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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