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Jumelage de la ville de Rezé (France) et de Villa El Salvador (Pérou)

Béatrice TROUVILLE

12 / 1998

Le projet est né d’une rencontre entre le maire de Rezé et Michel Ascueta, élu de Villa El Salvador, lors d’une conférence sur l’eau et l’assainissement en Amérique latine, en 1984. Les relations internationales étaient depuis longtemps un secteur développé par la commune de Rezé à travers des jumelages traditionnels. La politique de la ville est de promouvoir la solidarité et la cohésion au coeur de la population avec la conscience que celles-ci ne peuvent s’arrêter aux portes de la commune. L’idée d’interdépendance entre les peuples a sous-tendu cette réorientation.

Trois projets de coopération ont déjà été réalisés avec Villa El Salvador : projet d’eau et assainissement ; projet de densification de l’habitat ; projet de mission locale pour les jeunes.

Le premier projet est venu de la demande des élus de Villa El Salvador (VES), un pueblo joven aux abords de Lima, créé dans les années 1975, à la suite de l’exode massif des populations andines qui ont occupé ce qui était alors un camp militaire. La population a été complètement impliquée dans le développement de la ville dès ses débuts. Lorsque le maire de Rezé a rencontré M. Ascueta, la ville était déjà constituée, mais elle manquait d’infrastructures. Rezé a accepté de se lancer dans un programme d’eau et d’assainissement, bien qu’elle n’eût guère d’expérience directe en ce domaine. La ville s’est associée au Syndicat Intercommunal de l’eau potable pour drainer des fonds : la facture d’eau a été augmentée de deux centimes par mètre cube, reversés à VES. Ce procédé a parfaitement été accepté par les habitants de la commune de Rezé.

Précisément, la ville n’amenait que le financement et laissait le suivi technique à la responsabilité des élus de VES. Les matériaux étaient achetés sur place et la population a participé aux travaux. Cependant les élus ont élaboré le projet dans l’urgence plutôt que dans une perspective à long terme. Le résultat des travaux est donc médiocre, le matériel se détériorant rapidement. M. Prin, maire-adjoint de Rezé, considère qu’il aurait fallu dès le départ créer une cellule de suivi technique, assurant un contrôle de l’exécution.

Le deuxième projet émanait pareillement de VES, mais il a entraîné un partenariat plus complexe. Il s’agissait de transformer l’habitat pour répondre aux besoins des familles, la densité de la population étant telle que seule une extension en hauteur était envisageable. A la suite d’une longue enquête auprès des habitants, une entreprise a été créée, PROVIPO, pour assurer le suivi technique du projet. Les financements de la ville de Rezé ont été constitué en fonds de garantie pour permettre aux habitants d’obtenir un prêt bancaire. Plusieurs réajustement ont été nécessaires, de nouveaux partenariats ont été créés, mais aujourd’hui PROVIPO est pratiquement autonome. C’est un projet réussi car il est reproductible et un bon suivi a permis de bons résultats. Bien qu’il ne soit pas du goût du gouvernement péruvien qui voit d’un mauvais oeil tout projet d’inspiration sociale et parapublic, il a été présenté comme projet-pilote à Habitat 2. Le troisième projet est venu d’une demande de la Casa Alternativa Joven naissante, qui souhaitait apporter un service aux jeunes de VES. Une enquête sociologique a été menée en lien avec la municipalité pour déterminer les besoins des jeunes. Une mission locale proposant des services pour l’emploi, la santé, des animations et de la formation professionnelle, s’est avérée le mieux répondre à ces besoins. Un problème nouveau se pose dans les rapports avec les jeunes. Ceux-ci sont déjà insérés dans une société de consommation, et plus on leur offre de services, moins ils se mobilisent.

Mots-clés

coopération décentralisée, coopération Nord Sud, évaluation, partenariat


, France, Pérou, Rezé, Villa El Salvador

Commentaire

Les rapports de coopération se sont à la fois consolidés et diversifiés entre Rezé et VES. Il s’agit d’une coopération technique et financière au départ classique, où cependant la ville de Rezé n’est pas l’acteur principal mais assume un rôle de bailleur de fonds et d’accompagnateur. Cette coopération a évolué pour répondre de plus en plus à des préoccupations sociales. Les projets sont le fruit d’une longue concertation et d’une préparation très poussée. Ils émanent d’une demande locale bien précise et sont conçus pour permettre aux acteurs locaux de devenir autonomes. Le besoin de suivi, mal soupesé au départ, tout comme une contractualisation formelle des liens, est néanmoins fortement ressenti pour garantir la réussite des projets. La présence d’un coopérant français travaillant à PROVIPO permet d’assurer un lien plus suivi malgré la distance. Celle-ci est en effet un handicap dans la coopération avec l’Amérique latine car elle engendre un coût important et un problème de communication.

C’est par ailleurs une coopération délicate dans le contexte politique péruvien des années 1980 et 1990, entre la violence du Sentier lumineux et l’autoritarisme d’un gouvernement soucieux de privatiser chaque maillon de l’économie, tolérant mal les initiatives populaires et associatives.

Le comité VES de Rezé a été de plus en plus impliqué dans le projet, établissant des liens moins formels, basés sur la confiance et l’amitié, entre les deux populations. Les contacts se font au travers du journal municipal, de fêtes, d’échanges scolaires, et des liens se créent de personne à personne. Mais l’international n’est guère au coeur des préoccupations majeures des habitants, même si au travers de ces courts échanges, il y a une plus grande ouverture sur d’autres cultures et d’autres modes de vie. Le dernier projet, par exemple, était plus facilement abordable car les problèmes rencontrés par les jeunes Péruviens sont proches de ceux des jeunes Français (drogue, scolarité, emploi...).

Les retours vers Rezé de cette coopération ne sont guère palpables. Ce qu’on reçoit n’est pas de même nature que ce que l’on apporte. Les liens créés entre les deux populations contribuent à nourrir le tissu social de Rezé, et le dynamisme des habitants de VES offre un exemple idéal de mobilisation et de solidarité pouvant inspirer le développement local en France; exemple cependant difficilement reproductible à Rezé, où les services ont une longue existence. Il est intéressant de noter les effets de cette élaboration des services à VES qui, au fur et à mesure qu’ils se mettent en place, peuvent en venir à démobiliser une population qui se replie sur elle-même. D’un autre côté, l’absence de suivi et de professionnalisme techniques rigoureux dans le premier projet en a limité le succès.

Cette recherche d’un équilibre de part et d’autre constitue peut-être bien un enjeu commun.

Notes

Contact : Mairie de Rezé, Place J.B. Daviais - 44400 Rezé / Tel : 02.40.84.44.

M.Prin est maire-adjoint de Rezé.

Entretien avec PRIN, M.

Source

Entretien

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