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Apoyo Urbano : Expérience d’appui urbain aux villes intermédiaires latino-américaines

Béatrice TROUVILLE

12 / 1998

" Apoyo Urbano " est une association récemment créée à partir des liens personnels et professionnels qu’entretenait Mme Rosales Montano avec des urbanistes français et latino-américains. En effet, Mme Rosales Montano, d’origine salvadorienne, travaille à l’Agence d’Urbanisme de Lyon en tant que spécialiste des transports et de l’aménagement du territoire. Au cours de voyages en Amérique latine, en particulier au Salvador, Mme Rosales Montano se trouvait souvent interpellée localement par des personnes souhaitant qu’elle puisse utiliser ses compétences dans son pays natal. Parallèlement, la démocratisation en cours au Salvador et la décentralisation de l’Etat a permis un renouvellement des élus et de leurs attributions. Le même phénomène de décentralisation et de privatisation des services publics se retrouve sur l’ensemble du continent.

Au cours d’un voyage dans le cadre des activités de coopération de l’Agence d’Urbanisme de Lyon en 1997, Mme Rosales Montano s’est entretenue avec un certain nombre d’élus et de fonctionnaires locaux de petites et moyennes villes. Elle a pu constater l’absence de bureau d’études ou de structure d’appui pour les petites collectivités locales. Celles-ci ne peuvent payer des consultants et se retrouvent à l’écart des circuits financiers des bailleurs de fonds traditionnels. De plus les équipes municipales nouvellement en place présentent à la fois l’avantage d’être porteuses d’un renouveau et le désavantage de n’avoir aucune expérience en termes de gestion urbaine. Privées de moyens, acculées à traiter les urgences, ces équipes ne sont pas en mesure d’élaborer une politique publique intégrant tous les aspects de l’organisation urbaine. Par ailleurs elles ont peu l’habitude de travailler dans une optique pluridisciplinaire.

L’idée est donc venue de mettre à la disposition des communes de taille moyenne une équipe d’urbanistes pluridisciplinaires. L’association s’est ainsi constituée selon un double processus: recherche des membres de l’équipe et "tour" des municipalités salvadoriennes pour présenter le projet. Il était important de le faire oralement car la présentation écrite s’avérait trop abstraite. Il a ainsi reçu un accueil favorable auprès des élus salvadoriens, d’autant plus que le label français en matière d’urbanisme jouit d’un certain prestige.

L’association comprend maintenant 3 membres latino-américains basés pour la plupart en France et 5 membres français, ayant chacun une spécialisation en urbanisme (dont sociologie, transports, planification, aménagement du territoire, composition urbaine, communication de projets....). L’intervention se porte sur des demandes très ciblées ne nécessitant pas plus de deux à trois semaines de travaux. En effet l’association fonctionne pour le moment sans apports extérieurs, aussi les membres de l’équipe prennent sur leur temps de vacances et paient eux-mêmes leurs billets pour intervenir. La prestation est gratuite mais une contrepartie d’accueil est demandée aux municipalités faisant appel à leur service. Les mairies doivent être partie prenantes dans le projet.

L’association a pour but d’apporter un soutien relevant soit du conseil, de l’assistance, de l’analyse, soit de l’expertise sur un problème d’aménagement urbain ou la formulation d’une politique urbaine. Elle n’est pas en mesure de toucher directement à la maîtrise d’ouvrage. Elle prévoit un volet de formation, qui est pour le moment indirecte car un échange se produit lors des interventions, mais qui, faute de temps, n’est pas encore systématisée auprès par exemple d’étudiants ou même des fonctionnaires municipaux. Des contacts commencent à être opérés aussi avec les professionnels, urbanistes, locaux. Dans sa philosophie, la démarche insiste sur la nécessité d’inclure la population concernée.

L’association a reçu plusieurs demandes d’intervention. Tout d’abord à Santo Tomas, petite ville aux abords de la métropole de San Salvador, cherchant à se donner un label particulier et à promouvoir cette proximité avec la capitale. L’intervention à ce titre tenait du "marketing urbain". Apoyo Urbano a notamment proposé à la ville de valoriser son activité traditionnelle d’entrepôt et vente de bois et de meubles. Une autre demande est venue de Nuevo San Salvador (Santa Tecla)dans l’aire métropolitaine. Ce bourg cumule nombre de problèmes socio-urbains mais dispose d’un centre historique du début du siècle. Le Schéma directeur d’urbanisme a lancé un plan de réhabilitation des centres historiques; cependant à Santa Tecla, la municipalité ne savait pas comment faire émerger un projet et n’avait pas les moyens de faire appel à des consultants. Apoyo Urbano les a donc amenés à réfléchir sur le concept de "centre historique", en ne se limitant pas au travail de rénovation architectural mais en abordant le thème dans sa globalité, réfléchissant à la notion de "vocation de rue", incluant la circulation, l’historicité culturelle, l’économie et l’implantation humaine. Un autre projet est en cours de négociation à Resistencia, en Argentine et des contacts ont été opérés à Cuba, à La Havane et à Santiago de Cuba, ainsi qu’au Venezuela pour un quartier de Montevideo.

Mots-clés

urbaniste, aménagement urbain, politique de la ville, financement du développement, structure d’appui, solidarité


, France, Amérique Latine

Commentaire

Dans la situation actuelle, l’association présente un certain nombre de limites. Tout d’abord la faiblesse des moyens dont elle dispose ne permet pas de s’avancer très loin dans l’intervention. Portée par des bénévoles professionnellement très actifs, leur disponibilité reste limitée. De plus, le degré de motivation n’est pas le même pour tous étant donné les liens personnels que certains entretiennent avec tel ou tel pays. Cependant, avant de pouvoir déposer des demandes de subvention, la responsable est consciente qu’il faut d’abord consolider l’association et en démontrer la valeur.

En termes de services fournis, Apoyo Urbano est sans cesse confrontée à des demandes de financement par les municipalités où elle intervient. Cette attente constitue une pression très forte pour que l’association devienne un relais de financements. Par ailleurs une assistance technique serait nécessaire pour la réalisation de la maîtrise d’ouvrage. Le volet Formation et la constitution d’un réseau de professionnels locaux doivent encore être renforcés. Enfin, la faiblesse des moyens rencontrés sur place constitue un véritable défi pour les membres eux-mêmes, habitués à l’abondance de moyens de travail en France. Les conditions de travail locales (moyens techniques de base déficitaires...)constituent une contrainte qui les renvoie à leur propre capacité d’adaptation. Mais l’action en Amérique latine s’avère par ailleurs très gratifiante et stimulante, permettant un travail de proximité avec les élus et les populations, qui n’est guère possible en France. Dans son ambition, Apoyo Urbano entend répondre à une nouvelle tendance du développement urbain en Amérique latine et, à ce titre, occupe un créneau peu occupé et bien ciblé.

Notes

Contact : APOYO URBANO57, cours Vitton - 69006 LYON / Tel : 04.78.93.67.73

Rosales Montano est présidente de Apoyo Urbano.

Entretien avec MONTANO, Rosales

Source

Entretien

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