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Des crèches dans les bidonvilles d’Aréquipa

Martine HERVE

12 / 1996

Touchées par la pauvreté des bidonvilles d’Aréquipa (deuxième ville du Pérou), deux Bretonnes, dont l’une vivait au Pérou et l’autre était de passage, désirèrent en 1984 créer une crèche pour les enfants démunis et dénutris de ces bidonvilles. Tandis que la première se chargeait, à Aréquipa, d’établir un budget prévisionnel pour la création d’une crèche, la deuxième de retour en France réunissait alors un groupe d’amis prêts à s’engager financièrement dans ce projet. Le noyau dur de l’association Crèche d’Aréquipa venait de voir le jour et de se lancer dans une aventure qui après treize ans est toujours passionnante.

Un des buts de cette association humanitaire est d’aider les enfants des bidonvilles d’Aréquipa, en améliorant leur alimentation et leur hygiène quotidienne tout en favorisant leur éveil et leur scolarité par l’intermédiaire de cette structure d’accueil.

Impliquer les mères de ces enfants est également un enjeu majeur, c’est pourquoi les initiateurs du projet se sont donné comme principe la participation des mères au travail des crèches en leur offrent l’opportunité de suivre des formations sur l’hygiène et la santé.

Afin de mener à terme ce projet de crèche, deux associations se sont créées en parallèle: l’association Crèche d’Aréquipa en France et Cuna Amistad Peruano Francesa (crèche amitié franco-péruvienne)au Pérou. Le rôle de Crèche d’Aréquipa est de récolter des fonds en France et de faire part aux membres de l’utilisation des fonds, grâce à un journal. Le principe régissant le système de récolte de fonds choisi par les membres fondateurs est celui du parrainage. Tout individu désirant devenir parrain doit s’engager à verser mensuellement à l’association Crèche d’Aréquipa une somme au montant libre, et si possible pour une durée d’au minimum deux ans. Cet engagement à moyen terme permet la pérennisation de l’action auprès des crèches. Pour un meilleur fonctionnement, il faut en effet des ressources stables et régulières sur un échéancier connu.

Ces parrainages constituent la majeure partie des recettes de l’association. Le nombre de parrains a fortement augmenté depuis 1985 : le groupe, à l’origine, de 80 personnes compte aujourd’hui plus de 230 parrains. D’autres manifestations, telles que des rallyes, des expositions ou la grande fête annuelle, réunissant plus de trois cents personnes permettent de dégager des fonds. La vente de l’artisanat péruvien en France complète cette panoplie. Les membres de l’association sont tous bénévoles et sont engagés individuellement pour la cause des enfants. Ils ne veulent pas de frais de fonctionnement lourds (moins de 3 %)et s’accordent pour que la totalité des sommes versées par les parrains soit transférée aux crèches.

Au Pérou, l’association Cuna Amistad Peruano Francesa, constituée de trois Péruviens et de deux Françaises vivant à Aréquipa, est le relais entre l’association bretonne et les crèches. Elle est la destinataire des fonds transmis, assume la gestion de ces crèches et rémunère leurs employés. Elle sélectionne les enfants et élabore les projets.

Cuna Amistad Peruano Francesa gère donc au quotidien les crèches ouvertes grâce au financement français : Peral tout d’abord, en 1985, puis Lara en 1988 et Carlos Llosa en 1991. La première a été fermée en 1991 car elle était sur un terrain loué, et l’ouverture d’une autre crèche permettait de recentrer son activité sur des terrains dont Cuna Amistad Peruano Francesa était propriétaire.

Actuellement ces deux crèches, l’une en centre ville, l’autre dans un bidonville, ont une capacité d’accueil de 250 enfants de 0 à 6 ans et fonctionnent grâce à une équipe de seize personnes. Au delà des repas distribués, ces enfants bénéficient de soins, de formation à l’hygiène, de garderie et de séances d’éveil. Ces enfants reçoivent également des vêtements et des jouets, récoltés en France par les bénévoles et envoyés par container.

Les actions dans les crèches visent non seulement les enfants, mais aussi leurs mères. Celles-ci doivent donner au moins une journée de travail par enfant et par mois à la crèche. Elles peuvent participer à des séances de formation sur l’hygiène, l’alimentation et la contraception, séances animées par une assistante sociale. Ces actions cherchent à valoriser ces femmes dans la société.

Parallèlement à ces deux crèches, d’autres activités se sont développées sur ces deux sites. A Lara, un atelier de couture a été ouvert en 1988 dans la perspective d’une évolution vers l’autonomie. Et une action en faveur des scolaires a permis de réaliser à Carlos Llosa un accueil après les cours, qui est géré de manière autonome par les mères de famille.

Un projet en faveur des mères a été mis en place. Il s’agit d’accorder des prêts aux mères abandonnées afin d’améliorer leurs conditions d’habitation dans les bidonvilles en leur facilitant la construction de maisons. Une somme initiale a été mise dans un fonds commun, les prêts une fois remboursés sont réinvestis dans d’autres maisons. Depuis 1994, 10 maisons ont été réalisées.

Mots-clés

enfant, bidonville, lutte contre la pauvreté, faim


, France, Pérou, Arequipa, Bretagne

Commentaire

La première structure d’accueil a commencé avec huit enfants, onze ans plus tard, les deux crèches en reçoivent 250. Il existe encore une forte demande des familles pour être reçu dans ces crèches, mais l’association préfère assumer les repas quotidiens de ces enfants plutôt que d’augmenter les adhésions sans être sûre de pouvoir y répondre.

16 personnes (institutrices, puéricultrice, cuisinières ...)sont employées par Cuna Amistad Peruano Francesa. Toutefois les activités créées pour augmenter la marge d’autonomie ne sont quant à elles pas toujours à la hauteur des espérances. L’atelier de couture ne dégage en réalité que très peu de fonds pouvant être réinvestis. Et le projet des prêts à la construction des maisons a dû être suspendu, car il éveillait de la jalousie et de l’inimitié entre les mères demandeuses de prêts.

Depuis une dizaine d’années, l’association Crèche d’Aréquipa arrive donc à financer les repas des enfants dans les crèches ouvertes. Ceci n’est possible que grâce au soutien régulier des parrains dont le nombre est en continuelle augmentation.

La majorité de ces parrains sont des particuliers mais il y a aussi des groupes Tiers Monde des communes bretonnes, qui leur font confiance et trouvent ainsi des projets humanitaires correspondant à leurs aspirations. Ces groupes Tiers Monde, qui organisent des actions solidaires au sein de leur communes, versent les fonds récoltés de préférence à une association qu’ils connaissent plutôt qu’à une structure plus importante, dont ils ne verraient pas forcément les résultats concrets.

Cette association, dont les actions n’ont pas fait l’objet d’évaluation, est toutefois reconnue et approuvée par des grandes ONG, notamment par Caritas et Medicus Mundis, qui la soutiennent. Elle a également été récompensée par plusieurs prix, dont, en 1990, le prix de l’Express "aide aux enfants du tiers-monde" pour lequel elle concourait contre des grandes ONG. Dernièrement, elle a reçu un prix du Ministère des Affaires Etrangères lors du forum d’Agen. Ces diverses dotations la rendent encore plus crédible aux yeux des parrains et dans le monde des associations humanitaires.

Notes

Contact : Crèche d’Aréquipa, BP 30 - 56350 Allaire

Lors de la grande fête annuelle, le 5 Octobre 1996, entretien avec le président M. Toubant de l’association Crèche D’Aréquipa ainsi qu’avec divers parrains, particuliers ou groupe tiers monde, tel que Betton Tiers Monde représenté par Guy Briand.

Entretien avec TOUBANT, M.

Source

Entretien

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