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Les centres nutritionnels et éducatifs des bidonvilles d’Aréquipa au Pérou

Martine HERVE

12 / 1997

Trois petites associations, Enfants du Soleil, Enfants de l’Espoir et Enfance et Avenir, basées dans l’ouest de la France (Bretagne et Pays de Loire)soutiennent depuis les années 1980 trois centres nutritionnels et éducatifs des bidonvilles d’Aréquipa, deuxième ville du Pérou. La périphérie d’Aréquipa s’est déployée de façon tentaculaire et anarchique à la suite d’un exode rural intensif et de déplacements de population induits du terrorisme.

Il existe un lien organique entre les trois associations en France ainsi qu’entre les trois centres à Aréquipa. En effet, les responsables péruviennes de ces centres se rencontrent et échangent régulièrement, bien qu’elles ne soient pas dans les mêmes quartiers populaires. En France, les associations Enfants du Soleil et Enfants de l’Espoir ont la même origine. En 1980, une connaissance commune les a interpellés sur les mauvaises conditions de nutrition dont souffraient les petits enfants péruviens, et les a incités à créer une association pour leur venir en aide. Mais très vite, ces associations se sont écartées de ce tuteur porté sur le seul aspect nutritionnel caritatif et ont développé des relations avec les centres en y intégrant l’accueil, un suivi médical et l’éducation préscolaire, ainsi qu’un travail sur les conditions préalables au développement.

Nous pouvons tracer des lignes communes à ces trois associations partageant le même objectif: La coopération avec les populations d’Amérique latine en vue d’un développement humain intégral des enfants par la nutrition et l’éducation. Trois volets d’activités découlent de cet objectif : l’alimentation, l’éducation et la santé. Ces trois centres bénéficient de la forte motivation des responsables péruviennes. Chacune d’elles assume la gestion du centre, le recrutement des enfants, la pédagogie et les problèmes juridiques et fonciers. Lorsqu’elles agissent par conviction et pas seulement par intérêt financier, on constate une réappropriation péruvienne de ces centres. Elles informent les mères sur le rôle et l’importance de l’éducation et de l’hygiène et les motivent pour participer à la vie quotidienne des centres. Les mères sont aussi sollicitées pour les travaux d’entretien ou de réparation, d’aide à la cuisine et à la garderie, apportant ainsi une contribution en main-d’oeuvre. Cette implication des mères n’est pas évidente à obtenir, elles étaient au départ souvent méfiantes à l’égard des crèches.

En France, ces associations fonctionnent selon des parrainages collectifs. Elles regroupent chacune entre 20 et 50 parrains. Ceux ci s’engagent à verser régulièrement une certaine somme d’argent, dont le montant n’est pas fixé. Cette somme est versée pour l’ensemble du centre et non pas pour un enfant particulier. Les centres accueillent ensuite un certain nombre d’enfants selon leurs capacités financières. Le principe régissant l’ensemble de ces associations est "un franc donné par les parrains est un franc versé au centre ! ". Les frais de fonctionnement des associations sont couverts par les activités annexes, les gains des soirées spectacles et les cotisations annuelles. Il arrive parfois que les associations bénéficient de fonds inhabituels qui sont alors destinés à une action concrète, choisie uniquement en fonction de la demande du centre. En effet, l’association Enfants du soleil ayant récupéré des fonds d’une opération "bol de riz" avait de son propre chef décidé d’acheter des réservoirs d’eau. Or, une fois sur place, le réservoir n’était adapté ni en poids ni en taille. Forts de cette expérience, les membres d’Enfants du Soleil n’envoient rien sans connaître au préalable les besoins du centre.

Ces trois associations sont confrontées à deux types de difficultés.

  • Tout d’abord, des difficultés d’ordre juridique et foncier. Deux des centres sont installés dans le cadre d’un contrat de location. Aussi sont-ils contraints de quitter les lieux quand les propriétaires désirent récupérer leurs locaux. Le centre soutenu par Enfants de l’Espoir a été confronté à ce problème début 1997. Deux cas se présentaient : acheter le terrain dans le cadre d’un contrat de droit privé donnant la propriété à l’association française ou jouir en usufruit d’un terrrain mis à disposition par la collectivité. L’association a tranché pour la deuxième solution, elle a financé la construction et les habitants ont aidé à la réaliser. Pour le moment, Enfants de l’Espoir en est l’utilisateur exclusif, mais lorsqu’ils se retireront, la construction appartiendra au quartier.

Enfance et Avenir est confronté au même problème. La responsable démarche les autorités depuis six mois afin qu’elles s’engagent dans la construction d’un nouveau centre plus grand, les membres d’Enfance et Avenir ne voulant et ne pouvant pas financer cette construction. Mais la mairie ne veut pas investir massivement dans de tels projets et compte sur les fonds extérieurs. Le choix d’acheter pour ne plus dépendre d’autrui est légitime, mais qui dans ce cas doit devenir propriétaire et qu’advient-il du titre de propriété ? Certains préconisent la création d’une association jumelle au Pérou, qui aurait ainsi la responsabilité juridique lors de tels projets, d’autres l’élargissement de la participation des quartiers ou des autorités locales.

  • La deuxième difficulté vient de la petite taille de ces associations. Du coup, elles restent relativement marginales. Le nombre de parrains est limité et par conséquent les centres d’accueil ne peuvent pas augmenter leurs effectifs malgré la forte demande des responsables et des familles péruviennes. Ces associations, fonctionnant sur le bénévolat, communiquent seulement avec leurs adhérents par l’intermédiaire d’une lettre informative. De temps en temps, lors de manifestations, elles touchent un nouveau public qui cependant ne suscite que très rarement des parrains fidèles. Or malgré les efforts (vains)des responsables péruviens pour trouver des fonds nationaux, les centres ont encore besoin des fonds envoyés par les associations françaises pour fonctionner et accueillir les enfants.

Mots-clés

bidonville, faim, lutte contre la pauvreté, pauvreté, malnutrition, éducation, santé, alimentation, coopération Nord Sud


, France, Pérou, Arequipa, Bretagne

Commentaire

Ces petites associations sont très représentatives d’un grand nombre de structures portées par un élan caritatif et solidaire mais peu armées pour affronter une réalité qui souvent les dépassent, faute d’information et de préparation, faute parfois de reconnaître une culture et un terrain très différents des leurs et de leur imaginaire, faute de moyens aussi bien qu’elles revendiquent leur petite taille. Travaillant de façon isolée, sans coordination de leurs efforts, sans grande recherche dans leur façon de communiquer, elles sont doublement déconnectées de la réalité, à la fois ici et là-bas. Elles représentent toutefois un grand vivier de solidarités avec l’Amérique latine, apprennent à connaître leurs limites et sont de plus en plus conscientes de la nécessité de transformer leurs rapports de coopération.

Notes

Contacts :

* Enfants du Soleil, 19 rue des Bonnets Rouges-22000 St Brieuc.Tel 02.96.78.42.13

* Enfants de l’Espoir - Enfance et Avenir : 3 rue Spaak - 49240 Avrillé

Entretien avec les présidents des trois associations.

Source

Entretien

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CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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