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Mise en place d’un réseau de ludothèques en Amérique latine

Armelle PEYRON

12 / 1997

Dans les pays latino-américains, peu d’expériences d’éducation et de sensibilisation non formelle d’enfants et de préadolescents ont été menées en prenant comme axe principal le jeu. L’objectif de la mise en place d’un réseau de ludothèques en Amérique latine, dont la première structure a vu le jour en avril 1996, à Penalolén, commune de la banlieue de Santiago du Chili, est donc de permettre l’accès aux enfants de famille à faibles ressources de jeux réellement éducatifs. Mais il tend également à valoriser le jeu en commun comme un outil novateur de rapprochement familial, de développement intégral de l’enfant et d’élément de prévention des problèmes psychosociaux rencontrés dans les périphéries des grandes villes.

Chaque structure, ainsi implantée au coeur même des quartiers défavorisés, devra s’adapter à la réalité du pays concerné. Prévention de la toxicomanie dès le plus jeune âge au Chili, lutte contre la violence familiale en Colombie, revitalisation culturelle ou sensibilisation à l’environnement dans d’autres pays...

Les conditions de constitution du réseau au Chili : L’acceptation de la proposition de créer une ludothèque de quartier dans le secteur Villa Cousino Macul de Penalolén s’explique par le fait que les responsables municipaux ont rapidement compris la place qu’une telle initiative pouvait trouver dans l’ensemble du Plan Communal de Santé Mentale et notamment dans la prévention de la toxicomanie dès le plus jeune âge, conformément aux recommandations de l’UNICEF. Il faut savoir que, selon de nombreuses études, un adolescent sur cinq consomme de la drogue à Penalolén, que 60 % des jeunes ont fumé au moins une fois de la marijuana et que le principal facteur de risque est celui de la famille : instabilité, violence, difficultés de communication, abandons, solitude. Dans cette zone, peu d’enfants ont accès aux jeux (exiguïté des logements, manque d’espaces de divertissement...); lorsque c’est le cas, ceux-ci n’ont pas toujours des contenus très éducatifs, et la télévision prend souvent le pas sur les autres activités.

En plus de contribuer au développement de l’enfant par l’intermédiaire du jeu et à la prévention de la toxicomanie par le rapprochement familial, le projet a eu comme objectif la création d’emplois durables, destinés à des mères de famille du quartier devenant responsables de la ludothèque.

Les méthodes employées : Pour parvenir à tout cela, CIELO a formulé sur place un projet, en étroite collaboration avec la Direction de Développement Social de la mairie de Penalolén, grâce à des membres de l’association résidant au Chili, dont l’un est originaire de ce pays. Ce dossier reprenait les principales conclusions des études précédemment citées et intégrait les modifications apportées par des jeunes, certains habitants du quartier et les responsables municipaux. Présenté à différentes sources financières, il a finalement été retenu par le Ministère des Affaires Etrangères français, dans le cadre du Forum annuel des ONG d’Agen. Par ailleurs, la Mairie de Penalolén a contribué au projet en mettant à disposition gratuite un local qui a été remis à neuf par la population.

Une animatrice de la ludothèque municipale de la Rochelle (France)est venue apporter son soutien technique en participant activement à la phase d’identification, de recrutement et de formation des futures responsables du centre.

Réalisation et résultats : La ludothèque a ouvert en Avril 1996, après des réunions d’information auprès des juntas de vecinos. Certains sont des habitués, d’autres sont plus irréguliers ou fréquentent le local pendant les vacances. Une petite participation de 0,70 F par jour leur est demandée, afin de couvrir les charges (eau, électricité, réparations éventuelles). Pour des raisons de sécurité, pas plus de 40 enfants ne sont admis en même temps dans le local d’environ 35 m2. Un financement complémentaire de l’UNESCO va permettre d’agrandir le local (50 m2)et donc d’envisager un meilleur confort et une plus forte fréquentation. Un an après l’ouverture, 410 enfants avaient franchi au moins une fois la porte de la ludothèque, dont 40 % de filles et une majorité de 5-10 ans. Plus de 300 jeux sont disponibles; deux entreprises de fabrication de jeux éducatifs ont répondu par des dons à l’appel de CIELO, ainsi que des particuliers chiliens.

Au delà d’une fréquentation qui reflète un réel engouement des enfants pour leur ludothèque, le succès de l’expérience repose sur la personnalité et le dynamisme de la mère de famille responsable du centre, Myriam Salas. En effet, elle a su mobiliser les parents pour former une organisation propre (el Centro de Desarollo Ludoteca Penalolén)qui gère actuellement la ludothèque. Elle a également su se poser en interlocutrice privilégiée auprès des autorités locales. D’ailleurs, depuis septembre 1996, son poste est entièrement financé par la municipalité, ce qu’avait assuré CIELO depuis l’ouverture de la ludothèque.

En termes donc d’intégration aux politiques locales, de succès auprès des enfants, de création d’organisation propre en vue d’une administration autonome, de création d’emploi local destiné aux femmes, de réponse à un besoin ludique, l’expérience est un succès. Cependant, il demeure qu’après onze mois de fonctionnement, beaucoup reste à faire. En effet, la participation réelle des parents à la ludothèque est encore incomplète. Sa collaboration avec d’autres acteurs sociaux du quartier reste limitée même si la ludothèque vient récemment d’intégrer le Réseau Communal d’organisations d’appui à l’enfance. L’ouverture du centre aux préadolescents (12-15 ans)n’a pas suffisamment été travaillée jusqu’à présent. Enfin, l’aspect culturel du jeu, la recherche, l’identification et l’utilisation de jeux traditionnels n’ont pas encore été abordés.

Mots-clés

population défavorisée, inégalité sociale, UNESCO, coopération internationale


, Colombie, Amérique Latine, France

Commentaire

En termes de nouvelles activités et de réseau latino-américain, les perspectives restent teintées d’espoir, malgré les difficultés rencontrées pour obtenir des financements :

  • La Mairie devrait bientôt solliciter Myriam Salas pour l’aider à en créer d’autres dans les autres secteurs de la commune,

  • CIELO négocie actuellement auprès de financeurs internationaux, la création d’un réseau de ludothèques dans d’autres pays et l’appui de l’UNESCO permettra de voir naître la deuxième structure en Colombie,

  • L’intégration récente par CIELO de l’expérience dans le réseau "Solidarité Planète" de l’UNESCO devrait faciliter toutes formes d’échanges, au niveau mondial.

Espérons, pour conclure, que certains financeurs approchés récemment répondront rapidement pour permettre à d’autres enfants de découvrir les joies d’une ludothèque, espace de divertissement, de socialisation, de respect de biens collectifs, lieu de partage, d’échanges intergénérationnels, d’autonomie, symbole de relations éducatives différentes et du plaisir de l’initiative.

Notes

Contact : CIELO=Coopération Internationale pour les Equilibres Locaux, 3 rue Tres Cloitres - 38000 Grenoble. Tel-fax 04.76.51.08.92.

Source

Autre ; Document interne

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