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La longue route des acteurs locaux du Zimbabwe pour bénéficier des fonds de la Convention de Lomé

Quelle est la plus grande difficulté : surmonter les obstacles politiques ou les obstacles institutionnels ?

Anne SIMON

02 / 1999

A l’occasion d’un séminaire en 1994, la Commission européenne a annoncé de concert avec le gouvernement zimbabwéen que la coopération jusqu’alors inter-étatique et institutionnelle entre la Commission et le gouvernement allait s’ouvrir aux acteurs locaux, dans un premier temps les ONG et les pouvoirs locaux. L’événement n’était pas passé inaperçu, d’autre pays africains étaient représentés à haut niveau (Le Délégué de la Commission et l’Ordonnateur National -nommé par le Gouvernement pour le représenter), la presse avait bien couvert l’événement. Les ONG réunies dans un collectif (MWENGO)qui avait activement participé à la tenue du séminaire, très enthousiastes ont élaboré un plan de bataille pour devenir "des partenaires" de la coopération CE-ACP et obtenir des financements directs pour leurs activités de développement.

Les premières discussions avec la Délégation ont vite montré que la tâche était plus complexe qu’il n’y paraissait. Il fallait "un programme" qui définisse des actions, dans des régions entières du pays et qui associaient les collectivités locales. Un appui a été apporté par les services du siège de la Commission européenne et de la Délégation. Il fallait dans les régions concernées, par le biais de séminaires, informer les organisations potentielles de la nouvelle approche, les regrouper en plates-formes de discussion. Au niveau national, les plates-formes ont été regroupés en "task force des acteurs non gouvernementaux" avec le collectif (MWENGO)afin de pouvoir exposer leurs attentes auprès de la Commission et des autorités gouvernementales. Des plans de développement des activités ont été établis.

Pourtant malgré les efforts menés par les ONG et les pouvoirs locaux, la Délégation de la Commission, la volonté annoncée du gouvernement de leur ouvrir le cadre de la coopération, l’appui du service de Bruxelles, aucune ligne d’actions et encore moins de programmes n’ont pu être commencés. Une mission de médiation externe a été proposée par la Commission pour de débloquer la situation.

Pour "les médiateurs", les raisons de blocage portent sur la nature des procédures de administratives et financières en vigueur qui ne permettent pas de mettre en place une comptabilité efficace et adaptée à un transfert de responsabilités vers les acteurs locaux. (en effet la Délégation est responsable du contrôle et de la régularité de la comptabilité, elle ne peut en l’état multiplier les récipiendaires pour des petites sommes). Les procédures sont également peu dissertes sur la répartition des responsabilités entre acteurs locaux et institutions quand ce sont les acteurs locaux qui les définissent et les dirigent par les acteurs locaux. Mais un deuxième argument est avancé, au delà du discours officiel, le gouvernement zimbabwéen montre en fait une certaine résistance à donner un espace autonome à des acteurs non contrôlables dans le cadre de la coopération.

Le résultat de cet échec après l’effet d’annonce initial a généré une frustration certaine parmi les acteurs locaux, qui pensaient, outre des ressources financières, trouver dans cet exercice une reconnaissance et une occasion de dialoguer avec leur gouvernement.

La mission a proposé pour tenter de débloquer la situation de conduire un dialogue tripartite avec un agenda clair portant sur l’analyse des résultats positifs obtenus jusqu’alors, sur la définition des objectifs stratégiques et des priorités d’intervention sur la base d’un document qui avait déjà été établi par les acteurs locaux. Ce dialogue devait également porter avec précision sur des éléments clés du montage institutionnel et de la gestion quotidienne du programme, donner une répartition précise des tâches négociées entre les différentes parties et donner un calendrier précis pour la rédaction du document nécessaire au financement. En un mot ne rien laisser au hasard.

Mots-clés

Etat et société civile, coopération UE ACP, coopération décentralisée, coopération, montage institutionnel


, Zimbabwe

Commentaire

Une des raisons majeures de l’échec de l’expérience repose sur l’effet d’annonce qui avait été lancé lors d’un séminaire régional. Le gouvernement du Zimbabwe est apparu comme le fer de lance du lancement de la coopération décentralisée devant d’autres responsables (UE et ACP)d’Afrique. Mais l’événement passé, les acteurs institutionnels et non gouvernementaux se sont retrouvés seuls pour inventer de nouveaux mécanismes de gestion et de dialogue dans une structure de coopération qui n’était pas conçue pour un tel exercice, alors que le soutien politique n’était pas aussi constant qu’il ne l’aurait fallu. Ces difficultés ont ralenti le lancement du programme de coopération qui constituait un enjeu financier important pour les acteurs décentralisés (plusieurs millions d’ECU). Des dissensions sont alors apparues au sein des acteurs locaux, et le gouvernement, au moment de passer à l’étape d’exécution, est revenu sur ses positions. D’après le rapport, on ne sait pas si ce retrait est dû à un changement de personnes au sein du gouvernement, à une stratégie volontaire d’utilisation de l’ouverture de la coopération à des fins politiques, ou une réaction face à la dégradation de la situation économique et sociale du pays.

Il est impossible de demander à des acteurs locaux qui ne sont pas préparés d’inventer des procédures de dialogue et de gestion qui sortent du cadre de leurs préoccupations habituelles pour rentrer dans un cadre de coopération aussi lourd que celui de la convention de Lomé. Il faut mettre à leur disposition des outils, des systèmes d’appui à la gestion, de comptabilité, qui leur permettent de ne pas perdre de temps sur ces points qui relèvent plus de la gestion de la coopération UE/ACP que de leurs attentes et de leurs propres objectifs de développement.

Il faudrait que la nouvelle Convention leur donne des opportunités de travailler à leurs niveaux et dans leurs champs de compétences. En conclusion, c’est à la Convention de s’adapter aux acteurs et non pas aux acteurs de s’adapter à la Convention.

Notes

Contact: MWENGO, M., MUYOYA, T.S., PO Box HG 817, Highlands, Harare, Zimbabwe, elmiri@harare.iafrica.com.

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Entretien avec BOSSUYT, Jean

Source

Document interne ; Entretien

ECPDM, Relaunching Decentralised Cooperation in Zimbawe. What are the Options, 1998/02

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