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Peu de gens, beaucoup d’argent

Des ressources humaines limitées pour gérer l’aide européenne en Tanzanie: se concentrer sur les interventions macro-économiques pour venir en aide à un pays confronté à des changements profonds

Thierry LASSALLE

02 / 1999

1- Le défi :

La Coopération Européenne en Tanzanie se concentre sur les points définis dans le Programme Indicatif National (PIN), principalement l’ajustement structurel, les infrastructures et les ressources naturelles.

La coopération décentralisée est consommatrice de temps et, au regard des ressources humaines disponibles à la Délégation, il n’est pas réaliste de développer un tel outil.

La coopération décentralisée, par définition, ne se trouve pas au "centre" et ne devrait pas être conduite par le sommet. En Tanzanie, ce processus a été initié par Bruxelles sans aucune consultation avec la Délégation. Ce qui est regrettable, car la Délégation est déjà surchargée avec les programmes en cours et aura toutes les peines à s’impliquer dans de nouveaux.

Chaque fois que la Délégation achève un programme, un nouveau arrive.

Nous ne sommes pas loin d’une situation où la Délégation se trouverait prisonnière de procédures mises en place pour lui faire dépenser toujours plus d’argent.

2- Les acteurs :

La coordination se fait en collaboration étroite avec le ministère des Finances pour les activités aussi bien à court terme qu’à long terme. La Délégation ne peut compter que sur des ressources humaines limitées.

En dehors du Programme Indicatif National (PIN), la Délégation possède également la responsabilité de gérer le Stabex pour le café et les récoltes de coton tournées vers l’exportation.

La Délégation est devenue l’un des bailleurs les plus compétents pour des interventions macro-économiques.

Bien sûr, il est important de ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier et de diversifier les formes de coopération. Cependant, il est devenu très difficile pour la Délégation d’entretenir des contacts rapprochés et authentiques avec le terrain. Les fonctionnaires manquent de temps pour leurs tâches de bureau ordinaires et ne peuvent pas se permettre de passer trop de temps à rencontrer d’autres acteurs de la société civile tanzanienne.

3- La procédure :

Le programme de micro-projets est un bon instrument. Cependant, il est nécessaire de changer les méthodes traditionnelles qui consomment trop de temps. La Délégation cherche des réseaux d’ONG qui seraient en mesure de gérer les lignes de crédit, et de répartir et suivre le crédit parmi les autres acteurs.

On doit admettre que l’implication d’ONG (dans les projets en général)exige un haut degré de professionnalisme qui fait encore défaut dans le contexte tanzanien.

La formation est nécessaire, mais ne peut pas être prise en charge par la Délégation.

Les acteurs non gouvernementaux doivent se battre pour trouver leurs ressources, ce qui les rend moins disponibles pour leur travail réel.

La Délégation tient beaucoup à examiner les projets d’ONG co-financés par le mécanisme actuel, qui permet aux ONG européennes de rivaliser pour les fonds de Bruxelles. Mais il n’est pas facile de transposer de telles procédures au niveau de la Délégation en Tanzanie.

Il pourrait y avoir des programmes régionaux (SADC, EAC, COMESA)se concentrant sur les mêmes priorités nationales (tel que l’infrastructure pour la Tanzanie)et il serait alors facile d’agir en synergie dans le cadre de programmes nationaux. Mais ce n’est pas toujours le cas, par exemple pour l’agriculture qui est une priorité régionale mais pas nationale.

Les décisions de coopération sont prises dans des comités de bailleurs ad-hoc, mais le responsable de la Délégation peut aussi prendre des initiatives pour des questions spécifiques comme il l’a fait récemment en soutenant les pourparlers de la paix au Burundi.

Mots-clés

coopération UE ACP, coopération décentralisée, financement, coopération régionale, assistance technique, renforcement des institutions


, Tanzanie

dossier

Mettre la coopération européenne au service des acteurs et des processus de développement

Commentaire

Au début des années 1970, un jeune officier était impliqué dans les activités de base dans un pays d’Afrique de l’Est. Une vingtaine d’années plus tard, il est devenu responsable de la Délégation de l’Union Européenne en Tanzanie. De cette période, il a gardé le sentiment que les organisations de base peuvent être des acteurs fondamentaux dans un processus de développement. Cependant, il se montre très critique sur le rôle qu’une organisation centrale, telle que la Délégation, pourrait jouer de façon positive pour renforcer la participation de base. Ses inquiétudes concernant l’efficacité des ressources humaines font qu’il a tendance à préférer une forme de coopération qui "consomme" de l’argent avec des risques limités. Combien de milliers d’euros peut-on dépenser par jour ?

A ses yeux, les ONG sont toujours soupçonnées de gaspiller des fonds sans en avoir la capacité, mais il semble ignorer que le Gouvernement n’a souvent cette réelle capacité qu’au plus haut niveau, où se trouvent ses interlocuteurs directs, mais qu’à des niveaux inférieurs, le manque de capacité est souvent bien pire que dans le secteur non gouvernemental.

Les tensions créées par la Commission à propos de "l’action commune" ont été contre-productives. La Délégation est consciente des limites à ce que le Gouvernement soit le seul bénéficiaire de l’assistance de l’UE, mais elle demande à Bruxelles ce qu’il faut faire. En ce moment, toutes les parties semblent camper sur leur position, avec pour résultat une confrontation de personnes plus qu’une vraie confrontation d’idées. La Délégation privilégie aussi le dialogue avec le ministère des Finances dont la priorité est évidemment de résoudre des problèmes macro-économiques tel que la dette intérieure, l’ajustement structurel, etc., alors que les collectivités locales, dont le pouvoir a été théoriquement renforcé récemment avec les lois de décentralisation, auraient besoin de coopération décentralisée, qu’elles voient comme une source de quelques fonds.

Il semble que le problème est que la Délégation de l’UE aimerait trouver des acteurs assez forts ou assez professionnels pour gérer, à faible coût, de gros montants d’argent à leur compte, parce que leur personnel est absorbé par d’autres priorités.

Notes

Peter Beck Christiansen est le Chef de la Délégation de l’UE en Tanzanie. Délégation Européenne, PO Box 9514 Dar-es-Salam, Tanzanie - eudeltz@twiga.com.

Fiche originale en anglais.

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Entretien avec CHRISTIANSEN, Peter Beck

Source

Entretien

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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