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Même quand plusieurs partenaires se mettent ensemble, certaines activités restent difficiles à faire financer par les partenaires des associations paysannes (Fatick, Sénégal)

Benoît LECOMTE, Brigitte REY, Mathieu DIOUF

02 / 1998

Mathieu Diouf, président de l’association ARAF, au Sénégal, raconte son expérience relative au financement du développement rural :

" Je ne dirai pas qu’il faut mener une bataille contre les projets et les idées des partenaires, mais je crois qu’il faut s’organiser de telle sorte que les aides essayent de ne pas faire chacune leur propre programme. Car cela peut séparer. Cela n’a pas été facile avec les partenaires, puisque certains nous ont même dit : "Si c’est comme cela, on préfère se retirer". Et on les laisse.

Chez nous, on dit que l’union fait la force; si les partenaires se retrouvent ensemble, il y a moins de risque de double-emploi et moins de problèmes lors de l’éfvaluation. Si on présente aux partenaires notre programme et que chacun prend la partie qui l’intéresse, il n’y a pas de problèmes : tout le monde est au courant de ce que tout un chacun fait. Mais comme chaque partenaire a ses exigences, sa philosophie, sa manière de faire, il est parfois très difficile de pouvoir faire financer la totalité du programme.

Certains partenaires exigent une comptabilité à part. Si cela nous pose problème, nous n’acceptons pas. Par rapport à notre nouveau programme, quelqu’un a dit que si on pouvait faire une comptabilité à part, il pourrait s’engager. Nous lui avons répondu non. On accepte des gens de l’aide pour analyser notre comptabilité en nous informant des failles. Comme cela on peut être plus performants. Mais quant à dire qu’il faut une comptabilité séparée par bailleur, nous n’avons pas les personnes pour cela, d’autant que ce n’est pas le partenaire qui paie le comptable !

Un problème est la lenteur pour décrocher l’argent. Je n’ai jamais vu un programme qui a été négocié en moins de six à huit mois. C’est le minimum. Parfois, il y a des programmes qui se négocient pendant un an, voire plus. C’est une difficulté parce qu’on monte un programme en fonction des réalités et du temps. Plus cela met du temps à être conclu, plus cela joue sur les besoins, sur les objectifs. Si on met un programme en place qui n’est pas financé pendant un an, il y aura de nouvelles choses qui vont apparaître; cela nous amènera à modifier le programme pour en reprendre certains aspects. Et au bout d’un an, un an et demi, nous sommes obligés de redimensionner le programme, ce qui prend encore du temps et nous coûte de l’argent. On met environ deux mois pour le redimensionner, on l’envoie et on attend la réponse encore 6 à 8 mois.

Il est difficile de faire financer les dépenses institutionnelles. L’USAID (Agence de coopération des Etats Unis)a été le seul partenaire (de mai 1993 à mai 1995)qui a accepté de nous soutenir institutionnellement d’une manière importante. Il avait accepté de payer des équipements de bureau (ordinateurs, fax, etc.)une bonne partie des frais de fonctionnement (eau, électricité)et nous a également permis de recruter des gens qui soient là en permanence pour faire le travail. Pour le programme que nous montons maintenant, on met automatiquement un pourcentage pour les appuis institutionnels, entre 35 et 40% de l’ensemble du programme. On ne sépare pas l’aspect institutionnel au sein du programme. Cela veut dire que si tu prends le volet "puits", il y aura un aspect institutionnel dit "suivi-formation-appui" et le partenaire voit les moyens logistiques qu’il est obligé de fournir s’il prend le volet puits. Prenons la question du bénévolat. Depuis la création de l’association, les animateurs sont bénévoles et on sait que le bénévolat a des limites. Nous avons donc essayé d’introduire une indemnité pour ces animateurs qui consacrent, bénévolement, 70% de leur temps aux activités de l’association. Le deuxième élément est que nous avons réfléchi sur la communication. Que pouvions-nous faire pour que la communication soit un volet permanent, financé comme les autres volets ?

Enfin, le volet du programme qui trouve difficilement son financement est celui de la communication. Aujoud’hui, vu l’importance de la communication et vu le peu de partenaires qui veulent nous appuyer là-dessus, nous allons mettre dans chaque volet un certain pourcentage pour la communication. Auparavant, nous en faisions un volet à part, mais il y a eu trop de difficultés.

Nous ne prévoyons pas de financer un volet spécial de notre programme par nos propres fonds parce que nos moyens ne sont pas importants puisqu’ils sont constitués par les cotisations des membres et que celles-ci sont souvent liées à l’hivernage. Si celui-ci est bon; les cotisations rentrent correctement. Si l’hivernage est mauvais; nous aurons des problèmes. C’est pour cela qu’on ne veut pas prendre nous-mêmes le financement d’un volet spécial assuré à 100% par nos propres moyens. Par contre, pour chaque programme nous déterminons la participation financière de l’association qui varie, généralement, entre 10 et 11%. Ainsi, ces ressources propres sont réparties dans tous les volets et ne permettent pas d’en financer un complètement. Notre objectif est que tous les volets de notre programme soient pris en compte par les partenaires, puisque tout est lié".

Mots-clés

organisation paysanne, bailleur de fonds, projet de développement, financement du développement, renforcement des institutions


, Sénégal, Gossas

Commentaire

Passant en revue les difficultés éprouvées pour négocier des appuis au programme élaboré par son association, le président de l’ARAF en épingle cinq : la tendance de certains partenaires à ne financer que leur propre programme; leurs exigences spécifiques et disparates (ex : chacun sa comptabilité); la lenteur pour "décrocher l’argent"; la réticence des partenaires à financer les dépenses institutionnelles, en particulier celles dites de la communication; la gageure de trouver des partenaires acceptant de financer ensemble la totalité du programme qui leur est soumis.

Notes

Entretien réalisé en décembre 1997. Voir aussi dans la base DPH les références : 3953, 3954, 3964, 3965, 3966, 3972, 3973, 3974.

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Entretien avec DIOUF,Mathieu

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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