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Le développement durable, différent de l’approche projet

René M. SEGBENOU

01 / 1999

René SEGBENOU est Directeur Général de l’INADES-FORMATION (Institut Africain pour le Développement Economique et Social), une ONG qui ouvre depuis plus de 30 ans au service du Développement Rural et présente dans 10 pays d’Afrique.

A ce titre, il est le Président de l’ADEPA (Association Ouest Africaine pour le Développement de la Pêche Artisanale), le groupe d’ONG qui gère le PPAO (Programme Régional " Valorisation des captures de la Pêche Artisanale en Afrique de l’Ouest)depuis 1994. Il explique ici, comment la notion de développement durable adoptée par l’ADEPA est différente de l’approche "projet" de l’Union Européenne.

"L’expérience du développement a prouvé que l’approche " projet " est limitée parce qu’elle est pratiquement ponctuelle, spécifique. Dans l’approche " projet " les bailleurs de fonds ont une position un peu rigide. Le projet est défini, les moyens définis et il faut les consacrer à cela.

Or le développement est global. Quand on parle de développement il ne s’agit pas de réaliser des projets ponctuels mais de favoriser un développement institutionnel en aidant les gens à résoudre leurs problèmes en utilisant les moyens là où il faut. La possibilité doit être donnée aux gens de rectifier les objectifs de départ si c’est nécessaire.

Nous pensons que la meilleure approche du développement, c’est de discuter, d’écouter les bénéficiaires et de les impliquer à fond pour que leurs préoccupations soient prises en compte.

Alors du coup, ce n’est plus un projet , cela devient un travail de longue haleine qui demande :

* la mise en place des capacités institutionnelles. Que les gens se connaissent et échangent entre eux.

* Cet échange peut parfois aboutir au changement même de ce qui était prévu ; ou bien on peut garder ce qui était prévu et même aller au delà.

Il vaut donc mieux que les bénéficiaires reprennent leurs initiatives et que les moyens arrivent ensuite pour les aider à les développer. Et pour réaliser cela, il faut du temps. Or, ce à quoi on assiste, ce n’est pas cela. On arrive avec un projet et des objectifs définis, différents de ceux propres des bénéficiaires. On fait tout pour que les gens acceptent ces objectifs là. C’est là où l’approche projet n’est pas bonne pour le développement, en tout cas lorsqu’on veut vraiment développer et atteindre un développement durable.

Au PPAO, les mêmes erreurs ont été commises au départ. Nous avons conçu un projet avec des objectifs, un manuel de procédures, etc, sans vraiment consulter les bénéficiaires. Et en fait, tout l’effort que nous faisons, c’est de faire en sorte que les gens rentrent dans notre projet. C’est très limité comme approche.

Heureusement que l’on a essayé de corriger ces insuffisances par exemple en recherchant les vrais bénéficiaires et en donnant la place à leurs vrais représentants dans les instances de décisions comme le Comité de Suivi.

Mais au moment où nous essayons de corriger l’approche " projet " et d’asseoir les bases d’un développement durable, nous rencontrons des difficultés du côté du bailleur de fonds qui nous dit qu’il veut tel et tel résultat.

Donc nous et le bailleur de fonds, nous ne nous entendons pas sur l’approche à adopter pour le développement.

Et comme on ne s’entendait pas, la solution qu’on avait trouvé, c’était d’arrêter ce " dialogue de sourds ". On voulait arrêter juste parce que nous ne nous sentions pas libres d’adapter au fur et à mesure, notre approche à l’approche " projet " de départ. Nous avions remarqué qu’avec la difficulté des procédures, on perdait trop de temps et on travaillait plus pour respecter les procédures plutôt que pour atteindre les objectifs. C’est pourquoi nous avons voulu rompre et nous avons créé un autre programme où nous pouvons être indépendants. Nous pensons que pour faire prendre conscience à l’Union Européenne, la meilleure manière est de nous rendre indépendants d’elle ".

Mots-clés

coopération UE ACP, pêche artisanale, coopération régionale, développement durable


, Afrique de l’Ouest

dossier

Mettre la coopération européenne au service des acteurs et des processus de développement

Notes

Entretien réalisé le 28 janvier 1999 au siège de INADES - FORMATION, par Attikpa Tetegan, Lucie.

Contact : INADES FORMATION08 BP 8 Abidjan 08 ; Tél : (225)44 31 28/29/30 Fax : (225)44 06 41 ; E-mail : ifsiege@inadesfo.enda.sn.

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Source

Entretien

ADEPA (Association Ouest Africaine pour le Développement de la Pêche) - Cité Lobatt Fall. BP 958. Dakar, SÉNÉGAL - Tél/Fax. : (221) 854 98 13 - Sénégal - www.adepa-wadaf.org - contact (@) adepa-wadaf.org

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