español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Le Centre d’Information pour la Recherche et l’Action pour la Promotion des Initiatives Paysannes de Cotonou

Réflexions d’une ONG nationale sur la méthodologie du développement et son articulation avec les procédures de financement des partenaires au développement

Séverine BELLINA

02 / 1999

Présentation de l’organisation et du projet

Le Centre d’Information pour la Recherche et l’Action pour la Promotion des Initiatives Paysannes (CIRAPIP) a été crée en 1983 pour répondre à un besoin précis : le manque d’ouverture de la population par rapport aux institutions de développement pouvant leur apporter un appui, dans le contexte béninois de pauvreté des années ’60 et ’70. D’où l’idée de créer le CIRAPIP dont le fondement est l’information.

M. Patrice Gnacandja, qui a suivi une formation d’agronome en Belgique, actuel coordinateur de la fondation américaine pour le développement en Afrique et secrétaire général du CIRAPIP, souligne que les secteurs d’intervention de l’ONG ont été déterminés au regard de l’objectif global d’amélioration des conditions des communautés de base à travers les groupement d’initiative communautaires et les micro entreprises. Les domaines d’intervention sont donc :

  • appui à des activités génératrices de revenus, d’intérêt social ou communautaire,

  • programme d’épargne et de crédits,

  • prestation en matière d’information, réalisations thématiques pour les partenaires et le gouvernement,

  • centre d’information et de documentation,

  • partenariat avec l’ONG belge PROTOS, pour la mise sur réseau internet.

« CIRAPIP voulait appuyer les activités agricoles des organisations d’auto-promotion au Bénin. Nous avions les compétences mais, ni le poids, ni les compétences techniques pour le faire. De son côté PROTOS ne pouvait pas trouver tout le financement pour les villages concernés. Ils ont effectué la démarche à Bruxelles. Ainsi, un financement européen leur a été attribué, nous en avons bénéficié indirectement. »

Il n’a pas su dire précisément de quel financement il s’agissait.

L’autoévaluation

  • L’évaluation du projet a été réalisée par un organisme externe, financé par l’UE mais ne la représentant donc pas, et deux évaluateurs locaux identifiés par PROTOS.

P. Gnacandja d’ajouter, qu’il est préférable de créer un outil d’auto-évaluation permanent plutôt que de procéder à de telles évaluations ponctuelles, sur quelques semaines, deux à trois fois au cours du projet.

« C’est parce que c’est un projet financé qu’on laisse faire ainsi. Sinon, pour évaluer un projet, le travail de fond doit se faire au départ, on doit demander aux animateurs, aux acteurs impliqués comment on va apprécier le projet. Il faut donc avoir un document de base (de suivi, d’animation et d’études d’impacts) avant d’agir. Cela permet de saisir comment le groupe suit lui-même ses activités, comment et avec quoi, il mesure ses propres progrès. Ainsi, ces personnes prennent conscience, connaissance de leur état initial et voient ce que le projet leur apporte. Cela est un passage obligé vers l’appropriation ».

  • « Aussi, l’évaluation du projet ne nous à rien appris. Le développement exige que notre soutien ne soit pas au début d’une initiative, mais qu’on pousse celles existantes. Il est nécessaire de ne pas se s’appuyer seulement sur quelques groupes cibles, mais sur une communauté, avec un plan d’action communautaire décrivant la volonté des villageois pour leur pays. Ce document doit devenir la chose du village, et peut être utilisé en dehors de nous pour obtenir un financement.

Comme il y avait un système de suivi, d’assistance, nous avons observé que les villageois ont compris que la pisciculture le maraîchage ne nourrissaient pas. Au fur et à mesure de l’assistance, alors même que nous n’avons pas initiés ces activités, la population est venue nous dire que les aider dans ce domaine n’était pas suffisant pour la satisfaction de leurs besoins vitaux.

Par rapport à notre objectif de soulagé ces populations, nous étions en porte à faux car plus on avançait plus les villageois exprimaient leur souci. Nous avons donc organisé des réflexions et nous leur avons proposé de se pencher sur leur champ de culture vivrière. Pour cette activité nous proposions de les aider à trouver des financements, tout en gardant la première initiative de pisciculture, élevage,…

Un véritable dialogue s’est installé et cela a permis de réorienter le projet, de changer de méthode de travail ».

  • P Gnacandja souligne que pour les bailleurs de fonds les ONG donnent l’impression de trop s’occuper voire de s’arrêter au quotidien. Pourtant, les objectifs de développement sont encore à ce niveau.

« Pour améliorer le niveau de vie des populations il faut s’appuyer sur nos ONG nationales qui sont sur le terrain. Les bailleurs doivent passer par les autorités publiques mais ils doivent garder « sous le bras » des intermédiaires, s’appuyer sur les ONG, faire du cas par cas et faire des essais pour la coopération décentralisée.

Sinon, s’agissant de cette dernière, il y a un réel danger si l’UE s’attache aux structures fetières, collectives ; les fonds risques de rester bloqués à ce niveau.

Cela nécessite qu’au niveau de la délégation de la Commission Européenne il y ait quelqu’un de spécialisé et pas simplement un chargé de programme. Il doit être à même de répondre, en disposant d’un pouvoir décisionnel, avec des procédures plus souples et des formalités plus simples pour les actions de coopération décentralisée. Car même si nous avons gardé nos distance pour ne pas trahir notre intermédiaire, PROTOS, il nous a semblé que les responsables de l’UE étaient très distants, qu’il y avait trop de bureaucratie. Avec la banque mondiale, l’accès direct est plus facile.

C’est indispensable pour pouvoir s’appuyer sur l’expérience et la méthodologie des ONG nationales intervenant dans des petits projets faciles à gérer et à contrôler.

Ces actions peuvent venir renforcer une opération plus importante qui continuerait d’être réalisée selon les procédures et logiques actuelles de l’UE.

Mots-clés

coopération UE ACP, coopération décentralisée, information, stratégie de développement, développement rural, autoévaluation


, Bénin

Commentaire

Cette expérience caractérise assez bien les modes d’action de l’UE en matière de coopération au développement : les bénéficiaires des financements UE reste le plus souvent des ONG européennes qui servent d’intermédiaires aux ONG nationales dans le bénéfice des aides. L’UE reste donc dans sa logique de cofinancier et non de partenaire. Une telle procédure s’avère incompatible, tant au niveau opérationnel que philosophique, avec la coopération décentralisée. Certes, le tissu des ONG nationales reste hétérogène et caractérisé par l’hypertrophie ainsi que le manque de compétence. Cela doit faire partie de la méthodologie et des impacts de la coopération décentralisée, à savoir participer à la structuration et à la formation des ONG nationales.

Notes

Fiche produite dans le cadre du débat public « Acteurs et processus de la coopération », appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.

Source

Entretien

Fiche basée sur l’entretien avec le secrétaire général du CIRAPIP, Patrice Gnacandja, à Cotonou, le 11/01/99.

Centre d’Etudes et de Recherche en Administration Publique - 60 rue Théodore Ravanat, 38340 Voreppe, FRANCE - Tel 04 76 50 05 04 - France

contact plan du site mentions légales