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L’image de l’aide extérieure auprès des Bamakois

Les jumelages font l’unanimité ; l’aide extérieure ne change rien au quotidien

Marie Laure de NORAY

01 / 1999

Au Mali, dans les conversations courantes internes au milieu de l’aide au développement, on entend trop fréquemment des clichés qu’on prend pour des réalités quant à la relation de la population malienne à l’aide extérieure. "Ils attendent tout de nous", "si demain la France se retire, il ne reste plus rien dans ce pays", "ils ne veulent pas se développer", sont quelques archétypes de ce discours qui dépassent bien souvent les murs des salons climatisés pour circuler au sein même des opérations de développement.

Cette constation affligeante est un des motifs qui ont impulsé l’élaboration d’une étude sur l’image de l’aide française à Bamako, dans le cadre d’un travail de thèse. Voici, hors du carcan méthodologique, quelques résultats obtenus à partir d’une enquête d’opinion intégrée à la recherche, portant sur 600 Bamakois, enquête réalisée en 1996.

Le thème de l’aide extérieure est perçue de façon paradoxale chez les Bamakois, et ce, surtout chez les jeunes, et notamment chez les étudiants. Il est fréquent qu’une même personne soit virulente sur les principes mêmes de l’aide et sur son fonctionnement, et encense parallèlement les opérations liées aux jumelages entre collectivités locales européennes et collectivités locales maliennes.

Sur ce point, on constate que ce type de coopération, et plus précisemment le jumelage Angers-Bamako, fait l’unanimité. En effet, que ce soit à partir de l’enquête d’opinion qui contient deux questions sur le sujet, à partir du discours plus libres des agents de développement ou du discours télévisé, on ne recense aucune critique négative, ou même ironique sur la politique ou les réalisations liées au jumelage à Bamako. Et pourtant il n’est pas difficile de constater quelques errements dans la pertinence de l’utilisation des fonds : une route goudronnée inutile et inaccessible ou encore une "Maison du partenariat" construite à grand frais (absorbant donc la quasi-totalité du budget annuel consenti par la ville d’Angers)qui n’est autre qu’une maison de passage (hotel)pour les Angevins séjournant à Bamako.

Pourquoi les Bamakois et plus généralement les Maliens aiment tant les jumelages ? On leur a demandé et on s’est fait guider dans l’interprétation des réponses par des sociologues et anthropologues. Pour ne garder que la raison qui nous paraît principale, on peut avancer les points suivants :

* le jumelage n’est pas une relation arrêtée dans le temps, comme le sont les projets et programmes de développement mais au contraire une relation qui se bâtit peu à peu dans le temps au gré des opportunités ;

* le jumelage est, à travers son vocabulaire, sa symbolique, basé sur des relations affectives (qu’elles soient réelles ou uniquement proclamées)et plus précisément sur une amitié, une alliance (concept qui implique des liens quasi-familiaux);

* dans le cadre du jumelage, les Bamakois à travers leurs représentants se positionnent avant tout en hôte (celui qui accueille). Ils sont donc "jatigui", rôle d’autant plus important que la culture de l’accueil n’est pas un mythe, ici. Rôle naturellement valorisant qui coupe avec la relation donateur-bénéficiaire qui induit par la force des choses une forme de domination. Il n’y a pas de donneurs de leçon positionnés d’emblée tels, mais plutôt une relation de mutualité relative. L’invité arrive avec des "cadeaux". On le voit, on n’est pas sur le même registre que l’aide "classique".

Il ressort fortement que les Bamakois voient les bienfaits de l’aide au niveau de leur ville ou de leur pays mais ne se sentent pas concernés ou bénéficiaires personnellement. En effet, à la question "qu’est-ce que l’aide extérieure a changé pour vous, personnellement", on ne trouve qu’une faible minorité de personnes (essentiellement des fonctionnaires et des responsables d’association)qui répondent autre chose que "rien".

Parmi les programmes ou réalisations financés par l’aide extérieure, c’est de loin les plus visibles physiquement qui ont le plus de notoriété spontanée. Ainsi le pont du Roi Fadh, financé par l’Arabie Saoudite, constituent-il la réalisation la plus citée par les Bamakois interrogés. La construction d’écoles est dans une moindre mesure souvent citée, et c’est plutôt à la France qu’on attribue ce secteur (avec en deuxième bailleur cité : le Canada). Dans le palmarès des pays les plus aidants, l’Europe aux yeux des Bamakois est très peu présente. La France est citée en premier, suivi par l’Allemagne, le Canada, la Chine. Chez les cadres fonctionnaires, on note une plus forte tendance à citer l’Allemagne ainsi que la Chine.

Aux questions tendant à dégager les "raisons de l’aide française", lesquelles nous paraissent centrales dans le questionnaire, les Bamakois parlent avant tout d’intérêt, puis de raisons historiques liées à la colonisation. Les raisons altruistes, humanitaires ou intégrant le concept du développement arrivent bien derrière. Notons que plus le niveau scolaire des personnes interrogées est élevé, plus les raisons liées aux intérêts politiques, économiques et culturelles de la France sont évoquées. Les raisons historiques sont particulièrement citées par les jeunes, ce qui recoupent les résultats de l’analyse des rédactions d’élèves âgés de 15 à 18 ans, où l’on voit clairement l’importance de la colonisation française dans la perception actuelle des liens entre le Mali et la France.

Le secteur de la santé est relativement peu cité parmi les réalisations dues à l’aide extérieure, et il est étonnant de constater que les projets concernant le Sida sont quasi-invisibles pour les Bamakois, quelque soit leur âge. Il en est de même des programmes d’assainissement.

Mots-clés

opinion publique, coopération, partenariat


, Mali, Bamako

Commentaire

L’enquête met aussi en avant la différence qui existe entre le concept d’aide tel qu’il apparaît au travers de l’aide internationale, et celui qui apparaît à partir de l’aide intra-familiale et inter-réseau.

En langue bambara, on utilise d’ailleurs deux mots différents : le premier signifiant plus précisemment "assistance" et le second "contribution à l’épanouissement".

Les développeurs préféreraient certainement le contraire !

Notes

[Fiche produite dans le cadre du débat public "Acteurs et processus de la coopération", appelé à nourrir la prochaine Convention de Lomé (relations Union Européenne/Pays ACP). Lancé à l’initiative de la Commission Coopération et Développement du Parlement Européen et soutenu par la Commission Européenne, ce débat est animé par la FPH.]

Source

Enquête

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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