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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Plaidoyer pour des universités citoyennes et responsables

Voies de citoyenneté lucide et responsable

Pierre Yves GUIHENEUF

04 / 1999

La planète est en turbulences. Depuis des décennies, les écarts de richesse entre les nantis et les pauvres ne cessent de s’accroître. Alors que les riches vivent dans une opulence de plus en plus débridée, 70 pays avaient en 1997 un revenu moyen par habitant inférieur à celui de 1980. à l’échec des stratégies de développement viennent se rajouter les fractures sociales opérées par la globalisation des marchés. Qui plus est, les atteintes aux équilibres écologiques fondamentaux sont considérables, voire irréversibles, et les effets de la pollution sont destinés à s’accroître avec la poussée démographique.

Prend-on suffisamment la mesure de ces risques ? La recherche et la formation universitaires sont sommées de répondre aux défis d’un développement humain durable.

Les universitaires doivent pour cela adopter une démarche systémique respectueuse de toutes les dimensions du développement, et non pas privilégier seulement la croissance économique et les avancées technologiques. Ils doivent renforcer leurs liens avec les lieux de vie, les communautés humaines. Ils doivent également apprendre à articuler les différentes échelles - du local au mondial - pour tenir compte à la fois de l’unité et de la diversité du monde. Enfin, ils doivent être ferments de cohésion sociale en soutenant des initiatives de citoyenneté active et en favorisant de vrais débats publics.

Les universités doivent également apprendre à s’allier. Une véritable coopération inter-universitaire implique un certain nombre de choix :

- préférer le partage des savoirs à la compétition des savoirs. Sans renoncer à une saine émulation, il faut éviter une concurrence entre chercheurs, génératrice d’exclusions, et renforcer la cohésion sociale ;

- préférer le détour par le terrain au savoir pur. Théorie et expériences doivent se féconder mutuellement.

- préférer les savoirs métissés au savoir universel. A l’universalisme, il faut préférer la reconnaissance des héritages locaux et s’enrichir des différences, source de créativité.

- préférer les savoirs construits au savoir détenu. Il faut permettre à chacun de tâtonner et de construire sa propre connaissance, à partir de ses savoirs informels et de ses expériences.

- préférer les savoirs accessibles aux savoirs réservés à l’élite. Les universités doivent faciliter l’accès à la connaissance à toutes les catégories marginalisées de la population.

- refuser de réduire le savoir au seul rang de marchandise. Les universités ne doivent pas se laisser inféoder aux lois du marché, sous peine de voir disparaître les besoins de populations non solvables de l’agenda des scientifiques.

De nombreuses recommandations peuvent alors s’imposer aux universités dans leurs missions de recherche, de formation et de service aux collectivités.

La recherche doit être menée par les chercheurs, les enseignants et les étudiants, en partenariat étroit avec les acteurs du terrain. Le terrain est un lieu privilégié de questionnement scientifique et la médiation de réseaux associatifs humains doit s’affirmer comme une priorité. La responsabilité du chercheur ne peut pas se limiter à une éthique de la vérité scientifique et à l’impact direct de ses actes : il lui faut tenir compte des effets en cascade et de la contribution de ses actes individuels à des dommages imprévisibles.

La formation doit contribuer à la lutte contre la montée des exclusions (économiques, raciales...)en facilitant l’accès aux personnes marginalisées et en adaptant son offre à leurs besoins. Au modèle de diffusion des savoirs, il faut substituer un modèle de construction des savoirs dans lequel l’apprenant est partenaire et responsable de son apprentissage. L’alternance entre la formation théorique et l’expérience sur le terrain doit être encouragée, ainsi que les approches inter-disciplinaires. Les programmes pourraient contenir davantage d’interventions métisses, à deux voix, où un enseignant étranger intervient comme co-expert (si possible en assurant une réciprocité). Il faut introduire l’éthique des sciences et des techniques ainsi que la méthodologie dans les programmes universitaires.

Le service aux collectivités ne doit pas se limiter au développement économique de la région, mais s’adresser aux différents acteurs de la vie locale, y compris aux populations fragilisées. En outre, il faut développer plus de synergies entre ce service et la formation, ainsi qu’entre lui et la recherche. Cela peut entraîner les universitaires à élargir leur champ d’action. Enfin, il est fondamental que le service aux collectivités soit considéré comme critère d’évaluation de la carrière scientifique, sous peine de rester un appendice de la vie universitaire.

Mots-clés

université, formation, recherche, recherche et développement, éducation, enseignement supérieur, enseignement technique, éducation et changement social, éducation à la citoyenneté


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Commentaire

Ce texte reprend la dernière partie du livre, dont le début est consacré à une longue analyse du contexte actuel et du rôle des institutions universitaires. Il présente également l’activité du réseau associatif international PRELUDE (Programme de recherche et de liaisions universitaires pour le (co)-développement)dans plusieurs pays du monde et dans différents domaines : santé, nutrition, environnement, eau, énergie, télécommunications, éducation citoyenne, apprentissage social.

Source

Livre

THILL, Georges; WARRANT, Françoise, Plaidoyer pour des universités citoyennes et responsables, Presses univ. de Namur, 1998 (Belgique)

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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