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La poésie de l’étoile

Armand Gatti : paroles, textes et parcours

Pierre Yves GUIHENEUF

06 / 1999

Résistant, déporté, journaliste, voyageur, auteur et homme de théâtre, Armand Gatti est de toutes les luttes du siècle. Ce poète anarchiste n’en a jamais fini de se lever contre les tyrannies. La dernière en date, celle qui condamne des chômeurs, des prisonniers ou des étrangers à la marginalité. Pour eux, il fait du théâtre un moyen d’expression et d’émancipation.

Né en 1924 à Monaco dans une famille modeste, il est touché dès l’enfance par la poésie qui, croit-il, permet toutes les libertés, comme de marcher sur l’eau. Malgré une tentative infructueuse qui lui doit d’être sauvé in extremis par l’équipage d’un bateau, il persiste et emporte avec lui quelques livres quand il décide en 1942 de rejoindre un groupe de maquisards en Corrèze. Les coups de feu sont rares - l’armement manque - mais durant les moments de solitude dans la forêt, Armand écrit ses premières poésies. Son cahier sera découvert sur lui lorsqu’il sera fait prisonnier et interprété comme un recueil de messages pour Londres. Condamné à la déportation, il est interné au camp de Lindermann sur la Baltique. L’univers concentrationnaire le marquera profondément : " Le camp fait partie de moi ".

Dans l’horreur, la poésie est un échappatoire. En rang, debout les bras croisés, évitant le regard des kapos, il pianote sur ses côtes : " Cinq vers : le 3 et le 5 avec rime féminine, les deux autres en rime masculine, et à la strophe suivante, c’est l’inverse "... C’est au camp que des prisonniers juifs lui font découvrir le théâtre, où ils réussissent avec dérision à transcender leur peur. " Le théâtre était là, en plein sur l’événement, au moment même du combat. Il était plus grand que les hommes ". C’est là qu’Armand comprend que le mot sera toujours le plus fort.

Puis, c’est l’évasion qui, après trois mois de marche, le ramène dans la France occupée, où il rejoint de nouveau le maquis, puis les forces françaises libres à Londres. Après la libération, il devient grand reporter à France Soir et Paris Match. En Algérie, en Chine, en Sibérie ou en Corée, Armand Gatti raconte les maquis du monde. En 1954, il est envoyé au Guatemala où le gouvernement d’Arbenz vient d’être renversé et où il découvre un nouveau génocide. Un jeune indien lui parle des mots, qui ne doivent pas seulement raconter mais aussi dire quelque chose et qu’il faut pour cela faire exister. C’est à ce moment qu’Armand décide qu’il abandonnera le journalisme , où " tout est question de formule ". En Chine, il rencontre Mao et découvre émerveillé l’écriture - une poésie pure - et le théâtre.

Il s’aventure dans l’écriture théâtrale en écrivant des textes inspirés des univers concentrationnaires et des luttes contre l’oppression. Mais c’est en 1959, lorsque Jean Vilar monte sa pièce " Le Crapaud-Buffle " qu’Armand Gatti devient officiellement homme de théâtre. Pourtant, la critique est sans pitié, mais le soutien de quelques amis et la conviction d’avoir trouvé là son destin forgent sa détermination. Avec " La passion du général Franco ", puis " V comme Vietnam ", il poursuit dans la voie d’un théâtre engagé sur l’arène politique et l’actualité. Son premier film, " l’Enclos " est primé au festival de Cannes.

Au début des années soixante-dix, il tourne définitivement le dos aux structures officielles et décide de travailler avec des exclus : chômeurs, prisonniers, drogués, délinquants, qu’il baptise affectueusement les " loulous ". Il entreprend avec eux des travaux de longue haleine, des " expériences ", des odyssées théâtrales de plusieurs mois pendant lesquels la préoccupation principale sera de trouver les mots et le langage qui permettront d’affronter le monde. " Il faut donner un langage aux exclus. Il faut offrir la parole à ceux qui sont hors normes de production. C’est la seule arme contre l’humiliation. Mais attention : pas question de les contraindre à n’utiliser que le langage de la télé, de l’audimat et des supermarchés. Il faut mettre la barre haut, chercher l’absolu ".

Quand les personnes arrivent, elles sont en général fermées, les mâchoires serrées, le regard fuyant. Le théâtre selon Gatti a pour but d’en faire des créateurs pour qu’ils puissent être des résistants d’aujourd’hui. Loin du démagogique " Exprimez-vous ! ", loin de la mise en scène de leurs problèmes, ce travail en profondeur cherche la prise de conscience, l’expression d’un message, le passage d’une frontière intérieure.

Armand Gatti recherche l’homme, passionnément. " Le plus important est de chercher ". Trouver ce qu’on cherche n’est pas la question. L’important est ce qu’on trouve et que l’on attendait pas. "L’essentiel, c’est ce qu’on trouve sur la route, tout ce qu’on découvre de réel et de vrai ". La parabole de Christophe Colomb est pour lui particulièrement éclairante. Il était parti prouver que la terre était ronde. Il trouve sur son chemin un nouveau monde...

Mots-clés

théâtre, lutte contre l’exclusion, personne déportée


, France

Commentaire

Le parcours d’Armand Gatti est recueilli et mis en forme avec beaucoup de talent par le journaliste et poète toulousain Claude Faber.

Source

GATTI, Armand; FABER, Claude, La poésie de l'étoile, Descartes et Cie, 1998 (France)

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