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Libres associations

Comment fonctionnent les associations en France: idées reçues faux amis et vrais combats : des pistes pour le renouvellement du monde associatif

Philippe BARRET

09 / 1999

Fabienne Swiatly et Bruno Rebelle s’interrogent sur le fonctionnement actuel du monde associatif, à la lumière des idéaux qui l’ont fondé, il y a un siècle.

Ils commencent par une description passionnante du contexte historique qui a vu naître la loi 1901, puis de l’évolution du monde associatif depuis lors.

En s’appuyant sur leur propre expérience (l’observatoire des prisons, ATTAC, Vétérinaires sans frontières....)et sur des entretiens avec plusieurs dirigeants associatifs, ils dégagent quelques grandes problématiques de la vie associative (rôle des fondateurs, poids des statuts, rapports salariés-administrateurs, implication des adhérents, "dérives" entrepreneuriales,...). Sur chacun des points abordés, ils comparent les pratiques des uns et des autres et s’interrogent sur les contradictions, les insuffisances ou, au contraire, mettent en évidence des pistes intéressantes.

Exemples :

Le rôle des fondateurs : comment éviter que leur permanence dans les instances de décision n’étouffe le débat et ne favorise le fondamentalisme ?

Le poids des statuts : comment sortir des statuts types et proposer plutôt différents types de statut, afin de mieux coller à la démarche spécifique de chaque groupe ?

Les rapports salariés-administrateurs : comment dépasser la dichotomie habituelle entre, d’un côté, des administrateurs porteurs du projet politique et, de l’autre, des salariés exécutants ?

L’implication des adhérents : comment la notion de bénévolat doit être relativisée (il y les "bénévoleurs", ceux qui investissent dans une fonction associative dans l’espoir d’une retombée personnelle ; et les "bénévolés", ceux qui donnent beaucoup sans jamais être indemnisés)?

Les "dérives" entrepreneuriales : comment équilibrer l’introduction de pratiques managériales par le renforcement de la vie associative et du collectif ?...Car l’adoption de méthodes de gestion performantes n’est pas condamnable, à condition que le "pouvoir politique" garde le contrôle de l’appareil !

Dans la foulée, les auteurs rejettent également l’opposition classique entre non-lucrativité et activité économique ("le marché n’a pas le monopole de la création de richesse"); ce qui compte, c’est la prédominance du projet social sur la recherche du profit.

Par contre, ils dénoncent les "fausses associations", celles qui sont instrumentalisées, voire créées par l’état pour mettre en oeuvre des politiques publiques en s’affranchissant des contraintes administratives.

Par ailleurs, ils font l’hypothèse que la motivation principale de l’engagement associatif, en cette fin de siècle, est beaucoup plus l’apprentissage dont chacun va pouvoir bénéficier que l’objectif poursuivi en commun ; d’où "la nécessité d’un cadre organisé encourageant l’épanouissement de cet individu". Ceci dit, ils insistent sur le rôle clé que doit jouer le secteur associatif dans la construction du fameux lien social, tout en s’impliquant dans le débat public.

La "gouvernance" de l’association est un des points forts du livre. Au-delà du schéma théorique et trop simpliste qui définit un ordre décroissant de pouvoir, depuis l’assemblée générale, puis le Conseil d’Administration et enfin l’équipe de salariés, de nombreuses pages sont consacrées à "l’architecture des lieux de décision" et à la manière de redonner sa place "au collectif des libres associés". B. Rebelle et F. Swiatly proposent de "combiner une gestion rigoureuse et transparente du processus de décision, une prise en compte globale et prospective des contraintes et l’articulation raisonnée des différents pôles de décision".

Le dernier chapitre propose des modifications fiscales et juridiques afin d’encourager la vie associative dans l’esprit de la loi de 1901, mais en tenant compte des réalités d’aujourd’hui : il faudrait, notamment, modifier la fiscalité du don, permettre une véritable rémunération du président, prévoir des contrats de travail où la rupture est possible pour clause de conscience, créer un statut spécifique pour les "fausses" associations para-publiques afin "d’opérer un tri vigoureux dans la nébuleuse associative".

Les auteurs terminent en proposant de placer "l’éloge de la lenteur au coeur des valeurs associatives"," parce que notre société confond trop souvent vitesse d’exécution et efficacité" et parce qu’il "faut prendre le temps nécessaire pour construire des organisations solides".

Mots-clés

association, vie associative, citoyenneté, société civile, pouvoir, Etat et société civile, participation populaire, participation des habitants, gouvernance


, France

Commentaire

Les dirigeants associatifs feraient bien de se plonger dans ce livre, pour mieux identifier les points de tension qui les affectent et pour en tirer des pistes de renouvellement de leurs pratiques. Dommage que sa lecture ne soit pas aisée ; il faudrait en tirer un condensé pour en faciliter l’accès à un public plus large.

Source

Livre

SWIATLY, Fabienne; REBELLE, Bruno, Libres associations, Desclée de Brouwer, 1999/01 (France)

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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