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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Comment parvenir à dégager une synthèse et des perspectives d’action à partir d’un colloque international de 400 chercheurs organisé en 30 ateliers spécialisés

Enseignements méthodologiques du colloque international de Fontevraud

Pierre CALAME

03 / 1998

En septembre 1996, la Direction de la Recherche du Ministère français de l’Environnement organise un séminaire international de 400 chercheurs sur le thème "démocratie et long terme". Les participants préparent un exposé sur un domaine spécialisé. Ces exposés sont regroupés en 30 ateliers différents : 10 par demi-journée avec un président et un rapporteur de séance plus une série de conférences plénières.

Les organisateurs ont souhaité que Pierre Calame et la FPH jouent un rôle dans l’animation de la rencontre. Pierre a fait trois propositions visant à casser le rituel d’exposés juxtaposés et à faire en sorte que la conférence puisse avoir des suites.

La première était de demander à chaque participant, au moment de son arrivée, d’exprimer ses attentes. Chacun reçoit un questionnaire d’une page avec trois questions : " qu’attendez-vous de la rencontre ? En tant que citoyens quels sont à vos yeux les principaux défis auxquels est confrontée l’humanité ? Quelles sont selon vous les priorités pour l’action ? ".

L’analyse de ces questionnaires est faite durant la première nuit, de façon à ce que la synthèse en soit remise aux participants dès le début de la rencontre. La moitié des participants se sont prêtés à l’exercice. La synthèse a été très utile. Les réponses à la première question ont révélé une attente significative : dégager quelques idées fortes du magma des communications spécialisées. La seconde question a révélé que les craintes portaient sur les conséquences sociales et politiques d’une globalisation économique à marche forcée et de l’inégalité dans la répartition des ressources naturelles plus que sur les risques écologiques proprement dits. La troisième question a montré que ceux pour qui la priorité était de renforcer leurs propres moyens de recherche étaient très minoritaires ; les plus nombreux soulignaient la nécessité d’un effort de la part des responsables politiques ou de la priorité à accorder à l’éducation pour faire évoluer les prises de conscience.

Seconde proposition : que chaque intervenant réalise avant le séminaire une fiche DPH sur son propre exposé. Ce fut un échec fort révélateur : en même temps que les organisateurs attendaient de Pierre Calame une proposition méthodologique, ils devaient négocier entre eux la conception du séminaire et, finalement, n’accèptèrent que très tardivement cette modalité sans s’engager eux-mêmes vis-à-vis des participants. Ils ne voulaient pas être dessaisis d’une aventure qui leur a coûté beaucoup de temps et d’énergie et perçevaient mal le caractère global de la proposition qui leur était faite. Nous avons cherché à rattraper le retard initial en faisant produire des fiches DPH pendant ou après le séminaire. Nouvel échec : les rares temps libres étaient consacrés en priorité aux conversations avec les collègues et après le séminaire, la motivation à retravailler l’exposé selon une discipline contraignante n’existait plus.

Troisième proposition : faire une synthèse du séminaire " en temps réel ". Les derniers ateliers s’achevaient à midi le troisième jour et la séance plénière finale avait lieu à 15 heures. Il fut donc décidé que les repas du midi et du soir réuniraient à chaque fois les dix rapporteurs de la demi-journée correspondante avec Pierre Calame. Celui-ci, malgré le brouhaha, donnait cinq minutes à chacun, à chaud, pour dire les quelques idées fortes qui ressortaient de son atelier. L’avantage de cet exercice informel était d’éviter la forme trop rationnelle des rapports d’atelier. Il prenait des notes, s’imbibait de ce que disaient les uns et les autres pour voir se dessiner progressivement les lignes de force communes à tous. Malgré la diversité des ateliers, ces lignes de force sont bien apparues et, cette diversité même leur donnait en retour une grande valeur. L’exposé de synthèse, qui incorporait ainsi les principales leçons des séances plénières, fut bien accueilli par l’ensemble des participants.

Mots-clés

méthodologie, démocratie, diffusion de l’information, coopération


, France, Fontevraud

Commentaire

Cette rencontre a été riche en enseignements :

1)les chercheurs sont capables de prendre leurs distances par rapport à des logiques corporatistes.

2)On peut appliquer à un séminaire de plusieurs centaines de personnes une démarche de recherche de "constantes structurelles" : des lignes de force apparaissent assez simplement à condition d’avoir un double dispositif d’écrémage : par les animateurs d’ateliers de ce qui ressort de la séance qui vient de s’achever ; par le coordinateur de ce que ces derniers disent. La sélection subjective est à cet égard essentielle : s’il fallait faire une analyse scientifique des rapports des ateliers, il y en aurait pour des mois et l’essentiel disparaîtrait peut être. Pour aboutir il faut sortir les chercheurs de l’illusion de méthodes trop rationnelles.

3)La synthèse des questionnaires initiaux sur les attentes des participants illustre aussi cette nécessité subjective : pour dégager les grandes lignes en quelques heures, il faut s’affranchir d’une méthode lourde de codification des réponses.

4)Pour appliquer une méthodologie cohérente, il faut que le coordinateur puisse avoir avec lui des personnes acceptant ces démarches qualitatives. Des conflits sont apparus lors de la synthèse des questionnaires initiaux, l’équipe officielle d’organisation ayant préparé de son côté sa propre équipe. Dans toute rencontre les tensions entre des imaginaires différents doivent être gérées.

5)L’animateur général doit se consacrer totalement au travail de synthèse. Pierre Calame a préparé une première synthèse à partir des comptes rendu des vingt premiers ateliers. Le travail accompli juste avant la séance plénière a consisté à vérifier que cette synthèse était cohérente avec ce qu’apportaient les dix derniers ateliers. L’expérience prouve que c’est possible : au bout d’une dizaine de comptes rendus d’ateliers 90 % des thèmes et les liens entre eux sont déjà établis.

6)Quelles que soient les discussions préalables sur l’organisation, il faut être prêt à improviser en ayant une petite équipe cohérente disposée à se dépenser sans compter : rien ne se passe jamais exactement comme prévu.

Notes

Une note de travail interne rédigée par Pierre Calame sur la méthodologie à suivre pour le séminaire de Fontevraud est disponible à la FPH, Paris. Titre : " Eléments de méthode d’organisation pour le séminaire de Fontevraud ", avril 1996 - réf. : Elémétho/RENO.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

(France)

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