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France-Chine : les rencontres de Nankin - avril 1996- et de Villarceaux - juillet 1997-

Le temps et la confiance sont des éléments clé pour réussir des rencontres interculturelles

Michel SAUQUET

04 / 1998

Au commencement était un voyage en Chine avec Alain Le Pichon pour contacter un certain nombre de partenaires potentiels dans le cadre de ce qui commençait à se dessiner autour d’une idée de Bibliothèque interculturelle pour le futur... Nous y rencontrons la directrice de l’Institut de Littérature comparée de l’université de Nankin (Yue Dai Yun), qui nous fait part de son rêve de faire rédiger par ses étudiants des petits livres sur la façon dont les Chinois d’un côté, les occidentaux de l’autre, considèrent la nature, la vie, la mort, la beauté, le rêve, etc. Sont évoqués aussi divers projets très vagues de travaux éditoriaux sur l’élucidation des malentendus interculturels. On ne décide rien, mais l’idée chemine. Est alors organisée la rencontre de Nankin, une semaine à laquelle la FPH et la Fondation Transcultura convient des éditeurs (trois français et un américain), des universitaires, un scientifique dur et un poète-romancier. L’Université de Nankin et Mme Yue Dai Yun se chargent de convoquer l’" équivalent " côté chinois. Le principe est simple : deux jours pour faire connaissance et échanger sur le thème du dialogue interculturel entre la Chine et l’Occident, puis deux jours pour discuter de projets éditoriaux concrets. La rencontre se révèle une incontestable réussite, puisqu’un programme éditorial très solide en sort. Il est décidé de se revoir l’année suivante en France pour faire le point sur l’avancement du travail, et ce fut la rencontre de Villarceaux, une semaine avec les mêmes ou presque, les équipes s’étant enrichies entre temps d’éditeurs (l’un des deux plus gros éditeurs chinois et d’excellents spécialistes européens de ces questions). Une rencontre très concrète et très productive, qui permet de solidifier et de compléter les projets (Collection " Proches lointains ", Mots clés du dialogue sino occidental, revue sino-européenne, livres bilingues, etc.). A la suite de ces deux rencontres, on peut dire que le dialogue sino-européen a été véritablement fondateur pour le projet de bibliothèque interculturelle, et qu’il a fait école en ce sens que plusieurs interlocuteurs d’autres pays nous disent qu’ils aimeraient bien faire la même chose.

Mots-clés

méthodologie, conception du monde, échange de savoirs, médiation, interdépendance culturelle


, France, Chine

Commentaire

De ces deux rencontres, nous avons retenu huit leçons :

1. La rencontre d’interlocuteurs de cultures différentes peut être une formidable occasion d’enrichir mutuellement les projets. Tout le défi de la Bibliothèque interculturelle pour le futur est de dire que lorsque des éditeurs et des auteurs de cultures différentes dialoguent pour concevoir ensemble des produits éditoriaux que chacun publie ensuite dans sa propre langue, il est possible que le résultat soit le contraire du consensus pauvre ou du plus petit dénominateur commun (1+1=3 et non 1+1=0, 3). L’expérience franco-chinoise nous a complètement conforté dans cet acte de foi : à la fois par ce qu’elle a apporté en termes de produits commun, mais aussi sur nos propres façons de faire. Par exemple, nous étions bloqués, en France, sur la collection bilingue " L’arbre aux Accents ", qui ne parvenait pas à redémarrer. La vision chinoise de cette collection nous a amenés à repenser le concept et la forme en profondeur. Ce fut un apport majeur.

2. L’importance des médiations dans le dialogue interculturel : Jin Syian, écrivain professeur chinoise établie en France, nous a guidé pas à pas dans nos relations avec les interlocuteurs chinois, nous aidant à décrypter des malentendus, à savoir comment agir sans froisser, à comprendre les vues de l’autre, etc.

3. L’importance du facteur temps, de l’opiniâtreté, et du suivi. Au sortir de Nankin, nous avions, côté FPH, l’impression que tout était en train de démarrer. A Villarceaux, nous avons été étonnés de l’extrême et heureuse surprise de tous nos partenaires qui nous ont dit " Tout cela marche, c’est formidable, nous n’étions pas du tout sûrs que nos orientations de Nankin seraient suivies d’effets ". Il ne faut pas craindre d’abord d’être patients. Il ne faut pas craindre non plus de mettre de l’argent dans des rencontres qui sont indispensables. En écrivant cette fiche, je m’aperçois que nous n’avons toujours pas programmé la prochaine rencontre avec nos partenaires chinois. C’est une erreur. Le suivi, et le suivi physique sont essentiels.

4. Les rencontres sont d’autant plus fructueuses qu’une occasion de travail sur des objets concrets est décidée. Par rapport à d’autres rencontres auxquelles nous avons participé (Fortaleza, Pune...), les rencontres chinoises sur un projet éditorial nous ont paru plus productives. C’est vrai que le livre a quelque chose de rassurant. On feuillette les pages, et on a l’impression que quelque chose a été réalisé. C’est peut-être la facilité. Mais même si le livre est un prétexte au dialogue, si le processus prime sur l’objet, il aide bien.

5. La traduction non simultanée aide au dialogue. A Nankin comme à Villarceaux et à Fortaleza, nous avons pris le partie de réunions " hachées " par des temps de traduction. Grâce à des traducteurs remarquables, le dialogue a toujours été formidable, car chaque personne qui parlait était obligée, par ces interruptions, de structurer son discours pour la suite. Une impression de sérieux, d’organisation de la pensée, de calme presque, en est ressorti.

6. La plénière est toujours préférable aux ateliers en petits groupes, si l’ensemble des participants n’est pas trop important. De fait, on gagne un temps fou, et on conserve beaucoup de richesse, en évitant ces synthèses maigrichonnes et ces synthèses de synthèses squelettiques qui sont le lot de bien des colloques.

7. Le dirigisme peut être le plus démocratique des modes d’animation. Dans les trois cas de Nankin, Villarceaux et Fortaleza, nous avons testé un type d’animation dont on nous a dit qu’il avait été bien ressenti. En lien avec le "counterpart" principal de la partie chinoise (ou brésilienne pour Fortaleza), nous avons proposé de ne pas prendre trop de temps à discuter de la méthode, et un animateur a pris ouvertement la direction de l’organisation des débats, avec le souci majeur que chacun ait le temps de s’exprimer et que personne n’écrase l’autre. Si le dirigisme porte sur la méthode et non sur le fond, s’il n’est nullement un outil pour faire passer des conclusions de rencontre prévues à l’avance, il peut être la meilleure manière de faire en sorte que chacun se sente bien dans une rencontre.

8. Villarceaux est un lieu de rencontre exceptionnel qu’il ne faut pas hésiter à utiliser dans la mesure du possible. Dans le cas des Chinois, l’effet a été garanti. Les inviter à Villarceaux, c’est marquer l’importance que nous leur accordons.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,… ; Récit d’expérience

(France)

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