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Les armes au vestiaire

Comment organiser la logistique d’une rencontre à laquelle on n’assiste pas

Delphine ASTIER

09 / 1998

QUI ORGANISE?

Cette rencontre a réuni pendant trois jours une trentaine de personnes, venues pour moitié d’Ethiopie et pour moitié d’autres pays où elles vivent en exil, ces personnes représentaient différents partis de l’opposition. Elle est d’un type original puisque la FPH n’est pas directement impliquée et ne fait que financer la logistique. L’initiative et l’organisation de la rencontre venaient de Negede Gobezie et de son association, le GRAPECA (Groupe de Recherche et d’Action pour la Paix en Ethiopie et dans la Corne de l’Afrique). Negede a convaincu la Fondation de l’opportunité de cette réunion : la réactivation d’un conflit armé entre l’Ethiopie et l’Erythrée est imminente et risque d’entraîner l’implosion de tout le pays.

Il y a donc d’une part un porteur principal et d’autre part un porteur annexe qui devient le porteur principal, du moins au cours de la phase préparatoire. Cette situation crée une ambiguïté momentanée - qui a d’ailleurs été vite rectifiée - car les participants africains n’ont pas été informés ni des conditions du séjour, ni du statut de la Fondation, ni de la place qu’elle tient dans l’organisation ; ils ont, au début, l’attitude typique des Africains face aux bâilleurs de fonds occidentaux et réagissent conformément à leur propre imaginaire et à l’idée qu’ils se font d’une rencontre internationale qui se tient à Paris.

Il faut donc bien préciser les rôles de chacun avant la rencontre afin d’éviter les malentendus. La question qui se pose est de savoir comment mobiliser et responsabiliser les promoteurs dans l’ensemble du processus et à chacune des étapes.

On peut se demander également si le flou régnant au niveau de l’information relevait de la négligence ou de la stratégie : Negede n’avait en effet pas intérêt à avouer à des gens, parfois réticents, et qu’il s’agissait de convaincre de participer et d’entrer en dialogue avec les autres partis, qu’ils seraient logés dans des conditions loin d’être luxueuses.

ORGANISER DANS L’URGENCE

Une rencontre organisée dans une telle urgence ("on n’est pas maître des horloges")prouve la flexibilité et l’indépendance de la Fondation, sa capacité à débloquer des fonds non prévus dans le budget. Cette urgence implique également un engagement personnel de la part de tous les acteurs qui participent à la logistique : cet engagement personnel est un rouage essentiel. Dans ce cas, la mobilisation soudaine de bénévoles a été une réussite mais ceci peut-il être érigé en méthode ?

LE FONDS ET LA FORME

Enfin, l’organisme qui accueille, paie les déplacements et le logement permet au processus d’avoir lieu : il ne peut donc pas se réclamer d’une totale neutralité. Il prend partie en permettant au processus d’advenir. Le fonds et la forme sont liés, on ne peut dissocier la logistique du contenu de la rencontre. Dans un cas comme celui-ci, d’un très grand enjeu diplomatique, la convivialité et les services rendus pour que le matériel soit assuré au mieux est une participation, aussi infime soit-elle. Que les participants soient à leur aise pour se parler, qu’ils se sentent dans un climat de confiance et de neutralité est important pour l’avancée d’une discussion conflictuelle. L’échange avec les participants a été très fort, de même que l’échange interculturel.

Mots-clés

méthodologie, médiation, interdépendance culturelle, paix, prévention des conflits


, France, Afrique, Ethiopie

Commentaire

Cette rencontre était une opportunité, c’est indéniable. La FPH a cette volonté et cette capacité de fournir financement, temps et ressources humaines lorsqu’elle sent qu’il y a urgence, que le défi en vaut la peine. Mais la pertinence de ce type d’action est très subtile, comment alors ne pas faire d’erreurs, comment mesurer au plus juste l’opportunité d’une rencontre, celle aussi de déployer les efforts nécessaires pour gérer la dite urgence ? Comment, sinon en prenant, malgré le caractère urgent de telles situations, le temps qu’il faut pour peser le pour et le contre, afin de prendre une décision réfléchie, afin d’avoir des opinions diverses, et ceci d’autant plus lorsque nous sommes face à une situation que nous connaissons mal.

Dans cet exemple, les conditions de la rencontre ont été plus ou moins clairement présentés aux participants, pour des raisons qui relèvent soit d’une faible coordination entre les co-organisateurs soit d’une stratégie implicite, qui est dans le cas précis justifiée par l’enjeu de la rencontre. Mais le flou de la part des organisateurs envers les participants peut aussi avoir des effets pervers car les personnes peuvent se sentir manipulées et le résultat être inverse de celui recherché. Cette stratégie du flou par un équilibre entre le dit et le non dit est très subtile, et elle ne reste justifiée que si elle est réellement utile à la rencontre et à ses objectifs, à condition que ces derniers soient clairement évoqués aux invités dès le départ.

Notes

Le commentaire de cette fiche a été rédigé par Lydia Nicollet.

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