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Etre à la fois financeur et acteur : une position qui requiert clarté et confiance mutuelle

Comment avoir une relation équilibrée avec nos partenaires en tant que bailleur de fonds

Lydia NICOLLET

11 / 1998

Trouver le juste milieu, avoir une relation saine et équilibrée avec nos partenaires alors que nous sommes bailleurs de fonds, ça n’est pas toujours évident, et peut donner lieu à deux attitudes totalement opposées de leur part, qui sont l’une comme l’autre potentiellement dangereuses :

- la servilité. Dans ce cas le partenaire adoptera une attitude suffisamment hypocrite pour faire passer le message suivant : " vous aurez ce que vous voulez, en fonction de ce que vous croyez que je suis ".

- la crispation. Ici, la relation doit se limiter au financement. Autrement dit, le message du partenaire serait plutôt " tu payes mais tu n’es pas acteur ".

Certes, l’entité qui bénéficie d’un financement doit en quelques sorte répondre à l’attente du bailleur de fond, et c’est assez logique, jusqu’à un certain point. Mais si la relation est faussée parce que dès le départ les objectifs ne sont en fait pas les mêmes, mais les intérêts des uns obligent à mentir aux autres, on peut vite arriver à des situations très malsaines. Comment trouver un équilibre ?

La solution dans cette relation financeur/bénéficiaire est souvent d’essayer de trouver un juste milieu dans lequel chaque partie trouve son intérêt, sans qu’il soit fictif mais bien réel. Mais il existe toujours un danger, car cet équilibre est fragile et la transparence pas toujours effective.

Par exemple, nous travaillons avec des partenaires en Afrique de l’Est en vue d’y organiser des rencontres afin de monter un réseau Est Africain d’entités pour réfléchir et agir autour de la question de la relation Etat-société civile dans cette région. Certains de nos partenaires ont exprimé le souhait de maintenir une distance pour éviter que nous ne soyons trop impliqués. Ils montrent là une certaine appréhension vis-à-vis de nos interventions, qui risqueraient d’être maladroites du fait de notre méconnaissance du contexte politique et des personnes impliquées.

Avec le temps, ce problème disparaît car la confiance finit par s’établir ou au contraire diminue et la relation s’arrête alors si l’on sent bien ce déficit. Cette confiance, si elle s’est construite, suppose que les deux parties ont pris sur elles et compris les enjeux, les objectifs de l’autre, et que chacune s’est adaptée à la situation, chacune finit par apporter ce qui est opportun dans le contexte, sans imposer coûte que coûte un point de vue, un objectif, une méthode.

Mais dans toute relation avec ses partenaires, la FPH, au départ, doit savoir faire comprendre qu’elle n’est pas que financeur, qu’elle a des apports en termes de contenu, et notamment des propositions méthodologiques et des références d’expériences extérieures. Et c’est là toute la difficulté : il faut savoir être clair dans son implication tout en ne s’imposant pas, tout en étant ouvert aux propositions extérieures, différentes, savoir finalement trouver le juste milieu dans une relation de partenariat.

Une des difficultés à trouver ce juste milieu, outre celle de l’hypocrisie intéressée, c’est la tendance des partenaires du sud à nous considérer riches pour la simple raison que nous sommes du Nord. Et on peut facilement arriver à des situations très tendues, où nos interlocuteurs ne comprennent pas pourquoi nous tenons à être économes ! Nous sommes certes financeurs, mais les gens ne perçoivent pas que nous avons des limites. Au Mali par exemple, des partenaires de longue date, au Centre Djoliba, ont fait des revendications auprès de moi, représentant de la FPH, qui étaient à la limite du syndicalisme !

Le problème est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de partenariat où nous sommes entièrement financeurs, et pas co-financeurs. Les partenaires n’imaginent pas pouvoir faire l’effort de trouver des financements, leur état d’esprit est souvent significatif là-dessus. Or s’ils prenaient leur bâton de pèlerin, cela changerait certainement les choses. Ils vont dans le sens de cette évolution des moeurs et des mentalités, d’autant qu’un grand nombre de nos partenaires africains connaissent les processus de recherche de financement, pour la simple raison qu’ils n’ont pas le choix et que c’est une pratique qu’il ont souvent effectuée, même s’ils n’ont pas toujours la formation requise pour cette recherche de financements. Ca n’est donc pas toujours un problème de savoir faire. Inversement, il faut aussi que la FPH entre dans cette logique de co-financement, car son attitude peut parfois expliquer en partie la passivité des partenaires pour rechercher d’autres financements. Mais cette évolution est en cours, notamment car la FPH en ressent le besoin : certains projets trop coûteux ne sont réalisables que s’il y a co-financement. La fondation aussi se rend compte que les relations dans une logique de co-financement sont souvent plus saines.

Je me rends compte moi-même que mon attitude vis à vis des partenaires est maintenant différente concernant ces co-financements : avant, avec le Centre Djoliba, au Mali, je n’avais pas ce souci de le motiver à chercher d’autres sources de financement, sans doute par tranquillité, parce que nous ne ressentions pas ce besoin d’argent pour monter le projet. Et actuellement, les liens avec l’Afrique de l’Est se font dans une autre logique, celle du co-financement, et la relation avec eux n’en est que beaucoup plus riche.

Mots-clés

méthodologie


, Afrique, Afrique de l’Est, France, Mali

Commentaire

Le lien financeur-financé n’est pas toujours équilibré. Un manque de connaissance mutuelle, un manque de transparence, d’objectifs communs peuvent suffire à fausser totalement une relation, et seul le temps et l’expérience de cette relation permettent au financeur de voir qu’il se trompe, ou inversement. C’est pourquoi la clarté est indispensable dès le départ, c’est cette clarté qui donnera consistance au partenariat. Elle est d’autant plus essentielle de la part d’un financeur comme la FPH que celle ci n’est que très rarement financeur sans être acteur, notamment au niveau de son apport dans la méthode de travail.

Par ailleurs, la FPH fait de plus en plus de partenariat en co-financement, ce qui enrichit énormément les relations, car cette logique met les différentes parties dans un autre positionnement, et chacune devient de facto co-responsable par rapport au contenu.

Notes

Cette fiche a été réalisée à partir d’un entretien avec Jean Freyss. On peut le contacter à l’adresse suivante : 20, rue Jean-Pierre Brossolette. 93130 Noisy-le-Sec. Fax : 01 48 43 65 21. Courrier électronique : jfreyss@fph.fr

Entretien avec FREYSS, Jean

Source

Entretien

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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