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Rencontre du 3ème type : paysans et universitaires

Comment la méthodologie d’une rencontre peut-elle créer la confiance pour échanger ?

Françoise MACE

09 / 1998

Cette rencontre avait pour objectif de se connaître les uns les autres autour de discussions d’échange d’expériences entre paysans et professionnels, voir s’il se dégageait des problèmes communs, partager des points de vue en tenant compte des challenges auxquels doivent faire face les paysans, découvrir si des valeurs communes étaient partagées, et discuter sur la pertinence d’un réseau sous-régional d’Afrique australe et centrale.

Elle était organisée par l’équipe SCOM de l’Université d’Agriculture Sokoïne (SUA) à Morogoro en Tanzanie et le réseau paysan tanzanien MVIWATA. Elle s’est tenue dans les locaux de l’Université en novembre 1995.

Nous connaissons bien à la FPH l’équipe SCOM/SUA pour avoir soutenu leur travail de recherche-action pour le développement rural dans la région de Morogoro mais surtout pour l’originalité de leur travail qui se traduit par une étroite collaboration avec les paysans.

MVIWATA c’est un réseau de groupements paysans, déclaré officiellement ONG Tanzanienne en 1995. L’équipe SCOM/SUA a aidé à la création de ce réseau et l’Université leur prête un de ses bâtiments pour leur secrétariat.

Ces deux organisations sont représentées dans le réseau APM AFRIQUE soutenu par la FPH.

Cette rencontre faisait suite à une réunion organisée par ces deux organisations en 1992 en Tanzanie qui réunissait des professionnels et des paysans des pays voisins pour échanger leurs expériences. Le suivi de ces contacts et l’élargissement à des nouveaux a permis de réunir pour la première fois à cette nouvelle rencontre des professionnels et des paysans des pays suivants :

Rwanda, Botswana, Kenya, Zimbabwe, Afrique du Sud, Zambie, Ouganda, Mali, Cameroun, Gambie, Tanzanie, Inde, USA et France. La rencontre s’est tenue en anglais et swahili.

Les deux premiers jours ont été consacrés à la mise au point du programme de la rencontre en fonction des objectifs que nous en attendions et à la présentation de chaque participant faisant ressortir les problèmes auxquels ils sont confrontés, leurs échecs, leurs réussites, leurs solutions, afin de dégager les défis communs pour les travailler les jours suivants en petits groupes.

Après un long débat en plénière, les défis communs ont été regroupés en 7 grands thèmes : La terre et l’environnement ; le financement de l’agriculture, le crédit et l’épargne ; la production ; le marketing (revenus locaux, exportations) ; la formation, assistance technique, éducation ; groupements paysans et réseaux ; politique et développement.

Chaque groupe travaillait sur 1 ou 2 thèmes devant faire ressortir les problèmes, les potentialités, les solutions, comment chacun fait face à ces défis.

Ce travail fut remis en plénière pour débattre ensuite sur ce que nous devons partager entre nous et comment nous pensons le faire.

Les résultats du travail des groupes ont montré la bonne dynamique présente pendant toute la rencontre. De plus, les réflexions de chacun ont été nourries des visites organisées à Mgeta et à Mkuyuni la veille, ce qui a permis de dégager à partir de ces expériences locales des défis globaux.

Les visites dans les Uluguru mountains : nous étions divisés en petits groupes pour rencontrer les paysans impliqués dans le projet UMADEP de l’université Sokoïne.

Nous avons échangé avec les groupements organisés autour de thèmes tels que « l’homme et l’environnement », « l’épargne et le crédit », « organisations paysannes », « groupement de femmes », « coopératives ».

Ce fut pour tous un bon moment d’échanges avec les paysans.

Ce fut pour moi le moyen de me rendre compte de la réalité des problèmes des paysans. Les routes sont épouvantables en saison sèche (mes fesses s’en souviennent encore…) et impraticables pendant la saison des pluies. Difficulté majeure pour acheminer les produits frais au marché.

Cependant, le courage et le dynamisme de ces paysans et surtout l’excellente collaboration entre l’université et eux (formation, conscientisation, assistance technique, diversification de la production etc.) contribuent à améliorer leurs conditions et progresser vers un développement durable.

Le dernier jour : un moment clé pour les résultats et suites de la rencontre

Nous avons défini des défis communs. Restait alors à répondre à ces 3 questions :

1. Est-il nécessaire de continuer à échanger nos expériences ?

2. Comment concrétiser cette décision en regard du programme APM/FPH et du réseau APM AFRIQUE ?

3. Quel suivi de nos décisions comptons nous effectuer ?

Ces questions sont travaillées de nouveau en groupe.

Il en ressort que tous, professionnels et paysans, sont d’accord sur l’importance de continuer à échanger leurs expériences, échanger des informations, joindre leurs efforts pour renforcer les initiatives de réseaux existants (Mviwata, APM AFRIQUE…) dans le but de renforcer les organisations paysannes et cela à un niveau local, national et régional.

L’idée d’un réseau régional est acceptée. La responsabilité de l’animation de ce réseau pendant les 2 années à venir est confiée à SCOM/SUA et MVIWATA. Pendant ces 2 ans chaque participant s’engage à porter ses efforts sur les initiatives de renforcement de groupements paysans et le travail en réseau au niveau local, national et régional.

Une prochaine réunion d’évaluation du travail, effectué pendant ces deux années à venir, sera organisée.

Tous demandent que le compte-rendu de cette rencontre soit diffusé à tous les participants et plus largement au sein du réseau APM AFRIQUE et que la communication soit maintenue entre les participants.

Cette rencontre fut fructueuse dans les échanges de réflexions et d’expériences, la connaissance des autres mais il me semble aussi que cela nous a permis de faire une évaluation individuelle de nos engagements et de nos actions.

Mots-clés

méthodologie, réflexion collective, formation, interdépendance culturelle, technicien et paysan, coopération


, Afrique, Tanzanie

Commentaire

Mettre autour d’une table des paysans, des universitaires et des techniciens pour échanger des expériences, des réflexions et construire un réseau régional est une innovation. Ajouter à cela que la plupart se rencontrent pour la première fois et votre innovation se transforme en défi. Il fallait donc une méthode sûre. L’idée de décider ensemble en début de réunion, le déroulement du programme, permettait de mettre en confiance les paysans et affirmer leur rôle et place dans les débats face aux universitaires. Le travail en petit groupe ainsi que les visites chez les paysans locaux ont permis de vrais échanges et créé de la confiance. Cette méthode a contribué à la réussite de la rencontre dont les objectifs ont été atteints.

Source

Entretien

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