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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’organisation des producteurs familiaux, les structures d’appui et les actions syndicales et politiques

Ethel DEL POZO

03 / 1996

1. L’organisation des producteurs et les mouvements paysans

Dans leur évolution on distingue ceux de type politico-syndical centralisés créés soit par les producteurs pour répondre à leurs problèmes concrets (production, commercialisation, crédit), soit par des acteurs politiques avec une visée plus globale de transformation de la société. Il y a aussi des organisations officielles car elles sont créées par l’Etat. Enfin il y a des organisations de type nouveau car elles se dégagent des partis et de la tutelle de l’Etat ; leurs revendications sont plus vastes: citoyenneté, lutte contre l’exclusion pour l’intégration des producteurs dans la société ; elles sont coordonnées et préservent l’autonomie des différents composants ; elles respectent la diversité culturelle, ethnique, sociale et régionale ; elles ont une vision globale, un projet de transformation de la société ; elles soulèvent la question des droits des peuples à se nourrir eux mêmes, elles cherchent l’articulation entre producteurs et consommateurs. Ces caractéristiques sont présentes à de degrés divers chez l’ASOCODE en Amérique Centrale qui insiste sur la professionnalisation et la capacité politique de pression et de négociation à l’échelle globale ; dans la convergence du EZLN et les paysans-indiens et même les moyens paysans au Mexique (mouvement "El Barzon"); en Equateur où le mouvement indigène a un impact dans l’opinion publique.

Avant les années1980, l’Etat avait besoin des paysans pour organiser la modernisation de certains secteurs et activités de l’agriculture, il y avait complémentarité d’intérêts mais aussi contradiction car les objectifs n’étaient pas les mêmes. Depuis le début des années 1980 si l’Etat et les bailleurs de fonds se désengagent, ils ont tout de même besoin des paysans mais cette fois ci pour qu’ils prennent en charge les fonctions et activités jugés non rentables par le secteur privé, ils doivent assumer la gestion de la survie et de leur exclusion. La complémentarité et la contradiction ne portent donc plus sur les mêmes enjeux, en Afrique et en Amérique Latine ils portent moins sur la modernisation que sur l’intégration et l’autonomie. En Afrique les organisations sont absentes du processus de démocratisation en cours.

Les organisations paysannes doivent faire face à une série de problèmes. Il existe un tiraillement constant entre la gestion économique des problèmes concrets de producteurs et l’intervention et représentation politique à toutes les échelles. La récupération des leaders par le gouvernement est perçue comme un danger (Sénégal). Lorsque la composition sociale des organisations est hétérogène, certaines catégories soient privilégiés comme les salariés agricoles au détriment des petits propriétaires. Etant donné l’émergence des nouveaux acteurs, le problème des alliances doit être révisée. Il existe aussi des contradictions entre les discours sur la participation tenu toujours par l’Etat et les bailleurs de fonds et une pratique excluant toujours les paysans. Parfois la puissance publique contraint les paysans a assumer une propriété et une exploitation collective pour rembourser la dette agraire mais les paysans souhaitent l’exploitation individuelle (Brésil). Un autres aspect c’est que les modèles de consommation occidentales font que parfois les gens ne veulent plus être paysans.

Face à ces problèmes les organisations paysannes développent différentes stratégies. Au Sénégal les Groupement d’Intérêt Economique en faisant reconnaître leurs droits sur la terre visent à anticiper l’accaparement par les néo-ruraux. Ils s’allient même avec des entrepreneurs privés, c’est le cas de GIE Mixtes où les paysans apportent la terre et les entrepreneurs le financement pour l’aménagement. En Inde des coopératives se constituent en étroite relation avec les consommateurs. Dans ce même pays la production du thé Darjeeling abandonnée par les multinationales et par l’Etat est reprise par les travailleurs avec l’aide de quelques syndicats et ça marche. Au Mexique le transfert au secteur privé pénalise les paysans, les coûts de fertilisants et du crédit sont trop lourds ; dans les cas du transfert de ces fonctions aux paysans on observe de bons résultats. Sur le plan politique l’option de quelques leaders de travailler avec ou dans le gouvernement est une possibilité pour peser sur les décisions importantes (Sénégal).

2. Les structures d’appui

Un fait marquant est l’ignorance de la part des systèmes et des experts de la vulgarisation qui ne tiennent pas en compte les processus endogènes d’innovation et d’apprentissage mis en place par les paysans... Le rôle de la recherche semble être celui d’élaborer les références et les instruments d’aide à la décision ; dans ce sens la production et la socialisation de l’information pour préparer à la négociation semble importante. Malgré les discours, les chercheurs ont gardé une mentalité autoritariste et de négation des savoirs paysans. D’ailleurs ils essaient parfois d’imposer un modèle que les paysans, imprégnés "d’occident" refusent (Brésil). En Afrique les paysans ne veulent plus gérer "de petits projets", ils veulent participer aux décisions politiques ; la diminution des fonds en provenance de la coopération international y est pour quelque chose.

Quant au rôle de l’Etat, certains soulignent l’aspect positif du désengagement. A Taiwan ce sont les coopérateurs qui embauchent le vulgarisateur, s’il n’est donne pas de bonnes solutions il est licencié. L’Etat met en place l’infrastructure et facilite des prêts seulement pour l’achat de machines. Par rapport à la coopération internationale les intérêts sont souvent divergents malgré les discours ; il y a la logique des bailleurs des fonds qui soumettent à leur hégémonie et les ONG du Sud qui constituent un contre-pouvoir mais qui agissent au détriment des organisations paysannes, ces dernières voudraient prendre en charge beaucoup de leurs fonctions. Aux Philippines où plusieurs membres d’ONG font partie du gouvernement et participent à "l’Agenda de la Réforme Sociale", l’hétérogénéité de ces organisations (confessionnelles, académiques, gouvernementales, privés)fait que les intérêts soient trop divers et que l’on ne puisse pas trouver des formules pour contenter tout le monde. Au Mali il y a un ras le bol des ONG, il y aurait plutôt des "PNG": "Personne non gouvernementale".

Mots-clés

organisation paysanne, mouvement paysan, structure d’appui


, Amérique Latine, Afrique, Asie

Commentaire

Si le problème de l’agriculture et des petits paysans est considéré comme un problème de société, il ressort l’importance de nouvelles alliances en dehors du secteur. La mondialisation des échanges va de pair avec la mondialisation de la pauvreté, que faire de la demande insolvable?. Le besoin d’avoir un objectif commun semble aussi être important pour fédérer les initiatives, les économies d’échelle peuvent jouer ce rôle dans certaines circonstances mais pas toujours. Pour les paysans la question clé est de savoir s’ils ont besoin ou non de s’organiser et pour quoi faire.

Notes

Colloque "Agricultures Paysannes et Question Alimentaire ", Chantilly, 20-23 Février 1996.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

(France)

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