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Agriculture paysanne, intervention de l’Etat et limites de la révolution verte en Thailande

Ethel DEL POZO

03 / 1996

La Thaïlande est depuis déjà longtemps un pays exportateur de produits agricoles et alimentaires. Ses exportations ne se limitent pas seulement au riz et au caoutchouc, dont elle est devenue le premier exportateur mondial, mais concernent une très large gamme de produits alimentaires: sucre, mais, manioc, volailles, crevettes, fruits et légumes, etc. Cette situation, très originale en Asie du Sud Est, est l’aboutissement d’une longue histoire au cours de laquelle l’Etat thaïlandais n’a jamais cessé d’intervenir en direction des agriculteurs: Elle est aussi et surtout le résultat des progrès d’une agriculture paysanne extensive dans un pays où les terres cultivables étaient relativement abondantes, eu égard à la force de travail et aux moyens de production disponibles. C’est essor de l’agriculture s’est opéré largement au détriment des ressources forestières dont la réduction atteint désormais des proportions alarmantes. La question se pose donc aujourd’hui de savoir si l’Etat thaïlandais pourra, dans le futur, promouvoir des systèmes de production agricole qui soient à la fois plus intensifs et plus respectueux des potentialités productives des écosystèmes.

La Thaïlande est le seul pays d’Asie du Sud Est à ne pas avoir été colonisé par une puissance étrangère ce qui a évité l’établissement de grandes plantations coloniales. La signature de plusieurs traités commerciaux avec les puissances occidentales permit l’intégration rapide de l’économie siamoise au marché international à partir de 1855. La croissance des échanges marchands est allé de pair avec l’apparition progressive de la propriété privée du sol. L’exploitation agricole familiale continue de prédominer dans toutes les régions du pays, y compris celle où sont apparues les grandes propriétés foncières où les paysans sont fermiers ou métayers.

L’Etat Thaïlandais à joué un rôle considérable dans la mise en place d’infrastructures d’intérêt collectif dans les campagnes Ce comportement, déjà amorcé après l’abolition de la monarchie absolue en 1932, s’est fortement accentué dans les années soixante avec le renforcement des régimes militaires et le soutien financier des bailleurs de fonds internationaux (Banque Mondiale, Banque Asiatique du Développement, United State Agency for International Development,...). Outre les routes et les grands aménagements hydrauliques (qui ne fonctionnent à pleine capacité aujourd’hui), les investissements de l’Etat jouèrent un rôle considérable dans le développement des premières industries agro-alimentaires (rizeries, usines sucrières, etc.)avec l’établissement de relations contractuelles entre les paysans et les industries de transformation. Dès le premier plan de développement quinquennal (1962-1966), L’Etat s’est engagé à ne plus entraver le développement du secteur privé, en échange de quoi de nombreux entrepreneurs sino-thai acceptèrent d’associer des militaires de haut rang à leurs activités. L’établissement d’infrastructures portuaires d’assez grande envergure largement financé avec les prêts des bailleurs de fonds internationaux, favorisa l’établissement rapide de nombreuses sociétés commerciales spécialisées dans l’import-export. Un code des investissements particulièrement favorable au capital étranger permit ensuite à des firmes multinationales de s’implanter à leur tour dans les agro-industries. Le réseau des commerçants intermédiaires sino-thai joue un rôle essentiel pour mettre les exploitants agricoles sous la dépendance des entreprises agro-industrielles.

Les systèmes de crédit parrainés par l’Etat ne profiteraient en définitive qu’aux exploitants les plus riches pouvant offrir les garanties exigées: moins de 20% du total des familles paysannes. L’endettement paysan, phénomène déjà ancien, ne cesse de s’étendre à toues les régions du pays. Les exploitations paysannes sont de plus en plus soumises, via les "middlemen", aux exigences des grandes sociétés agro-industrielles. Les paysans sont de plus en plus dépendants des avances en capital réalisées par le rizeries, les industries sucrières, les usines de fabrication d’aliments du bétail et les abattoirs.

Malgré les efforts déployés en matière d’irrigation et de vulgarisation de nouvelles variétés de riz dans le cadre de la Révolution Verte, c’est l’accroissement des superficies en culture qui a largement prévalu sur l’augmentation des rendements à l’hectare. Cette extension des surfaces cultivées fut surtout manifeste dans les périmètres irrigués où la concentration progressive des terres a donné naissance à des exploitations agricoles de plus grande dimension. Mais elle est restée modeste dans les régions où la maîtrise de l’eau est imparfaite et la mécanisation agricole encore très partielle (plateaux du Nord Est et péninsule du Sud). La concentration des terres dans les mains de quelques propriétaires et leur mise en valeur par des métayers apparaissent comme un obstacle majeur à l’intensification des systèmes de culture rizicole et à l’accroissement de leurs rendements. A quoi bon acheter des engrais si le partage de la récolte ne permet pas ensuite de dégager un supplément de revenus supérieur à ce qu’ils ont coûté? Un autre obstacle à l’intensification étaient les taxes parafiscales auxquels furent soumis les paysans riziculteurs. Face à ces prélèvements, nombreux paysans ont diversifié leurs systèmes de culture et d’élevage: manioc, cotonnier, mais, soja, hévéa, canne à sucre, etc. Les productions supplémentaires furent surtout le résultat d’une extension des surfaces cultivées et d’un allongement très sensible de la durée du travail paysan.

Dans presque tous les cas, la diversification des productions agricoles paysannes est intervenue sous la dépendance d’une très étroite intégration agro-industrielle. Un grand nombre de filières destinées à l’exportation (manioc, mais, ananas, caoutchouc, crevettes)sont sous la dépendance de capitaux étrangers dont la mobilité sur le marché international varie en fonction des différentiels de coûts de main d’oeuvre et rémunérations paysannes entre les pays ; la Thaïlande les attire, mais jusqu’à quand? L’élargissement des surfaces en culture s’est opéré au détriment du couvert forestier qui recouvrait plus de 50% du territoire au début des années 60 et en occupe moins de 29% aujourd’hui.

Mots-clés

agriculture paysanne, intervention de l’Etat dans l’agriculture, révolution verte


, Asie, Thaïlande

Commentaire

En conclusion, l’auteur signale que la Thaïlande a la chance de pouvoir compter sur une agriculture familiale, marchande et très diversifiée, dont les possibilités de croissance et développement restent encore très élevées. Sécurité alimentaire et essor des exportations agricoles sont à mettre à l’actif d’une paysannerie laborieuse et avisée dont les systèmes de production ont pu constamment évoluer en fonction des conditions du marché et des politiques agricoles successives. Sans doute l’Etat devra t-il par ailleurs continuer d’intervenir afin de ne pas soumettre cette paysannerie aux seules forces et "lois" du marché dont les effets pourraient très vite devenir défavorables en matière de différenciations sociales, répartition foncière (la question agraire est revenue au premier plan de l’actualité)et protection de l’environnement.

Notes

Colloque "Agriculture Paysanne et Question Alimentaire ", Chantilly, 20 -23 Février, 1996

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

(France)

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