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Les expériences historiques des agricultures familiales dans les pays du Nord

Marguerite BEY

03 / 1996

Cette séance, la seule qui traite des expériences historiques des agricultures familiales dans les pays du Nord, prétend apporter un éclairage sur l’évolution et le devenir des agricultures dans les pays en voie de développement. Pensée comme une session homogène, elle a finalement été divisée en 3 parties qui correspondent à 3 ensembles de pays : les pays d’Europe centrale et orientale, les pays d’Europe du Nord et les pays d’Europe du Sud.

Retenons quelques aspects fondamentaux énoncés et débattus pour chacune de ces régions :

- Sur les pays d’Europe centrale et orientale, on retiendra que la collectivisation de l’agriculture a poursuivi l’objectif de faire disparaître l’agriculture paysanne. Avec le processus de décollectivisation, se développe l’objectif général d’atteindre une taille optimale des exploitations du point de vue de la seule efficience. On peut donc s’interroger sur les possibilités d’expansion d’une agriculture familiale. Dans ces régions, l’histoire ne retient que rarement une tradition paysanne. Sous la collectivisation, cependant, le lopin individuel a joué un rôle essentiel d’attachement à la terre et de préservation d’un savoir-faire.

- Dans les pays d’Europe du Nord, les politiques favorisent davantage le capital que le travail, alors qu’il faudrait que l’inverse se produise pour un véritable développement rural et le maintien d’une agriculture familiale. Bien qu’elle offre l’exemple des capacités de l’agriculture familiale, l’Europe perd un million d’exploitations tous les 10 ans : la logique d’accumulation du capital pousse les exploitations qui ne peuvent accumuler à disparaître. Le modèle productiviste est pourtant en crise depuis les années soixante-dix.

- Sur les pays d’Europe du Sud, on peut dire que les mêmes problèmes se posent à eux et aux pays en voie de développement et cela fut d’autant plus vrai il y a 40 ans. Les quatre pays d’Europe du Sud, dont trois d’entre eux ont été intégrés tardivement à la Communauté, représentent à eux seuls 71% des exploitations agricoles européennes (si les statistiques européennes excluaient les exploitations de moins d’un hectare, l’Italie perdrait 40% de ses exploitations). En Europe, les zones où l’on trouve encore une agriculture paysanne porteuse d’une forte tradition se trouvent en Grèce et au nord de la péninsule ibérique.

On constate que le marché des céréales stagne à 200 millions de tonnes depuis 15 ans. On ne peut pas dire aujourd’hui que ce marché est bloqué : en Asie du Sud-Est, une classe moyenne est en train d’émerger et ses habitudes alimentaires sont en train de changer. L’accroissement du pouvoir d’achat favorise la consommation de viande. Donc, où trouver les céréales pour alimenter petit et gros bétail ? Cette situation peut être rapprochée de celle de l’Espagne dans les années soixante : les Espagnols ont alors ouvert leurs frontières au soja et au maïs provenant des Etats-Unis. Cela donne à penser que le marché des céréales devrait commencer à croître.

Dans l’accord du GATT, valable jusqu’à l’an 2000, le plus contraignant pour l’Europe est la réduction de 21% des exportations subventionnées en volume, produit par produit. retenons que le GATT n’est pas un accord de libre-échange ; c’est un accord qui définit le partage des marchés entre les Etats-Unis et l’Europe et ces pays s’entendent donc pour réguler les marchés et les stocks.

On ne peut pas faire croire à un agriculteur africain qui produit de l’arachide qu’il est en concurrence avec un producteur français qui produit du tournesol ou du colza et reçoit 3. 000 francs par hectare pour cela. A propos de la question des coûts de production, on ne peut pas se contenter de calculer les coûts financiers ; il faut aussi calculer la productivité du travail. Il faut alors reconnaître que, même si on n’avait pas des problèmes de dumping, le marché demeurerait très inégal.

Les prix internationaux restent un facteur limitant pour les possibilités d’exportation des pays en voie de développement (cas des petits producteurs laitiers en Inde). On remarque aussi l’importance du développement des transports pour passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale et à une industrialisation rurale. L’agriculture en Inde est actuellement en plein essor.

A propos des pays d’Europe centrale, on souligne le risque de retrouver, à retardement, les mêmes processus qui ont animé l’évolution de l’agriculture paysanne dans les pays occidentaux.

L’Albanie a connu une collectivisation très stricte, avec une évolution atypique. Elle vit encore aujourd’hui des revenus de l’émigration. Dans ce pays, comme en Grèce, les groupes familiaux élargis pourraient fournir l’échelle de coopérations futures qui remplaceraient les coopératives.

A l’occasion de la décollectivisation des agricultures de l’Est, il est important de dire qu’il n’y a pas une taille idéale du lopin. L’idéal social des réformes agraires dans ces pays étant celui de la paysannerie propriétaire, il y a eu peu de fermage. Alors qu’on dénonce, en Grèce, une taille moyenne des exploitations trop petite (4 hectares contre 13 dans l’Union Européenne), presque 80% des exploitants occupant moins de 5 hectares, en Italie, 58% des exploitations ont moins de 2 hectares.

En s’interrogeant sur le pourquoi il y a encore trois millions d’exploitations en Italie, on cherche à comprendre comment se réalise l’intégration de l’agriculture dans les structures locales. L’évolution des agricultures des pays d’Europe du Sud montre l’importance des facteurs socio-culturels. En effet, les paysans grecs, même refoulés, ont maintenu une tradition paysanne. Les exploitations doivent être comprises dans un ensemble d’activités, s’articulant à un ensemble économique organisé à l’échelle régionale.

Mots-clés

agriculture familiale, intervention de l’Etat, réforme agraire, décollectivisation des terres, autosuffisance alimentaire, PAC, coutume alimentaire, OMC


, Europe, Etats-Unis, Asie

Commentaire

La question centrale peut être formulée ainsi : qu’en est-il de l’agriculture paysanne dans les pays d’Europe et quelle a été son évolution ? Dans l’ensemble du débat, l’ancrage historique de l’agriculture paysanne apparaît fondamental.

Les pays d’Europe apparaissent dans une diversité surprenante, tout en nous renseignant sur un aspect important : l’agriculture familiale est dominante en Europe et la petite exploitation est encore très présente dans les pays d’Europe du Sud. Quel modèle d’exploitation peut-on fournir aux anciens pays socialistes, à la recherche d’efficience avant tout ?

En orientant davantage le débat vers une comparaison Nord-Sud, les modalités d’une coopération possible entre l’Europe du Nord, ses prochains partenaires de l’Est et les pays en voie de développement auraient pu être définies.

Notes

Colloque "Agricultures Paysannes et Question Alimentaire ", Chantilly, 20 - 23 Février, 1996.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

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