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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Repenser les territoires

Pierre CALAME

10 / 1999

Il peut paraître paradoxal d’affirmer avec vigueur, dans un contexte où tout le monde a à la bouche mondialisation et globalisation économique, d’affirmer avec force que le territoire, l’espace local et le système de relations qui s’y nouent, la ville, constituent la brique de base de la gouvernance de demain. Et pourtant, c’est une réalité fondamentale. A condition, que l’on évite un certain nombre de pièges qui guettent si souvent l’approche locale : réduire le territoire à la cour où les enfants s’amusent ; sombrer dans l’activisme ; faire du territoire l’espace pour les pauvres et le dernier refuge de la citoyenneté ; faire du territoire une cerise sur le gâteau : des sociétés productivistes et de consommation, se joue à elle même une petite musique écologique en menant localement des actions en faveur de l’environnement qui ne sont pas à l’échelle des problèmes globaux. Mais on peut éviter ces pièges, faire du local le point de départ d’une conception alternative du développement et de la démocratie, le point de départ d’une recomposition de l’action publique. Cela suppose d’une part de ne pas s’en tenir aux apparences, et d’autre part, d’inscrire résolument la réflexion sur le local dans des réseaux et dans une pensée globale sur la gouvernance.

Le territoire est la brique de base de la gouvernance de demain pour plusieurs raisons fondamentales.

La première raison tient à la nature de l’économie d’aujourd’hui et de demain. Ce n’est plus une économie manufacturière, c’est une économie de l’intelligence collective et de l’articulation des savoir faire, plus proche à bien des égards, de l’économie marchande du 18ème siècle que de l’économie manufacturière du 19ème siècle.

La seconde raison tient à la gestion de la société et de la cohésion sociale. L’économiste philippin Sixto Roxas, va à l’essentiel quand il dit que nos sociétés modernes se sont construites autour de filières verticales : filières de production industrielle, filières de distribution, filières des services publics sectoriels. Pour éviter cette désarticulation il faut compléter ces filières par la recherche d’une cohérence territoriale.

La troisième raison tient à la gestion des rapports entre l’humanité et la biosphère. Seule une gestion intégrée au niveau local, insérant l’activité humaine dans des écosystèmes et seule l’articulation de ces gestions du local au global permettent d’envisager une gestion intelligente de la biosphère. C’est évident pour des domaines aussi différents que l’énergie, l’eau, les sols ou la biodiversité.

Enfin, et c’est une quatrième raison, le territoire est le lieu par excellence du nécessaire recomposition de l’action publique. Celle-ci organisée en filière verticale nationale, avait son sens pour délivrer de manière fordienne des services publics sectoriels dans une société de plein emploi. Aujourd’hui, le problème est radicalement différent. La sectorisation de l’administration, la juxtaposition aggravée par la sectorisation, l’action de différents collectivités dans les mêmes domaines, l’incapacité culturelle et parfois réglementaire de nouer de réels partenariat des services publics entre eux et avec des acteurs sociaux est le fondement de la perte de pertinence de légitimité des services publics. C’est à l’échelle du territoire mais au prix d’une révolution culturelle, en reconnaissant que l’articulation des échelles de gouvernance est devenue la question centrale, que l’on pourra parvenir à une recomposition du service public. Dans l’état actuel, malheureusement le discours incantatoire sur la territorialisation du service public ne s’accompagne d’une réelle volonté politique de s’y engager.

Territoires et développement durable, si l’on veut que cela ne soit pas seulement un slogan mais une lame de fond demande une multitude d’entrées : l’entrée par le social avec le développement de pactes locaux pour la cohésion sociale et l’emploi dans lesquels nouer des partenariats entre populations exclues, les entreprises, les pouvoirs publics et les associations ; l’entrée par les entreprises avec la démarche d’écologie industrielle ; l’entrée par la gestion des échanges avec le développement de systèmes d’échanges locaux et la réintégration de l’économique et du social ; l’entrée par la gouvernance et la démocratie avec de nouvelles modalités de partenariat et de contrôle de l’action publique par les citoyens sur le modèle des budgets participatifs des Brésiliens dont l’idée commence à se diffuser en France ; l’entrée par l’éthique en faisant des territoires un lieu privilégié d’application d’une Charte des droits et devoirs de l’Humanité ; l’entrée par les relations avec la biosphère en développant une organisation des territoires économe en énergie et des systèmes intégrés de gestion de l’eau ; l’entrée par la mesure en construisant des systèmes d’observation capables de mettre en évidence l’empreinte écologique d’un territoire donné ; l’entrée par l’éducation en faisant du territoire l’espace d’apprentissage par excellence de la gestion de la complexité ; l’entrée par l’histoire en comprenant comment les actions actuelles s’inscrivent dans une organisation et un système de relations et s’appuient sur un patrimoine qui sont des héritages d’un passé parfois lointain. A travers l’Alliance et à travers le programme ETA, la fondation est en mesure au fil des années d’introduire concrètement ces différents modes d’entrée sur le territoire.

Mots-clés

aménagement du territoire, écologie industrielle, relations micro macro, développement durable, changement culturel, écologie, histoire, exclusion sociale, Etat et société civile


, , France, Brésil

Commentaire

La construction d’un nouveau regard sur le territoire est un processus de longue haleine. Au fil des ouvrages publiés, des réseaux constitués, par exemple le chantier "repenser les territoires" de l’Alliance pour un Monde Responsable et Solidaire, au fil des rencontres internationales et des conférences, la FPH contribue à un renouvellement de la gouvernance.

Notes

Ces réflexions sont développées dans un ensemble d’ouvrages et de notes : dialogue des entreprises et du territoire, le territoire, brique de base de la gouvernance, l’Etat au Coeur, le regroupement de fiches d’expériences DPH dans le dossier "repenser les territoires", un territoire pour l’homme, pour une écologie industrielle, manifeste pour les pactes locaux, quand les habitants gèrent vraiment leur ville, etc. ces documents sont disponibles à la FPH.

Source

Texte original

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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