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Systèmes agraires en Amérique latine. Des agricultures préhispaniques à la modernisation conservatrice

Pierre Yves GUIHENEUF

10 / 1998

La formation des sytèmes agraires latino-américains, tels que nous les connaissons aujourd’hui, est issue de quatre grandes périodes historiques.

La première est celle des agricultures indigènes, dont certaines - comme celle de l’actuel Mexique et du Pérou, sont particulièrement remarquables pour la qualité des techniques mises en place pour éviter l’érosion, irriguer ou conquérir de nouvelles terres. La seconde période est celle de la conquête et de la colonisation, qui a légué le système des haciendas et une économie de plantations orientée vers l’exportation. La troisième est celle des républiques oligarchiques de la fin du XIXè siècle et du début du XXè, conquérante de nouveaux espaces et puissamment modernisatrice. La dernière est la période contemporaine, caractérisée par la coexistence de nouvelles entreprises capitalistes et l’importance de l’économie paysanne.

Au terme de ces quatre périodes, certains points communs caractérisent la plupart des agricultures du continent et les différencient de celles des autres continents.

1. La concentration de la terre.

Les grandes haciendas héritées de la période coloniale, concentrées sur les meilleures terres, se sont vues renforcées par le développement des complexes agro-exportateurs du XIXè siècle. Malgré les efforts de réforme agraire entrepris au cours de ce siècle, la propriété de la terre est encore très mal répartie. Une partie de ses gestionnaires ne sont plus des propriétaires terriens, mais des société bancaires, industrielles ou commerciales. Une majorité croissante de paysans sont des travailleurs sans terre et des minifundistes aux terres insuffisantes pour vivre. La modernisation agricole s’est faite -et continue de se faire- dans le cadre de grands domaines capitalistes, au contraire de l’Europe où celle-ci s’est faite à partir d’exploitations familiales hautement capitalisées.

2. La priorité donnée à l’exportation.

Aujourd’hui encore, l’agriculture est considérée comme une activité productive de devises destinées à payer les importations et la dette extérieure, plutôt que comme un secteur orienté vers la satisfaction d’un marché intérieur pourtant en expansion rapide. Mais ce marché intérieur se devéloppe de façon inégale en raison d’une distribution des revenus extrèmement déséquilibrée. De ce fait, la croissance agricole est assurée par les exportations, alors que plus de la moitié de la population est en situation de sous-consommation.

3. L’importance des plantations des régions tropicales et subtropicales.

L’économie de plantation s’accompagne d’une monoculture dont les effets écologiques et sociaux sont dévastateurs. Le caractère très saisonnier des besoins en main d’oeuvre , les migrations des travailleurs, la dépendance envers des marchés extérieurs fluctuants, la pollution des sols et des eaux sont le prix à payer pour une orientation productive qui compromet la sécurité alimentaire de la population.

4. La pression économique et sociale exercée sur les majorités paysannes.

Celle-ci prend des formes diverses. Malgré l’intérêt affirmé des élites locales pour la démocratie, les conditions élementaires de libération des paysans ne sont pas encore réunies.

5. La persistance des luttes paysannes.

Au cours du XXè siècle, les rebellions paysannes les plus importantes ont été liées à des demandes de réforme agraire. Parfois, elles ont joué un rôle non négligeable dans l’orientation de choix politiques de nouveaux gouvernements, même si les résultats se sont souvent avérés décevants et les conquêtes sociales parfois éphémères. Ce qui est certain, c’est que les luttes paysannes se maintiendront tant que les structures agraires ne changeront pas. Pour obtenir plus de succès, les organisations paysannes devront coordonner leurs revendications avec celles des groupes sociaux urbains.

La véritable modernisation de l’agriculture latino-américaine ne peut se faire en excluant les paysans, ou en les condamnant à la marginalisation. Car l’exode rural provoque lui-même, dans les grandes métropoles du continent, des conditions économiques et sociales de plus en plus explosives.

Mots-clés

agriculture, politique agricole, revendication paysanne, environnement, réforme agraire, système agraire, capitalisme, Etat et société civile


, Amérique Latine

Commentaire

Ces notes sont tirées principalement de l’introduction et de la conclusion de l’ouvrage. Très documenté et détaillé, centré sur l’histoire agraire des grands pays du continent, ce livre est trop dense pour prétendre être résumé en quelques lignes.

Jacques Chonchol a été ministre de l’agriculture du Pérou sous le gouvernement de Salvador Allende et est aujourd’hui professeur à la Sorbonne.

Source

Livre

CHONCHOL, Jacques, Systèmes agraires en Amérique Latine, IHEAL, 1996 (France)

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