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Banquiers du futur

Les nouveaux instruments financiers de l’économie sociale en Europe

Pierre Yves GUIHENEUF

03 / 1999

Comment ouvrir un compte en banque si vos revenus sont faibles ou irréguliers ? Comment obtenir un crédit pour créer une micro-entreprise ? Partout en Europe, les "petits" ont des difficultés à obtenir des services financiers. Pourtant, ce sont d’abord les petites entreprises qui créent de l’emploi, ce sont les personnes en difficulté qui ont le plus besoin d’entreprendre.

C’est pour cette raison que se sont créés des organismes spécialisés, appelés "Instruments financiers de l’économie sociale" (IFES). L’étude d’une cinquantaine de ces structures, issues de divers pays d’Europe, a servi de base au présent dossier. Les IFES ont des caractéristiques communes : leur petite taille, leur jeunesse, leurs liens étroits avec les mouvements sociaux. Ils disent en outre poursuivre d’autres buts que la seule rentabilité des capitaux, tout en empruntant cependant au secteur bancaire certains de leurs outils. Ce sont des coopératives financières, des sociétés d’investissement, des associations et des fonds de garantie. On peut en distinguer quatre types :

- les clubs et cagnottes : très ancrés localement, faisant appel au bénévolat et aux cotisations de leurs membres, ils appuient souvent la création de très petites entreprises ;

- les organismes liés aux pouvoirs publics : leurs ressources proviennent en grande partie de fonds publics mais ils n’interviennent généralement pas dans les domaines traditionnels des banques. De ce fait, leur fonction est ambiguë et ils sont parfois utilisés pour suppléer aux incapacités de l’Etat ;

- les banques "éthiques" : banques de statut traditionnel et de taille relativement importante, elles interviennent dans l’écologie, le développement social, le développement durable...

- les organismes liés à des réseaux d’entreprises : financés et conseillés par ce "réseau porteur", issus du mouvement coopératif, ils interviennent généralement au sein de ce réseau. Par ce biais, les plus grandes entreprises aident les plus petites, ou les vieilles aident les jeunes.

Faire crédit, c’est faire confiance : les deux mots ont la même origine. Or, les banquiers se méfient de leurs clients (en particulier des femmes, des artistes, des personnes issues de minorités ethniques...), ils ne comprennent pas la logique de l’économie solidaire et ils appréhendent difficilement les nouveaux domaines d’activité. Les IFES se substituent donc aux banques, surtout dans un domaine que celles-ci délaissent : faire de petits prêts à des projets fragiles. Leurs exigences en matière de garantie ou de rendement sont donc assouplies. Mais leurs critères reposent sur la connaissance de l’emprunteur, le caractère innovant de son projet, la contribution de l’action au développement économique local.

Les IFES interviennent en particulier dans des domaines d’activité nouveaux : services à domicile, technologies de la communication, insertion, amélioration du logement, commerce de proximité, tourisme, patrimoine culturel, gestion des déchets, protection des zones naturelles, agriculture biologique, etc.

Les obstacles sont nombreux à la croissance des IFES : coûts d’accompagnement important des porteurs de projets, difficultés de mobiliser du capital social, inadaptation du statut juridique, etc. Pour survivre, la coopération avec les pouvoirs publics est nécessaire, ce qui n’est pas aisé dans tous les pays... Il est également nécessaire de coopérer avec le secteur bancaire, d’autant que de plus en plus nombreuses sont les banques réceptives, qui se montrent sensibles à la question du micro-crédit et qui admettent que la montée de l’exclusion sociale ne constitue pas à terme un processus favorable au développement de leur activité.

Pour que leurs spécificités et leur utilité sociale puissent se manifester au maximum, les IFES ont des besoins, notamment :

- des statuts et une fiscalité adaptés

- un cadre réglementaire bancaire assoupli

- des fonds pour la création d’emplois

- un aménagement de la législation sociale sur la création d’entreprises

- des subventions pour le travail d’accompagnement des créateurs d’entreprises

- un encouragement à la collaboration et au transfert d’expériences

- une meilleure mobilisation de l’épargne et de la collecte de fonds.

Les IFES remplissent un rôle irremplaçable aujourd’hui en matière de création d’emploi, d’exploration de nouveaux domaines d’activité et de lutte contre l’exclusion bancaire. Ils jouent également un rôle d’aiguillon salutaire en rappelant par leur action que l’argent est au service des hommes, et non l’inverse.

Mots-clés

lutte contre l’exclusion, exclusion par l’économique, crédit, solidarité, crédit solidaire, économie sociale


, Europe

Source

Livre

GRANGER, Benoît, International Association of Investors in the Social Economy, Banquiers du futur, Charles Léopold Mayer in. Dossier pour un débat, 1998 (France), n° 98

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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