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De la concurrence dans la vie des affaires

Elisabeth BOURGUINAT

08 / 1999

Depuis deux cents ans, la science économique affirme que la concurrence est au coeur de la dynamique des échanges ; beaucoup ont vu la confirmation de son bien-fondé dans l’effondrement des économies des ex-pays de l’Est. La concurrence oblige les entreprise à imaginer en permanence de nouveaux produits, de nouvelles niches, et donc à se situer dans la démarche générale de différenciation et de progrès technique qui a permis le développement et la réussite de l’Occident. Cette apparence d’un progrès linéaire masque en réalité le caractère discontinu de la concurrence, non seulement parce que les "épreuves de concurrence" sont suivies de périodes de calme apparent, durant lesquelles les positions concurrentielles demeurent relativement figées, mais parce qu’au cour même de la concurrence s’affrontent deux principes : un principe "darwinien", selon lequel les évolutions spontanées "sauvent les bons et tuent les mauvais", et un principe mécaniste, selon lequel tout système tend vers un minimum d’énergie. En d’autres termes, la pente naturelle de la concurrence est de s’auto-annuler dans la recherche d’une rente de situation à travers toutes sortes de dispositifs : ententes sur les prix, ententes sur les partages de marchés, joint-ventures ou alliances au cas par cas... Cette pente est tellement naturelle que les dirigeants d’entreprises ne se rendent pas toujours compte qu’ils franchissent la ligne jaune, soit parce qu’ils ignorent les principes les plus élémentaires du droit de la concurrence, soit parce qu’ils ignorent certaines des pratiques de leur propre entreprise. Ainsi, un responsable de département spécialisé d’une grande entreprise, qui n’avait plus qu’un seul concurrent en Europe, emporte un marché lors d’un premier appel d’offre ; au second appel d’offre, le concurrent fait une offre très serrée pour être sûr d’obtenir le marché ; au troisième, les deux responsables, redoutant la surenchère et le risque de faillite, s’entendent à l’insu de leurs supérieurs pour établir un scénario de coopération sur la base du "chacun son tour ".

Ces pratiques sont tellement répandues que les vraies "épreuves de concurrence" se produisent essentiellement avec l’irruption d’un nouvel arrivant, perturbant un jeu qui, sans cela, aurait tendance à se figer. Cette confrontation à une concurrence nouvelle, difficile à anticiper, est beaucoup plus douloureuse pour l’entreprise que la concurrence "policée" qu’elle entretient avec ses partenaires habituels. Elle aboutit souvent, lorsque l’entreprise survit, à l’inverse du but recherché (la différenciation ), c’est-à-dire au "mimétisme concurrentiel" (on s’empresse de faire la même chose que le concurrent).

Selon l’un des intervenants, il faudrait parvenir à se débarrasser de l’illusion qu’il puisse exister des situations de concurrence parfaite et de monopole total : les premières relèvent d’un modèle abstrait, et les secondes doivent être analysées selon des paramètres complexes. Le droit de la concurrence cherche à établir un équilibre entre la prise en compte de la singularité des situations (qui conduira les autorités de Bruxelles à rendre des jugements différents sur des concentrations qui aboutissent apparemment à la même part de marché)et la nécessaire généralité des règles, indispensable pour que ceux qui se lancent dans la création d’entreprise puissent repérer les limites du jeu.

Mots-clés

entreprise, gestion d’entreprise, concurrence commerciale, économie, théorie économique


, France, Europe,

Commentaire

Cette réflexion sur la concurrence me paraît assez saine en ce qu’elle admet et assume, contrairement à beaucoup de discours libéraux, le fait que "le ver est dans le fruit", c’est-à-dire que la concurrence tend naturellement à supprimer la concurrence, et donc qu’elle appelle nécessairement des mécanismes régulateurs. Les orateurs ont, de plus, signalé que certaines situations de non-concurrence ou de concurrence atténuée permettaient de développer des valeurs très positives comme la confiance et la bonne réputation, qui peuvent être très bénéfiques pour la collectivité. Curieusement, ils cèdent pourtant à la tentation de dénoncer par principe les monopoles d’Etat, pourtant susceptibles de développer de telles valeurs. On ne peut cependant s’empêcher de penser qu’il y a dans la concurrence "pure" quelque chose de bien archaïque et d’aussi apparemment absurde que ces traditions primitives qui consistaient à ce que chaque tribu détruise le plus grand nombre possible d’objets précieux lui appartenant, pour démontrer sa puissance à l’ennemi. Le principe selon lequel seule la guerre permettait de protéger ses frontières a été abandonné au cours du siècle dernier, au moins en Europe, au bénéficie de notions de coopération et de codéveloppement. L’homme est-il un être encore trop primitif pour que ce "renversement copernicien" puisse être étendu à la sphère économique ?

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,… ; Articles et dossiers

DUMEZ, Hervé, JEUNEMAITRE, Alain, LEFEBVRE, Pascal, De la concurrence dans la vie des affaires - séminaire 'Vie des affaires' in. Les Annales de l'Ecole de Paris, 1996 (France), II

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