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La délocalisation du Centre d’Etudes et de Recherches sur les Qualifications, CEREQ : les dessous d’une réussite singulière

Elisabeth BOURGUINAT

08 / 1999

Le Centre d’Etudes et de Recherches sur les Qualifications (CEREQ)réunit 125 chercheurs, statisticiens, économistes, sociologues, psychologues et historiens, chargés d’éclairer les relations entre formation et emploi. Il fait partie des 19 institutions parisiennes dont le Premier ministre Edith Cresson a annoncé la délocalisation en novembre 91 ; en moins de deux ans, il s’est implanté à Marseille, non sans perdre 99 des 120 agents qui le composaient, et dont beaucoup ne pouvaient ou ne voulaient effectuer une telle mobilité. Selon Yves Lichtenberger, le directeur, il s’agit pourtant d’un succès : le CEREQ a aujourd’hui un budget, un volume de travail et un volume de conventions avec l’extérieur accru ; il a retrouvé la totalité de ses effectifs et a pu procéder à des recrutements de grande qualité ; enfin, il est parvenu à reclasser, avec leur accord, l’ensemble des personnes qui ont préféré le quitter au moment de la délocalisation. Cela justifie-t-il pour autant la méthode brutale qui a été employée par le Premier Ministre ? La réponse doit être nuancée, d’autant que si l’on considère l’ensemble du programme de délocalisation, les résultats sont pour le moins mitigés.

En ce qui concerne le CEREQ, la rapidité de la délocalisation ne doit pas masquer qu’en réalité, cette menace pesait depuis plusieurs années sur cet organisme. Après avoir obtenu plusieurs sursis, les membres du CEREQ avaient commencé à travailler sur un projet d’implantation à Marne-la-Vallée. Quand la décision de délocalisation à Marseille a été annoncée, le directeur a d’abord été tenté de poser sa démission ; mais lorsqu’il a compris que le risque de voir le CEREQ éclater ou même disparaître était assumé par les deux tutelles (Education nationale et Travail), Y. Lichtenberg, qui par ailleurs ne jouissait pas du statut de fonctionnaire - et il estime que cela a été déterminant dans sa motivation - a choisi de tout mettre en ouvre pour que cette délocalisation soit un succès, en tirant parti au maximum des moyens prévus pour accompagner l’opération, mais aussi en saisissant cette occasion de reconstruire le CEREQ.

Selon lui, ce n’est pas la brutalité de la décision qui a permis la réussite, mais la volonté de l’ensemble des membres du CEREQ - y compris ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas partir à Marseille - de sauver celui-ci : personne n’a fait de "sabotage", et les organisations syndicales ont compris rapidement, devant la détermination du gouvernement, que l’important était de traiter au mieux chaque cas individuel. Des solutions originales ont pu être trouvées, par exemple le recours à la mobilité pour procéder à des échanges entre chercheurs démissionnaires du CEREQ et fonctionnaires de l’INSEE, partenaire de longue date du CEREQ, selon leur disponibilité pour travailler à Marseille ou à Paris.

Il faut selon Y. Lichtenberger distinguer deux temps dans la décision : celui de l’élaboration et celui de la mise en ouvre. Le temps de l’élaboration doit être long, et la délocalisation aurait certainement moins bien réussi s’il n’y avait eu une phase de construction du projet bien antérieure à la décision de Matignon. Le temps de la mise en ouvre doit en revanche être rapide, sans quoi certains risquent d’espérer que le prochain gouvernement reviendra en arrière ; de plus, selon la formule de Jacques Brel, il y a "le temps qui attend et le temps qui espère ": positif s’il s’agit d’un temps de maturation ou de deuil, il peut être destructeur de l’individu s’il n’est que temps d’incertitude.

Mots-clés

administration publique, résistance au changement, mobilité professionnelle, délocalisation


, France

Commentaire

J’ai beaucoup aimé cette réflexion sur "le temps du changement", qu’on peut rapprocher de l’analyse faite à propos de l’informatisation et de la décentralisation du journal "Ouest-France "(voir fiche 45), qui selon son promoteur n’avait été réussie que parce qu’elle s’était étalée sur une vingtaine d’années. Le nécessaire équilibre à trouver entre "séisme" et "longue patience" a également été développé, à l’Ecole de Paris, à propos des réformes concernant la mobilité des fonctionnaires : on ne change que sous la contrainte, mais la brutalité peut être tétanisante si les intéressés n’ont pas disposé au préalable d’un temps de réflexion et de préparation qui leur permet de trouver en eux-mêmes la force et l’inventivité nécessaires pour assumer la décision et en tirer le meilleur parti.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,… ; Articles et dossiers

LICHTENBERGER,Yves, BEZES, Philippe, LEFEBVRE, Pascal, La délocalisation du CEREQ : les dessous d'une réussite singulière - séminaire 'Crises et mutations' in. Les Annales de l'Ecole de Paris, 1995 (France), I

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