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La modernisation du journal Ouest-France : les bienfaits de la lenteur dans le changement

Elisabeth BOURGUINAT

08 / 1999

La caractéristique d’" Ouest-France", premier quotidien régional français avec 790 000 exemplaires (chiffres 1993)est le nombre de départements qu’il couvre (12)et le nombre d’éditions différentes qu’il doit par conséquent produire (40): chaque journal se compose d’une douzaine de pages communes à toutes les éditions, puis de pages régionales, départementales et enfin locales ; au total 400 pages différentes doivent être fabriquées et assemblées chaque nuit.

Bernard Volot, ingénieur venant du secteur automobile, a été engagé en 1973 par Ouest-France pour engager un mouvement de décentralisation destiné à rapprocher les secrétaires de rédaction, clavistes, correcteurs et metteurs en page des 62 rédactions disséminées dans les 12 départements, grâce au développement de l’informatique et à l’abandon du "plomb" pour l’offset.

Plus que les changements technologiques, qui ne se sont pas faits sans mal (se mettre à l’informatique à 50 ans, ce n’est pas facile), la difficulté majeure a été de briser les frontières traditionnelles entre deux corps de métier : les journalistes (correspondants, pigistes, reporters, secrétaires de rédaction)et les "métiers du livre" (correcteurs, typographes, clavistes). En effet, au cours du processus, certains métiers étaient amenés à disparaître (par exemple celui de mécanicien-typographe), d’autres apparaissaient, comme celui de claviste "au kilomètre ". Certains aménagements partiels étaient possibles (les linotypistes et les correcteurs se sont mis à travailler sur écran)mais ils restaient insuffisants. Très progressivement - car il s’agit d’une entreprise qui a les moyens et l’habitude de prendre son temps, et la résistance des syndicats du livre, très puissants, a, comme toujours, été considérable), les deux corps de métier ont fini par s’interpénétrer : les journalistes se sont mis à saisir et même à mettre en forme leurs textes, tandis que certains ouvriers, qui se sentaient dépossédés de leur métier, se voyaient proposer de devenir journalistes à leur tour.

Pendant de nombreuses années, l’attention du management s’est concentrée sur les métiers du livre, et les journalistes se sont sentis relégués au second plan. Une nouvelle réforme, prévue comme la première pour s’étaler sur dix ans, a donc été engagée pour améliorer les pages locales, ce qui était délicat compte tenu de leur nombre et de leur diversité. Des groupes de qualité ont été constitués, et une grande enquête menée auprès des lecteurs pour savoir ce qu’ils lisaient dans le journal et dans quel ordre. De nouveaux projets de maquette ont alors été proposés et largement diffusés : ils étaient notamment affichés, au fur et à mesure de leur avancement, sur le trajet menant au restaurant de l’entreprise. Grâce à tous ces changements, le niveau de qualité des pages locales a énormément progressé ; certaines faiblesses de la rédaction ont été repérées, ce qui a conduit à des actions de formation qui ont permis notamment d’améliorer les relations entre les secrétaires de rédaction et les rédacteurs. Peu à peu s’est développée dans l’entreprise l’idée qu’il ne s’agissait pas de changer une fois pour toutes, mais que le changement et le souci de progresser devaient être permanents.

Mots-clés

entreprise, gestion d’entreprise, organisation syndicale, presse, journalisme, informatique, résistance au changement


, France

Commentaire

l’exposé a mis particulièrement en valeur le double rôle des organisations syndicales, d’autant plus important qu’elles sont plus puissantes : d’interlocuteur redoutable dans une situation conflictuelle, elles deviennent médiateur, une fois la négociation menée, pour convaincre les salariés d’accepter le changement. Et comment les convaincre elle-même de la nécessité de celui-ci ? Dans les administrations, c’est bien souvent en s’appuyant sur la notion de mission de service public, qui "fait sens" et motive les agents ; ici, c’est en insistant sur les progrès qu’entraînent le passage à la saisie rédactionnelle ou la décentralisation de la mise en page, qui permettent d’assurer une meilleure qualité que lorsque les textes doivent être modifiés précipitamment, le soir, juste avant l’impression. Mais le succès du changement est également lié à la lenteur avec laquelle il a été mis en ouvre, ainsi qu’aux garanties qui ont été accordées aux salariés, en échange de leur accord pour, dans certains cas, changer radicalement de métier.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,… ; Articles et dossiers

VOLOT, Bernard, LEFEBVRE, Pascal, Comment changer la presse sans hâte - séminaire 'Crises et mutations' in. Les Annales de l'Ecole de Paris, 1995 (France), I

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