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Une heureuse cohabitation entre riz, canard et poisson pour une meilleure rentabilité agricole

Une expérience au Japon

Gildas LE BIHAN

09 / 2000

Dr Mae-wan Ho est professeur de biologie à l’Open University du Royaume-Uni. Au terme d’une série de conférences au Japon sur les OGM qui ne vont pas nourrir la planète, elle s’est rendue chez M. Takao Furuno, au village de Keisen situé à la périphérie de Fukuoka sur l’île de Kyushu. Pour améliorer les rendements de ses champs de riz, celui-ci fait appel à de petits moyens. Peu après le repiquage, il introduit dans ses parcelles une vingtaine de jeunes canards par are. Ils y font merveille sans toucher aux plants, car "ce n’est pas dans leur nature de consommer ce genre de chose, précise M. Furuno. D’après les spécialistes, c’est parce que les plants de riz contiennent à leur goût trop de silice". Ils se nourrissent par contre des insectes et des limaces et aussi des mauvaises herbes qu’ils arrachent avec leurs pieds, ce qui facilite l’enracinement du riz. Ils font si bien les choses que les cultivateurs qui ont adopté cette méthode ont maintenant le temps de s’asseoir et d’échanger des plaisanteries avec leur entourage. Et ils économisent 240 heures de main-d’oeuvre par hectare et par an pour le désherbage manuel. En activant leurs pattes, les canards mettent l’eau normalement stagnante en mouvement. Cela stimule mécaniquement les plants et favorise le développement de tiges plus épaisses et plus solides. M. Furuno avait fait des études d’agronomie mais on ne lui avait pas parlé des bons services que pouvaient rendre ces volatiles Aigamo qui sont un croisement entre une espèce domestique et des canards sauvages. C’est à partir de son intuition, de ses observations et de ses tentatives qu’il a affiné sa méthode. Il y a bien longtemps qu’on laisse des canards entrer dans les rizières d’Asie, en Chine notamment. Mais jusqu’ici les cultivateurs ne les laissaient pas traîner car ils ignoraient tous les bienfaits de leur présence. Sur les vidéos de M. Furuno, qui existent en anglais, on voit les canards pagayer entre les rangs de riz, plonger leur tête, lever le bec pour avaler, sans jamais faire de dégâts aux plants. Ils sont pourtant en permanence dans la rizière et il y a un espace hors d’eau où ils peuvent venir se reposer et manger des brisures de riz qu’on peut se procurer à l’usine de décorticage voisine. Les parcelles, petites comme c’est habituellement le cas au Japon, sont protégées des chiens divagants par une clôture électrique ou un autre système. Quand les panicules commencent à se former, on ramasse les canards car alors ils se laisseraient évidemment tenter ! A partir de ce moment on les nourrit dans un enclos où ils grandissent, pondent des oeufs et s’occupent de leurs petits.

La méthode des canards Aigamo, pratiquée par environ 10 000 riziculteurs au Japon, a aussi intéressé d’autres pays asiatiques : Corée du Sud, Vietnam, Philippines, Laos, Cambodge, Thaïlande, Malaisie. Elle permet en effet d’augmenter les rendements de 20 à 50 pour cent. M. Furuno n’en revendique pas la propriété. Il souhaite au contraire qu’elle se répande librement : " Il y a toujours quelqu’un ici en train d’apprendre, et tous les jours je reçois plusieurs demandes de conseils au téléphone". Il dit cela sans fausse modestie et sans orgueil.

En plus des canards, on introduit dans les parcelles une plante aquatique appelée azolle (azolla pinnata). Elle fixe une bactérie bleu gris symbiotique et très efficace pour fixer l’azote et attirer les insectes. Les canards consomment à la fois les insectes et l’azolle. Comme l’azolle est très vivace elle peut aussi servir de plante fourragère pour le bétail. En plus elle s’étale à la surface de l’eau et les gardons peuvent se cacher dessous pour ne pas se faire remarquer des canards. Le poisson se nourrit des fientes des canards et de vers. Et tout au long de sa croissance, le riz profite des déjections des poissons et des canards. Le seul apport extérieur dans ce circuit quasi autosuffisant ce sont les brisures de riz pour nourrir les canards.

M. Furuno exploite 2 hectares, soit 1,4 hectare en rizière et le reste pour des légumes. Sa production est de 7 tonnes de riz, 300 canards et 4 000 canetons, et des légumes pour beaucoup de monde. Il n’a pas compté ses gardons qui se débrouillent très bien. "A cette allure le Japon pourrait nourrir toute sa population avec seulement 2 pour cent d’agriculteurs", fait remarquer Dr Mae-wan Ho" Alors pourquoi avoir recours aux OGM ? Le choix est clair, pour le Japon, pour le Sud-Est asiatique et bien d’autres pays".

Mots-clés

riz, pisciculture, volaille, valorisation des savoirs traditionnels, développement rural


, Japon, Kyushu

Commentaire

Le "modèle japonais", celui qui est préconisé dans cet article, est exportable, même en Afrique. Au Bénin, fonctionne dans la localité de Songhaï un Centre de développement rural intégré où l’on peut voir un bassin à canard qui ressemble fort à l’installation de M. Furuno. Le bulletin trimestriel du Mouvement Songhaï du 1er et 2ème trimestre 2000 proclame sobrement "Songhaï : une réponse aux besoins du monde". Ce qui est en tout point conforme aux résultats obtenus par M. Furuno. Centre Songhaï, BP 597, Porto Novo, Bénin, e.mail songhaï@songhaï.org, http://www.songhai.org

Notes

Le texte original est paru en anglais dans le bimensuel Down To Earth, publié par le Centre for Science and Environment, Tughlakabad Institutional area 41, New Delhi-110062, India - cse@cseindia.org - www.cseindia.org

G. Le Bihan traduit les articles de Down to earth pour la revue Notre terre, vers un développement durable. Il a repris cet article sous forme de fiche DPH.

Source

Articles et dossiers

Le riz au canard in. Notre Terre, vers un développement durable, 2000/04 (France), 3

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