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Les liens entre religion et violence dans les conflits de l’Amérique centrale

Henri BAUER

04 / 1999

L’Amérique Centrale traversait, dans les années 1970-80, une période très conflictuelle: alors que la majorité de la population vivait au-dessous du seuil de pauvreté, la guerre civile prenait de l’ampleur au Nicaragua, au Salvador, au Guatemala. Ces affrontements étaient aussi la localisation d’un conflit qui la dépassait: celui d’Est-Ouest.

Dans ce contexte très délicat et complexe s’est produit un phénomène tout à fait particulier dans les rangs catholiques:

- Au Nicaragua la majorité de guérilleros sandinistes qui se battaient contre Somoza étaient des chrétiens. Nombreux étaient les prêtres qui soutenaient cette rébellion. Pendant le gouvernement sandiniste il y avait des prêtres au gouvernement.

- Au Salvador la plupart des membres des mouvement guérilleros étaient des chrétiens. Des prêtres étaient accusés par le gouvernement d’être des agents communistes. l’Archevêque de San Salvador, après s’être fait accuser de marxiste a été assassiné.

- Au Guatemala les mouvements guérilleros trouvèrent chez les indiens catholiques du soutien et des combattants. Des prêtres, contraints par des situations particulières, se sont trouvés engagés dans les conflits. D’autres ont fait le choix d’exercer leur ministère au sein du mouvement armé : ils sont devenus des prêtres guérilleros.

Les chrétiens engagés dans des mouvements armés présentaient la lutte révolutionnaire comme étant une exigence chrétienne dans un contexte d’oppression et de répression de la part des puissants: être bon chrétien, disaient-ils, c’est faire la révolution.

Cette justification de la révolution a été dénoncée par l’Eglise centre-américaine, par la voix des Conférences Episcopales de chaque pays concerné, comme étant une déformation et une manipulation du christianisme.

Elle fut, à son tour, dénoncée par les chrétiens révolutionnaires comme une Eglise complice de la dictature car, disaient-ils, lorsqu’elle favorise la Théologie de la Libération elle empêche les chrétiens de devenir révolutionnaires?

En même temps, et de façon apparemment paradoxale, cette Eglise comptait dans ses rangs des chrétiens, des prêtres et des Evêques proches des forces de droite et d’extrême droite. Les contras nicaraguayens qui se battaient contre le sandinisme étaient aussi des chrétiens, de même que les militaires qui gouvernaient le Salvador et le Guatemala, et la plupart des responsables de l’extrême droite.

Ils dénonçaient, eux aussi, l’Eglise comme étant complice de la révolution car, disaient-ils, lorsqu’elle favorise la Théologie de la Libération elle permet aux chrétiens de devenir révolutionnaires.

Mots-clés

église, conflit, paix, guerre civile, religion et société, religion et politique


, Amérique Centrale

Commentaire

C’est dans ce cadre qu’il faut engager la réflexion sur les chrétiens révolutionnaires de gauche ou réactionnaires de droite d’Amérique Centrale: ils existent en dehors de l’Eglise, si l’on accepte que celui qui utilise la violence n’est plus un chrétien, ou en dedans, si l’on accepte que l’Eglise peut, dans certains cas, voir émerger une aile gauche ou une aile droite dans son sein, ou les deux à la fois.

Des questions peuvent être posées: alors que le christianisme est tenu pour une religion de paix, comment se fait-il que des chrétiens utilisent la violence, soit pour contester un régime politique, soit pour l’imposer? Comment se fait-il que des chrétiens, y compris des prêtres, deviennent des combattants? Le christianisme peut-il devenir une religion de paix et une religion de guerre, sous quelles conditions?

Lorsqu’on aborde la question du rôle de l’Eglise dans la recherche de la paix, c’est la question de la construction sociale de l’Eglise qui se pose: elle n’est pas une entité ontologique définie une fois pour toutes comme une institution immuable et imperméable qui, en ce qui regarde la paix, va toujours la construire.

Elle se révèle concrètement comme étant aussi une construction sociale, non seulement sensible et perméable aux tempêtes sociales mais aussi construite par elles. Elle peut donc aujourd’hui se révéler constructrice de paix et demain justifier une guerre, elle peut ici donner sa caution à des mouvements d’extrême gauche et là soutenir des mouvements d’extrême droite...

Notes

Fiche réalisée dans le cadre de l’atelier sur ’ Religion et Paix ’, La Haye, mai 1999

Source

Texte original

Centre de Recherche sur la Paix - Institut catholique de Paris - 21 rue d’Assas, 75006 Paris FRANCE- Tel 33/01 44 39 84 99. - France - www.icp.fr/fasse/crp.php

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